QUATRIÈME PARTIE
«ères. Une des fondatrices de ce tiers ordre étoit une grande dame de Barcelone, qui distribua son bien aux malheureux; son nom de famille s'est perdu; elle n'est plus connue aujourd'hui que par le nom de Marie du Secours, que les pauvres lui avoient donné.
L'ordre des religieuses pénitentes, en Allemagne et en France, retiroit du vice de malheureuses filles exposées à périr dans la misère après avoir vécu dans le désordre. C'étoit une chose tout à fait divine de voir la religion , surmontant ses dégoûts par un excès de charité, exiger jusqu'aux preuves du vice, de peur qu'on ne trompât ses institutions et que l'innocence, sous la forme du repentir, n'usurpât une retraite qui n'étoit pas établie pour elle. « Vous savez, dit Jehan Simon, évêque. de Paris, dans les constitutions de cet ordre, qu'aucunes sont venues à nous qui étoient vierges..., à la suggestion de leurs mères et parents , qui ne demandoient qu'à s'en défaire : ordonnons que si aucune vouloit entrer en votre congrégation, elle soit interrogée, etc. »
Les noms les plus doux et les plus miséricordieux servoient à couvrir les erreurs passées de ces pécheresses. On les appeloit les filles du Bon Pasteur, ou les filles de la Madeleine, pour désigner leur retour au bercail et le pardon qui les attendoit. Elles ne prononçoient que des vœux simples; on tâchoit même de les marier quand elles le désiroient , et on leur assuroit une petite dot. Afin qu'elles n'eussent que des idées de pureté autour d'elles, elles étoient vêtues de blanc, d'où on les nommoit aussi filles blanches. Dans quelques villes on leur mettoit une couronne sur la tête et l'on chantoit Veni, sponsa Christi : « Venez épouse du Christ. » Ces contrastes étoient touchants, et cette délicatesse bien digne d'une religion qui sait secourir sans offenser, et ménager les faiblesses du cœur humain , tout en l'arrachant à ses vices. A l'hôpital du Saint-Esprit, à Rome, il est défendu de suivre les personnes qui déposent les orphelins à la porte du Père-Universel.
Il y a dans la société des malheureux qu'on n'aperçoit pas, parce que, descendus de parents honnêtes, mais indigents, ils sont obligés de garder les dehors de l'aisance dans la pauvreté; il n'y a guère de situation plus cruelle : le cœur est blessé de
toutes parts , et pour peu qu'on ait l'âme élevée, la vie n'est qu'une longue souffrance. Que deviendront les malheureuses demoiselles nées dans de telles familles? Iront-elles chez des parents riches et hautains se soumettre à toutes sortes de mépris, ou embrasseront-elles des métiers que les préjugés sociaux et leur délicatesse naturelle leur défendent? La religion a trouvé le remède. Notre-Dame de Miséricorde ouvre à ces femmes sensibles ses pieuses et respectables solitudes. Il y a quelques années que nous n'aurions osé parler de Saint-Cyr, car il étoif alors convenu que de pauvres filles nobles ne méritoient ni asile ni pitié.
Dieu a différentes voies pour appeler à lui ses serviteurs. Le capitaine Caraffa sollicitoit à Naples la récompense des services militaires qu'il avoit rendus à la couronne d'Espagne. Un jour, comme il se rendoit au palais, il entre par hasard dans l'église d'un monastère. Une jeune religieuse chantoit ; il fut touché jusqu'aux larmes de la douceur de sa voix : il jugea que le service de Dieu doit être plein de délices, puisqu'il donne de tels accents à ceux qui lui ont consacré leurs jours. Il retourne à l'instant chez lui, jette au feu ses certificats de service, se coupe les cheveux, embrasse la vie monastique, et fonde l'ordre des Ouvriers pieux, qui s'occupe en général du soulagement des infirmités humaines. Cet ordre fit d'abord peu de progrès, parce que, dans une peste qui survint à Naples, les religieux moururent tous en assistant les pestiférés, à l'exception de deux prêtres et de trois clercs.
Pierre de Bétancourt, frère de l'ordre de Saint-François, étant à Guatimala, ville et province de l'Amérique espagnole, fut touché du sort des esclaves qui n'avoient aucun lieu de refuge pendant leurs maladies. Ayant obtenu par aumône le don d'une chétive maison où il tenoit auparavant une école pour les pauvres, il bâtit lui-même une espèce d'infirmerie, qu'il recouvrit de paille, dans le dessein d'y retirer les esclaves qui manquoien* d'abri. Il ne tarda pas à rencontrer une femme nègre, estropiée, abandonnée par son maître. Aussitôt le saint religieux charge l'esclave sur ses épaules, et, tout glorieux de son fardeau, il le porte à cette méchante cabane qu'il appeloit son hôpital. Il alloit courant toute la ville afin d'obtenir quelques secours