FRAGMENT D'UNE LETTRE A SES FRÈRES, SAMED DE PAQDES
Après-demain, mes chers frères, je ferai ma profession... Je suis étonné de me trouver si fort un dernier jour de carême. C'est bien iifférent du premier, où je fis un dur apprentissage. Les commencements d'une chose nouvelle sont d'ordinaire pénibles, parce qu'on n'en sent pas tous les rapports; ensuite peu à peu l'habitude semble ïhangcr la nature des choses, et on est étonné de faire avec facilité :e qui avoit coûté d'abord tant de peine : c'est ce qui m'arrive. Vous ivez dû être étonnés que j'aie embrassé un état qui m'enchaîne, moi qui ai toujours aimé l'indépendance, cette liberté de courir et de m'ajiter. Depuis quelques années, quoique j'eusse une existence aussi igréable que ma position me le pût permettre, je me sentois inquiet, i'avois quelquefois du dégoût pour la vie. Enfin, en lisant la Vie de
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sainte Marie d'Egypte, je me sentis touché de la consolation qu'on trouve lorsqu'on se voue entièrement au service de Dieu, de manière que je pris dès lors la ferme résolution d'embrasser l'état dans lequel je suis à la veille d'entrer sans retour... Vous me parlez de vos affaires. Souvenez-vous que vous êtes frères, tous bons chrétiens. Vous n'appréciez pas assez ce titre, si vous avez besoin d'un tiers pour vous arranger sur vos intérêts respectifs. Ne refroidissez pas l'amitié par des comptes : entre frères tout doit se faire par un à peu près. Que les plus riches aident aux plus pauvres. Qu'il est doux de s'aimer entre frères et de se réunir pour parler de la vie future et de Dieu, qui est lui-même la parfaite charité !... Prions la sainte Vierge, prions-la, cette bonne mère, qu'elle nous réunisse tous au ciel, avec mon père, ma mère, mes sœurs, qui y sont déjà et qui prient de leur côté. Nous ne sommes pas comme les païens, qui à la mort de leurs proches se désolent. Pour nous, réjouissons-nous dans le Seigneur, qui ne nous sépare que pour peu de temps. Adieu, mes frères, adieu ! Priez pour moi.