QUATRIÈME PARTIE
tableaux. Le seul mot de chevalerie, le seul nom d'un illustre chevalier, est proprement une merveille, que les détails les plus intéressants ne peuvent surpasser; tout est là dedans, depuis les fables de l'Arioste jusqu'aux exploits des véritables paladins, depuis le palais d'Aleine et d'Armide jusqu'aux tourelles de Cœuvre et d'Anet.
Il n'est guère possible de parler, même historiquement, de la chevalerie sans avoir recours aux troubadours qui l'ont chantée, comme on s'appuie de l'autorité d'Homère en ce qui concerne les anciens héros : c'est ce que les critiques les plus sévères ont reconnu. Mais alors on a l'air de ne s'occuper que de fictions. Nous sommes accoutumés à une vérité si stérile, que tout ce qui n'a pas la même sécheresse nous paraît mensonge : comme ces peuples nés dans les glaces du pôle, nous préférons nos tristes déserts à ces champs où
La terra molle e lieta e dilettosa Simili a se gli abitator produce '.
L'éducation du chevalier commençoit à l'âge de sept ans2. Du Guesclin encore enfant s'amusoit, dans les avenues du châ; teau de son père, à représenter des sièges et des combats avec des petits paysans de son âge. On le voyoit courir dans les bois, lutter contre les vents, sauter de larges fossés, escalader les ormes et les chênes, et déjà montrer dans les landes de la Bretagne le héros qui devoit sauver la France3.
Bientôt on passoit à l'office de page ou de damoiseau dans le château de quelque baron. C'étoit là qu'on prenoit les premières leçons sur la foi gardée à Dieu et aux dames4. Souvent le jeune page y commençoit pour la fille du seigneur une de ces durables tendresses que des miracles de vaillance dévoient immortaliser. De* vastes architectures gothiques, de vieilles forêts, de grands étangs solitaires, nourrissoient, par leur aspect romanesque, ces passions que rien ne pouvoit détruire et qui devenoient des espèces de sort et d'enchantement.
Excité par l'amour au courage, le page poursuivoit les mâles