‹ Génie du christianisme: et Défense du génie du christianisme: avec notes et éclaircissementsChapitre 287 sur 322 · MISSIONS DE LA CHINE · texte numérisé non relu

MISSIONS DE LA CHINE

Lord Mackartney, malgré ses préjugés religieux et nationaux, rend un témoignage bien remarquable en faveur de nos missionnaires :

u Les missionnaires partagent avec zèle un soin si rempli d'humanité (celui de recueillir les enfants exposés après leur naissance). Ils se hâtent de baptiser ceux qui conservent le moindre signe de vie, afin, comme ils le disent, de sauver l'âme de ces êtres innocents. Un de ces pieux ecclésiastiques, qui n'avoit nul penchant à exagérer le mal, avoua qu'à Pékin on exposoit chaque année environ deux mille enfants, dont un grand nombre périssoit. Les missionnaires prennent soin de tous ceux qu'ils peuvent conserver à la vie. Ils les élèvent dans les principes rigoureux et fervents du christianisme, et quelques-uns de ces disciples se rendent ensuite utiles à leur religion en travaillant à y convertir leurs compatriotes.

« Les conversions s'opèrent ordinairement parmi les pauvres, qui dans tous les pays composent la classe la plus nombreuse. Les charités que les missionnaires font, autant qu'ils peuvent, préviennent en faveur de la doctrine qu'ils prêchent. Quelques Chinois ne se conforment peut-être qu'en apparence à cette doctrine, à cause des bienfaits qu'elle leur vaut, mais leurs enfants deviennent des chrétiens sincères. D'ailleurs, on a toujours plus d'accès auprès des pauvres, et ils sont plus touchés du zèle désintéressé des étrangers qui viennent du bout de la terre pour les sauver.

« C'est un spectacle singulier en effet pour toutes les classes de spectateurs que de voir des hommes, animés par des motifs différents de ceux de la plupart des actions humaines, quittant pour jamais leur patrie et leurs amis et se consacrant pour le reste de leur vie au soin de travailler à changer le dogme d'un peuple qu'ils n'ont jamais vu. En poursuivant leurs desseins, ils courent toutes sortes de risques, ils souffrent toutes espèces de persécutions et renoncent à tous les agréments. Mais à force d'adresse, de talent, de persévérance, d'humilité, d'application à des études étrangères à leur première éducation, et en cultivant des arts entièrement nouveaux pour eux, ils parviennent à se faire connaître et protéger. Us triomphent du malheur d'être étrangers dans un pays où la plupart des étrangers sont proscrits et où c'est un crime que d'avoir abandonné le tombeau de ses pères. Ils obtiennent enfin des établissements nécessaires à la propa-

gation de leur foi, sans employer leur influence à se procurer aucun avantage personnel.

« Des missionnaires de différentes nations ont eu la permission de bâtir à Pékin quatre couvents, avec des églises qui y sont jointes; il y en a même quelqu'un dans les limites du palais impérial. Ils ont des terres dans le voisinage de la ville, et on assure que les Jésuites ont possédé, dans la cité et dans les faubourgs, plusieurs maisons dont le revenu servoit seulement à favoriser l'objet de la mission. Ils ont souvent, par des actes charitables, fait des prosélytes et secouru les malheureux. » (Voyage dans l'intérieur de la Chine et en Tartarie, fait dans les années 1792, 1793 et 1794, par lord Mackartney, ambassadeur du roi d'Angleterre auprès de l'empereur de la Chine, t. II, p. 383.) (Xote de l'Éditeur.)

NOTE LV, page 220.

Lorsque nous avons parlé, dans la troisième partie, des beaux sujets de l'histoire moderne qui pourroient devenir intéressants s'ils étoient traités par une main habile, YHistoire des Croisades, de M. vlichaud, n'avoit pas encore paru. Nous avons déjà exprimé notre pensée ailleurs sur cet excellent onvrage \ ; en voici un fragment qui vient à l'appui de ce que nous avons dit sur les avantages que l'Europe a retirés de l'institution de la chevalerie :

« La chevalerie étoit connue dans l'Occident avant les croisades : ces guerres, qui sembloient avoir le même but que la chevalerie, celui de défendre les opprimés, de servir la cause de Dieu et de combattre les infidèles, donnèrent à cette institution plus d'éclat et de consistance, une direction plus étendue et plus salutaire.

« La religion, qui se mêloit à toutes les institutions et à toutes les passions du moyen âge, épura les sentiments des chevaliers et les éleva jusqu'à l'enthousiasme de la vertu. Le christianisme prêtoit à la chevalerie ses cérémonies et ses emblèmes et tempéroit par la dou- 'ceur de ses maximes l'aspérité des mœurs guerrières.

« La piété, la bravoure, la modestie, étoient les qualités distinctives de la chevalerie : Servez Dieu, et il vous aidera; soyez doux et courtois à tout gentilhomme en étant de vous tout orgueil; ne soyez flatteur ni rapporteur, car telles^ manières de gens ne viennent pas à grande perfection. Soyez loyal en faits et dires; tenez votre parole, soyez secourable à pauvres et orphelins, et Dieu vous le guerdonnera.

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