‹ Génie du christianisme: et Défense du génie du christianisme: avec notes et éclaircissementsChapitre 256 sur 322 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

convient à un peuple mûri par le temps; c'est, si nous osons parler ainsi, la religion naturelle à l'âge présent du monde, comme le règne des figures convenoit au berceau d'Israël. Au ciel elle n'a placé qu'un Dieu ; sur la terre elle a aboli l'esclavage. D'une autre part, si vous regardez ses mystères, ainsi que nous l'avons fait, comme l'archétype des lois de la nature, il n'y aura en cela rien d'affligeant pour un grand esprit : les vérités du christianisme, loin de demander la soumission de la raison, en réclament au contraire l'exercice le plus sublime.

Cette remarque est si juste, la religion chrétienne, qu'on a voulu faire passer pour la religion des barbares, est si bien le culte des philosophes, qu'on peut dire que Platon l'avoit presque devinée. Non-seulement la morale, mais encore la doctrine du disciple de Socrate, a des rapports frappants avec celle de l'Évangile. Dacier la résume ainsi :

« Platon prouve que le Verbe a arrangé et rendu visible cet univers; que la connoissance de ce Verbe fait mener ici-bas une vie heureuse et procure la félicité après la mort;

« Que l'âme est immortelle; que les morts ressusciteront; qu'il y aura un dernier jugement des bons et des méchants, où l'on ne paroîtra qu'avec ses vertus ou ses vices, qui seront la cause du bonheur ou du malheur éternel.

« Enfin, ajoute le savant traducteur, Platon avoit une idée si grande et si vraie de la souveraine justice, et il connoissoit si parfaitement la corruption des hommes, qu'il a fait voir que si un homme souverainement juste venoit sur la terre, il trouveroit tant d'opposition dans le mon^e qu'il seroit mis en prison, bafoué, fouetté et enfin crucifié par ceux qui, étant pleins d'injustice, passeroient cependant pour justes1. »

Les détracteurs du christianisme sont dans une position dont il leur est difficile de ne pas reconnoître la fausseté : s'ils prétendent que la religion du Christ est un culte formé par des Goths et des Vandales, on leur prouve aisément que les écoles de la Grèce ont eu des notions assez distinctes des dogmes chrétiens; s'ils soutiennent, au contraire, que la doctrine évangélique n'est que la doctrine philosophique des anciens, pour-

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