QUATRIEME PARTIE
en combat singulier le félon qui tourmentait la beauté contre toute loi d'honneur et de chevalerie.
S'il étoit reçu dans ces sombres forteresses, c'étoit alors qu'il avoit besoin de tout son grand coeur. Des varlets silencieux, aux regards farouches, l'introduisoient, par de longues galeries à peine éclairées, dans la chambre solitaire qu'on lui destinoit. C'étoit quelque donjon qui gardoit le souvenir d'une fameuse histoire ; on l'appeloit la chambre du roi Richard, ou de la dame des Sept Tours. Le plafond en étoit marqueté de vieilles armoiries peintes, et les murs couverts de tapisseries à grands personnages, qui sembloient suivre des yeux le chevalier, et qui servoient à cacher des portes secrètes. Vers minuit, on entendoit un bruit léger, les tapisseries s'agitoient, la lampe du paladin s'éteignoit, un cercueil s'élevoit auprès de sa couche.
La lance et la masse d'armes étant inutiles contre les morts, le chevalier avoit recours à des vœux de pèlerinage. Délivré par la faveur divine, il ne manquoit point d'aller consulter l'ermite du rocher, qui lui disoit : « Si tu avois autant de possessions comme en avoit le roi Alexandre, et de sens comme le sage Salomon, et de chevalerie comme le preux Hector de Troie; seul orgueil, s'il régnoit en toi, détruiroit tout1. »
Le bon chevalier comprenoit par ces paroles que les visions qu'il avoit eues n'étoient que la punition de ses fautes, et il travailloit à se rendre sans peur et. sans reproche.
Ainsi chevauchant, il mettoit à fin par cent coups de lance toutes ces aventures chantées par nos poètes et recordées dans nos chroniques. Il délivroit des princesses retenues dans des grottes, punissoit des mécréants, secouroit les orphelins et les veuves, et se défendoit à la fois de la perfidie des nains et de la force des géants. Conservateur des mœurs comme protecteur des foibles, quand il passoit devant le château d'une dame de mauvaise renommée, il faisoit aux portes une note d'infamie2. Si, au contraire, la dame de céans avoit bonne grâce et vertu, il lui crioit : « Ma bonne amie, ou ma bonne dame, ou damoiselle, je prie à Dieu que en ce bien et en cet honneur il vous