QUATRIEME PARTIE
en grâce s'ils avoient recours à sa clémence1. » Il meurt, et sauve une partie de ses néophytes en arrêtant ainsi les Iroquois autour de lui.
Le père Garnier montra le môme héroïsme dans une autre bourgade : il étoit tout jeune encore et s'étoit arraché nouvellement aux pleurs de sa famille pour sauver des âmes dans les forêts du Canada. Atteint de deux balles sur le champ de carnage, il est renversé sans connoissance : un Iroquois le croyant mort le dépouille. Quelque temps après le père revient de son évanouissement; il soulève la tète et voit à quelque distance un Huron qui rendoit le dernier soupir. L'apôtre fait un effort pour aller absoudre le catéchumène; il se traîne, il retombe : un barbare l'aperçoit, accourt, et lui fend les entrailles de deux coups de hache-: « Il expire, dit encore Charlevoix, dans l'exercice et pour ainsi dire dans le sein même de la charité2. » Enfin, le père Brébeuf, oncle du poëte du même nom, fut bridé avec ces tourments horribles que les Iroquois faisoient subir à leurs prisonniers.
« Ce père, que vingt années de travaux les plus capables de faire mourir tous les sentiments naturels, un caractère d'esprit d'une fermeté à l'épreuve de tout, une vertu nourrie dans la vue toujours prochaine d'une mort cruelle, et portée jusqu'à en faire l'objet de ses vœux les plus ardents, prévenu d'ailleurs par plus d'un avertissement céleste que ses vœux seroient exaucés, se rioit également des menaces et des tortures; mais la vue de ses chers néophytes cruellement traités à ses yeux répandoit une grande amertume sur la joie qu'il ressentoit de voir ses espérances accomplies
« Les Iroquois connurent bien d'abord qu'ils avoient affaire à un homme à qui ils n'auroient pas le plaisir de voir échapper la moindre foiblesse; et comme s'ils eussent appréhendé qu'il ne communiquât aux autres son intrépidité, ils le séparèrent, après quelque temps, de la troupe des prisonniers, le firent monter seul sur un échafaud et s'acharnèrent de telle sorte sur lui, qu'ils paroissoient hors d'eux-mêmes de rage et de désespoir.