FRAGMENT D'UNE LETTRE A SA EELLE-SOEUR, DD JOUR DE PAQDES
A la veille de me vouer entièrement au silence, ma très-chère sœur, je viens vous faire mes derniers adieux. En quittant Paris, vous fûtes la seule que je pus embrasser... Je ne sais pas où sont mes oncles : si par hasard ils sont à votre portée, renouvelez-leur tous les sentiments d'un neveu qui ne pourra plus traverser les monts.
S'il plaît au bon Dieu, j'aurai demain le bonheur de faire mes vœux , ainsi qu'un jeune prêtre françois qui a un air bien distingué : sa figure et sa voix portent l'empreinte de la piété.
Ma lettre ne devant partir que samedi, ma profession faite, j'y ajouterai une croix comme on en met sur la tombe des morts.
Adieu encore ma sœur et mes frères; ne cessons de prier notre Sauveur qu'il veuille bien nous réunir à son côté droit au grand jour Je la résurrection.
La famille avoit demandé un certificat de profession pour obtenir je bienfait de l'amnistie accordé par le premier consul. Elle espéroit que la mort civile du Trappiste seroit considérée comme ayant le même effet que la mort naturelle. La lettre qui suit, écrite par un religieux de la Trappe, dispensa de faire cette nouvelle demande à la bienfaisance du gouvernement.