SECOND FRAGMENT
« Il alloit (Cortez) détruire leurs autels et renverser leurs idoles avec la môme violence qu'à Zempoalla, si le père Barthélémy d'Olmedo, aumônier de l'armée, n'avoit arrêté l'impétuosité de son zèle. Le religieux lui représenta l'imprudence d'une telle démarche dans une grande ville remplie d'un peuple également superstitieux et guerrier, avec lequel les Espagnols venoient de s'allier. Il déclara que ce qui s'étoit fait à Zempoalla lui avoit toujours paru injuste; que la religion ne devoit pas être prêchée le fer à la main ni les infidèles convertis par la violence; qu'il falloit employer d'autres armes pour cette conquête : l'instruction, qui éclaire les esprits, et les bons exemples, qui captivent les cœurs ; que ce n'étoit que par ces moyens qu'on pouvoit engager les hommes à renoncer à leurs erreurs et à embrasser la vérité. — Au xvie siècle, dans un temps où les droits de la conscience étoient si mal connus de tout le monde chrétien, où le nom de tolérance étoit même ignoré, on est étonné de trouver un moine espagnol au nombre des premiers défenseurs de la liberté religieuse et des premiers improbateurs de la persécution. Les remontrances de cet ecclésiastique, aussi vertueux que sage, firent impres-
1. Herrera, Decad. n, lib. x, cap. v; Decad. ni, lib. n, cap. m, îv, v; Oviedo, Hisl., lib. xix, cap. v; Gomera, cap. lxxvii; Davila, Padilla, lib. I, cap. xcvn; Remesal, HiSt. gen., lib. h, cap. xxu, xxm.
sion sur l'esprit de Cortez. Il laissa les Tlascalans continuer l'exercice libre de leur religion, en exigeant seulement qu'ils renonçassent à sacrifier des victimes humaines. » (Hist. d'Amer., liv. V.)
Robertson, après avoir prouvé que la dépopulation de l'Amérique ne peut être attribuée à la politique du gouvernement espagnol, passe à ce morceau que nous avons cité dans le texte:
« C'est avec plus d'injustice encore que beaucoup d'écrivains ont attribué à l'esprit d'intolérance de la religion romaine la destruction des Américains, etc. »>
Et enfin ailleurs, en parlant des Indiens, il dit : « Quoique Paul III, par sa fameuse bulle donnée en 1537 , ait déclaré les Indiens créatures raisonnables, ayant droit à tous les privilèges du christianisme, néanmoins, après deux siècles durant lesquels ils ont été membres de l'Église, ils ont fait si peu de progrès, qu'à peine en trouve-t-on quelques-uns qui aient une portion d'intelligence suffisante pour être regardés comme dignes de participer à l'Eucharistie. D'après cette idée de leur incapacité et de leur ignorance en matière de religion, lorsque le zèle de Philippe lui fit établir l'inquisition en Amérique, en 1570, les Indiens furent déclarés exempts de la juridiction de ce sévère tribunal, et ils sont demeurés soumis à l'inspection de leurs évêques diocésains. » (T. V, p. 205.)
Si l'on pèse avec attention et impartialité tous les faits avancés par le docteur presbytérien, si l'on se rappelle en même temps les nombreux hôpitaux fondés pour les Indiens du Nouveau-Monde, les admirables missions du Paraguay, etc., on sera convaincu qu'il n'y a jamais eu de plus atroce calomnie que celle qui attribue à la religion chrétienne la destruction des habitants du Nouveau-Monde.