Fleury, Hist. eccl., t. X, liv. xlv, p
2. L'Angleterre, la Frise et l'Allemagne reconnoissent pour leurs apjtres S. Augustin de Cantorbéry, S. Willibord et S. Boniface, tous trois so:tis de l'institut de saint Benott,
On ne peut s'empêcher de regretter ces corps enseignants, uniquement occupés de recherches littéraires et de l'éducation de la jeunesse. Après une révolution qui a relâché les liens de la morale et, interrompu le cours des études, une société à la fois reli gieuse et savante porteroit un remède assuré à la source de tîos maux. Dans les autres formes d'institut, il ne peut y avoir ce travail régulier, cette laborieuse application au même sujet, qui régnent parmi des solitaires, et qui, continués sans interruption pendant plusieurs siècles, finissent par enfanter des miracles.
Les Bénédictins étoient des savants, et les Jésuites des gens de lettres : les uns et les autres furent à la société religieuse ce qu'étoient au monde deux illustres académies.
L'ordre des Jésuites étoit divisé en trois degrés, écoliers approuvés, coadjuteurs formés et profès. Le postulant étoit d'abord éprouvé par dix ans de noviciat, pendant lesquels on exerçoit sa mémoire, sans lui permettre de s'attacher à aucune étude particulière : c'étoit pour connoître où le porloit son génie. Au bout de ce temps, il servoit les malades pendant un mois dans un hôpital et faisoit un pèlerkiage à pied en demandant l'aumône : par là on prétendoit l'accoutumer au spectacle des douleurs humaines et le préparer aux fatigues des missions.
Il achevoit alors de fortes ou de brillantes études. N'avoit-il que les grâces de la société et cette vie élégante qui plaît au monde, on le mettoit en vue dans la capitale, on le poussoit à la cour et chez les grands. Possédoit-il le génie de la solitude, on le retenoit dans les bibliothèques et dans l'intérieur de la Compagnie. S'il s'annonçoit comme orateur, la chaire s'ouvroit à son éloquence; s'il avoit l'esprit clair, juste et patient, il devenoit professeur dans les collèges; s'il étoit ardent, intrépide, plein de zèle et de foi, il alloit mourir sous le fer du mahométan ou du sauvage; enfin, s'il montroit les talents propres à gouverner les hommes, le Paraguay l'appeloit dans ses forêts, ou l'Ordre à la tète de ses maisons.
Le général de la Compagnie résidoit à Rome. Les Pères provinciaux, en Europe, étoient obligés de correspondre avec lui une fois par mois. Les chefs des missions étrangères lui écrivoient toutes les fois que les vaisseaux ou les caravanes traver-