‹ Génie du christianisme: et Défense du génie du christianisme: avec notes et éclaircissementsChapitre 209 sur 322 · QUATRIEME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIEME PARTIE

et compatissante, exercer au nom do Dieu, près de l'homme rustique la profession de médecin! On nous montrait dernièrement, près d'un moulin, sous des saules, dans une prairie, une petite maison qu'avoient occupée trois sœurs grises. C'étoit de cet asile champêtre qu'elles partoient à toutes les heures de la nuit et du jour pour secourir les laboureurs. On remarquoit en elles, comme dans toutes leurs sœurs cet air de propreté et de contentement qui annonce que le corps et l'âme sont également exempts de souillures; elles étoient pleines de douceur, mais toutefois sans manquer de fermeté pour soutenir la vue des maux et pour se faire obéir des malades. Elles excelloient à rétablir les membres brisés par des chutes ou par ces accidents si communs chez les paysans. Mais ce qui étoit d'un prix inestimable, c'est que la sœur grise ne manquoit pas de dire un mot de Dieu à l'oreille du nourricier de la patrie, et que jamais la morale ne trouva de formes plus divines pour se glisser dans le cœur humain.

Tandis que ces filles hospitalières étonnoient par leur charité ceux môme qui étoient accoutumés à ces actes sublimes, il se passoit dans Paris d'autres merveilles : de grandes dames s'exiloient de la ville et de la cour et partoient pour le Canada. Elles alloient sans doute acquérir des habitations, réparer une fortune délabrée et jeter les fondements d'une vaste propriété ? Ce n'étoit pas là leur but : elles alloient, au milieu des forêts et des guerres sanglantes, fonder des hôpitaux pour des sauvages ennemis.

En Europe, nous tirons le canon en signe d'allégresse pour annoncer la destruction de plusieurs milliers d'hommes ; mais dans les établissements nouveaux et lointains, où l'on est plus près du malheur et de la nature, on ne se réjouit que de ce qui mérite en effet des bénédictions, c'est-à-dire des actes de bienfaisance et d'humanité. Trois pauvres hospitalières, conduites par madame de La Peltrie, descendent sur les rives canadiennes, •et voilà toute la colonie troublée de joie. « Le jour de l'arrivée de personnes si ardemment désirées, ditCharlevoix, fut pour toute la ville un jour de fête; tous les travaux cessèrent et les boutiques furent fermées. Le gouverneur reçut les héroïnes sur le rivage à la tète de ses troupes, qui étoient sous les armes, et au

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