QUATRIÈME PARTIE
verrez qu'il prévenoit les famines et sauvoit nos ancêtres de leurs propres fureurs, en proclamant ces paix appelées paix de Dieu, pendant lesquelles on recueilloit les moissons et les vendanges. Dans les commotions publiques souvent les papes se montrèrent comme de très-grands princes. Ce sont eux qui, en réveillant les r is, sonnant l'alarme et faisant des ligues ont empêché l'Occident de devenir la proie des Turcs. Ce seul service rendu au monde par l'Église mériteroit des autels.
Des hommes indignes du nom de chrétiens égorgeoient les peuples du Nouveau-Monde, et la cour de Rome fulminoit des bulles pour prévenir ces atrocités1. L'esclavage étoit reconnu légitime, et l'Église ne reconnoissoit point d'esclaves2 parmi ses enfants. Les excès mêmes de la cour de Rome ont servi à répandre les principes généraux du droit des peuples. Lorsque les papes mettaient les royaumes en interdit, lorsqu'ils forçoient les empereurs à venir rendre compte de leur conduite au saintsiége, ils s'arrogeoient sans doute un pouvoir qu'ils n'avoient pas; mais en blessant la majesté du trône ils faisoient peut-être du bien à l'humanité. Les rois devenoient plus circonspects; ils sentoient qu'ils avoient un frein et le peuple une égide. Les rescrits des pontifes ne manquoient jamais de mêler la voix des nations et l'intérêt général des hommes aux plaintes particulières. « // nous est venu des rapports que Philippe, Ferdinand, Henri opprimoit son peuple, etc. » Tel étoit à peu près le début de tous ces arrêts de la cour de Rome.
S'il existoit au milieu de l'Europe un tribunal qui jugeât, au nom de Dieu, les nations et les monarques, et qui prévînt les guerres et les révolutions, ce tribunal seroit le chef-d'œuvre de la politique et le dernier degré de la perfection sociale : les papes, par l'influence qu'ils exerçoient sur le monde chrétien, ont été au moment de réaliser ce beau songe.
Montesquieu a fort bien prouvé que le christianisme est opposé d'esprit et de conseil au pouvoir arbitraire, et que ses principes font plus que l'honneur dans les monarchies, la