Tacit., Ann., lib. xvi
3. Dionys. et Ignat., Epist. ap. Eus., iv, 23; Chrys., Op., t. VII, p. 658 et 810, édit. Sayil.; Plin., epist. x; Lucian., in Alexandro, c. xxv. Pline, dans sa fameuse lettre ici citée, se plaint que les temples sont déserts et qu'on ne trouve plus d'acheteurs pour les victimes sacrées, etc.
que le citoyen en particulier. La pudeur et l'humanité n'étoient pas mises au rang des vertus. La classe la plus nombreuse étoit esclave ; les sociétés flottoient éternellement entre l'anarchie populaire et le despotisme : voilà les maux auxquels le christianisme apportoit un remède certain, comme il l'a prouvé en délivrant de ces maux les sociétés modernes. L'excès même des premières austérités des chrétiens étoit nécessaire; il falloit qu'il y eût des martyrs de la chasteté, quand il y avoit des prostitutions publiques; des pénitents couverts de cendre et de cilice, quand la loi autorisoit les plus grands crimes contre les mœurs; des héros de la charité, quand il y avoit des monstres de barbarie; enfin, pour arracher tout un peuple corrompu aux vils combats du cirque et de l'arène, il falloit que la religion eût, pour ainsi dire, ses athlètes et ses spectacles dans les déserts de la Thébaïde.
Jésus-Christ peut donc en toute vérité être appelé, dans le sens matériel, le Sauveur du monde, comme il l'est dans le sens spirituel. Son passage sur la terre est, humainement parlant, le plus grand événement qui soit jamais arrivé chez les hommes, puisque c'est à partir de la prédication de l'Évangile que la face du monde a été renouvelée. Le moment de la venue du Fils de l'Homme est bien remarquable : un peu plus tôt, sa morale n'étoit pas absolument nécessaire ; les peuples se soutenoient encore par leurs anciennes lois; un peu plus tard, ce divin Messie n'eût paru qu'après le naufrage de la société.
Nous nous piquons de philosophie dans ce siècle, mais certes la légèreté avec laquelle nous traitons les institutions chrétiennes n'est rien moins que philosophique. L'Évangile, sous tous les rapports, a changé les hommes; il leur a fait faire un pas immense vers la perfection. Considérez-le comme une grande institution religieuse en qui la race humaine a été régénérée, alors toutes les petites objections, toutes les chicanes de l'impiété disparoissent. Il est certain que les nations païennes étoient dans une espèce d'enfance morale par rapport à ce que nous sommes aujourd'hui : de beaux traits de justice échappés à quelques peuples anciens ne détruisent pas cette vérité et n'altèrent pas le fond des choses. Le christianisme nous a indubitablement apporté de nouvelles lumières : c'est le culte qui