‹ Génie du christianisme: et Défense du génie du christianisme: avec notes et éclaircissementsChapitre 300 sur 322 · MASSACRE D'IRLANDE · texte numérisé non relu

MASSACRE D'IRLANDE

Des inimitiés nationales, bien plus encore que des haines religieuses, produisirent en 1641 le fameux massacre d'Irlande. Depuis longtemps opprimés par les Anglois, dépouillés de leurs terres , tourmentés dans leurs mœurs, leurs habitudes et leur religion , réduits presque à la condition d'esclaves par des maîtres hautains et tyranniques, les Irlandois, poussés au désespoir, eurent enfin recours à la vengeance ; ils ne furent pas même les agresseurs dans cette horrible tragédie, et on avoit commencé à les égorger avant qu'ils se déterminassent â répandre le sang.

M. Millon, dans ses Recherches sur l'Irlande (imprimées à la suite du Voyage d'Arthur Young), a recueilli des faits intéressants, quï[ sera bon de mettre ici sous les yeux du lecteur.

Quelques Irlandois s'étant soulevés, par une suite de ce système d'oppression qui pesoit sur leur malheureuse patrie, le conseil anglois d'Irlande envoie des troupes contre eux avec ordre de les exterminer.

« Les officiers, dit Castelhaven (dont M. Millon cite ici les propres paroles), les officiers et les soldats, peu attentifs à distinguer les rebelles sujets, tuèrent indistinctement, dans bien des endroits, hommes, femmes et enfants ; ce procédé irrita les rebelles et les porta à commettre les mêmes cruautés sur les Anglois*. » D'après le passage du comte Castelhaven, il paroît que les Anglois avoient commencé la scène par ordre de leurs chefs, et que le crime des Irlandois étoit d'avoir suivi un exemple barbare2.

« Je ne puis croire, ajoute Castelhaven, qu'il y ait eu alors en Irlande, hors des villes murées, la dixième partie des sujets britanniques rapportes par le chevalier Temple et autres écrivains comme massacrés par les Irlandois. Il est clair que cet auteur répète jusqu'à deux ou trois fois, en divers endroits, les mêmes personnes avec les mêmes circonstances, et qu'il fait mention de quelques centaines d'individus comme massacrés alors qui ont vécu encore plusieurs années après, et quelques-uns jusqu'à notre temps : il est donc juste que, malgré les clameurs mal fondées de certaines personnes, qui s'écrient contre les Irlandois sans dire un mot de la rébellion fomentée chez eux, je rende justice à la nation irlandoise, et que je déclare que les chefs de cette nation n'eurent jamais intention d'autoriser les cruautés qu'on y avoit exercées. »

« L'exemple des Écossois qui s'étoient insurgés fut en partie cause de la révolte des Irlandois, déjà mécontents; ils se voyoient à la veille d'être forcés, ou de renoncer à leur religion, ou d'abandonner leur patrie : une pétition des protestants d'Irlande, signée de plusieurs milliers d'entre eux et adressée au parlement d'Angleterre, justifioit leur crainte; on se vantoit déjà publiquement qu'avant un an il n'y auroit pas un seul papiste en Irlande. Cette adresse produisit son effet en Angleterre : Charles 1er ayant remi^ par une condescendance forcée, les affaires d'Irlande entre les mains du parlement, cette assemblée fit une ordonnance qui tendoit à l'extirpation totale des Irlandois, et déclara qu'elle ne consentiroit jamais à aucune tolérance de la religion papiste en Irlande, ni dans aucun autre des États britanniques. Le même parlement ordonna ensuite qu'on assignât à des aventuriers anglois, moyennant une certaine somme d'argent, deux millions cinq cent mille acres de terres profitables en Irlande, non

1. Whicù procédure exasperated the rebels, and induced them to commit the like cruelties upon the English. 2. Ma-Geoghegan

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