QUATRIEME PARTIE
toutes ont été dirigées par des ordres chrétiens. Cette fameuse université de Paris, d'où la lumière s'est répandue sur l'Europe moderne, étoit composée de quatre facultés. Son origine remontoit jusqu'à Charlemagne, jusqu'à ces temps où, luttant seul contre la barbarie, le moine Àlcuin vouloit faire de la France une Athènes chrétienne1. C'est là qu'avoient enseigné Budé, Casaubon, Grenan, Rollin, Cofiïn, Le Beau; c'est là que s'étoient formés Abailard, Amyot, De Thou, Boileau. En Angleterre, Cambridge a vu Newton sortir de son sein, et Oxford présente, avec les noms de Bacon et de Thomas Morus, sa bibliothèque persane, ses manusctits d'Homère, ses marbres d'Arundel et ses éditions des classiques; Glasgow et Edimbourg, en Ecosse; Leipzig, Jena, Tubingue, en Allemagne; Leyde, Utrecht et Louvain , aux Pays-Bas; Gandie, Alcala et Salamanque, en Espagne: tous ces foyers des lumières attestent les immenses travaux du christianisme. Mais deux ordres ont particulièrement cultivé les lettres , les Bénédictins et les Jésuites.
L'an 540 de notre ère, saint Benoît jeta au Mont-Cassin , en Italie, les fondements de l'ordre célèbre qui devoit, par une triple gloire, convertir l'Europe,* défricher ses déserts et rallumer dans son sein le flambeau des sciences 2.
Les Bénédictins, et surtout ceux de la congrégation de Saint-Maur, établie en France vers l'an 543 , nous ont donné ces hommes dont le savoir est devenu proverbial, et qui ont retrouvé, avec des peines infinies, les manuscrits antiques ensevelis dans la poudre des monastères. Leur entreprise littéraire la plus effrayante (car l'on peut parler ainsi), c'est l'édition complète des Pères de l'Église. S'il est difficile de faire imprimer un seul volume correctement dans sa propre langue, qu'on juge ce que c'est qu'une révision entière des Pères grecs et latins, qui forment plus de cent cinquante volumes in-folio: l'imagination peut à peine embrasser ces travaux énormes. Rappeler Ruinart, Lobineau, Calmet, Tassin, Lami, d'Acheri, Martène, Mabillon, Montfaucon, c'est rappeler des prodiges de science-