HÔPITAUX
La charité, vertu absolument chrétienne et inconnue des anciens, a pris naissance dans Jésus-Christ; c'est la vertu qui le distingua principalement du reste des mortels, et qui fut en lui le sceau de la rénovation de la nature humaine. Ce fut par la charité, à l'exemple de leur divin Maître, que les apôtres gagnèrent si rapidement les cœurs et séduisirent saintement les hommes.
Les premiers fidèles, instruits de cette grande vertu, mettoient en commun quelques deniers pour secourir les nécessiteux, les malades et les voyageurs : ainsi commencèrent les hôpitaux.
Devenue plus opulente , l'Église fonda pour nos maux des établissements dignes d'elle. Dès ce moment les œuvres de miséricorde n'eurent plus de retenue : il y eut comme un débordement de la charité sur les misérables, jusque alors abandonnés sans secours par les heureux du monde. On demandera peut-être comment faisoient les anciens, qui n'avoient point d'hôpitaux? Ils avoient pour se défaire des pauvres et des infortunés deux moyens que les chrétiens n'ont pas : l'infanticide et l'esclavage.
Les maladreries ou léproseries de Saint-Lazare semblent avoir été en Orient les premières maisons de refuge. On y recevoit ces lépreux qui, renonces de leurs proches, languissoient aux carrefours des cités, en horreur à tous les hommes. Ces hôpitaux étoient desservis par des religieux de l'ordre de Saint- Basile.
Nous avons dit un mot des Trinitaires , ou des pères de la Rédemption des captifs. Saint Pierre de Nolasque en Espagne imita saint Jean de Matha en France. On ne peut lire sans attendrissement les règles austères de ces ordres. Par leur première constitution, les trinitaires ne pouvoient manger que des légumes et du laitage. Et pourquoi cette vie rigoureuse? Parce que plus ces pères se privoient des nécessités de la vie , plus il restoit de trésors à prodiguer aux barbares; parce que s'il falloit des victimes à la colère céleste, on espéroit que le Tout-Puissant recevroit les expiations de ces religieux en échange des maux dont ils délivroient les prisonniers.
L'ordre de la Merci donna plusieurs saints au monde. Saint Pierre Pascal, évêque de Jaen, après avoir employé ses revenus au rachat des captifs et au soulagement des pauvres, passa chez les Turcs, où il fut chargé de fers. Le clergé et le peuple de son église lui envoyèrent une somme d'argent pour sa rançon. « Le saint, dit Hélyot, la reçut avec beaucoup de reconnoissance; mais, au lieu de l'employer à se procurer la liberté, il en racheta quantité de femmes et d'enfants dont la foiblesse lui faisoit craindre qu'ils n'abandonnassent la religion chrétienne, et il demeura toujours entre les mains de ces barbares, qui lui procurèrent la couronne du martyre en 1300. »
Il se forma aussi dans cet ordre une congrégation de femmes qui se dévouoient au soulagement des pauvres étran-