‹ Génie du christianisme: et Défense du génie du christianisme: avec notes et éclaircissementsChapitre 210 sur 322 · II · texte numérisé non relu

II

bruit du canon; après les premiers compliments il les mena, au milieu des acclamations du peuple, à l'église, où le Te Deum fut chanté...

« Ces saintes filles, de leur côté, et leur généreuse conductrice, voulurent, dans le premier transport de leur joie, baiser une terre après laquelle elles avoient si longtemps soupiré, qu'elles se promettoient bien d'arroser de leurs sueurs et qu'elles ne désespéroient pas même de teindre de leur sang. Les François mêlés avec les sauvages, les infidèles mêmes confondus avec les chrétiens, ne se lassoient point, et continuèrent plusieurs jours à faire retentir tout de leurs cris d'allégresse , et donnèrent mille bénédictions à celui qui seul peut inspirer tant de force et de courage aux personnes les plus foibles. A la vue des cabanes sauvages où l'on mena les religieuses le lendemain de leur arrivée, elles se trouvèrent saisies d'un nouveau transport de joie : la pauvreté et la malpropreté qui y régnoient ne les rebutèrent point , et des objets si capables de ralentir leur zèle ne le rendirent que plus vif : elles témoignèrent une grande impatience d'entrer dans l'exercice de leurs fonctions.

« Madame de La Peltrie, qui n'avoit jamais désiré d'être riche et qui s'étoit faite pauvre d'un si bon cœur pour Jésus- Christ, ne s'épargnoit en rien pour le salut des âmes. Son zèle la porta même à cultiver la terre de ses. propres mains pour avoir de quoi soulager les pauvres néophytes. Elle se dépouilla en peu de jours de ce qu'elle avoit réservé pour son usage, jusqu'à se réduire à manquer du nécessaire pour vêtir les enfants qu'on lui présentait presque nus ; et toute sa vie, qui fut assez longue, ne fut qu'un tissu d'actions les plus héroïques de la charité l. »

Trouve-t-on dans l'histoire ancienne rien qui soit aussi touchant, rien qui fasse couler des larmes d'attendrissement aussi douces, aussi pures?

1. Ilist. de la IS'oxiv.- France, liv. v, p. 207, t. I, ia-4o.

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