S. Hieron-., Dial. e. Lucif
gion dans ses rapports purement humains, et lire, pour les réfuter, tant de satires calomnieuses, de libelles impies et de romans obscènes.
Disons la vérité : les critiques qui ont fait cette objection en connoissoient bien la frivolité, mais ils espéroient s'opposer par cette voie détournée aux bons effets qui pouvoient résulter du livre. Ils vouloient faire naître des doutes sur la compétence de l'auteur, afin de diviser l'opinion et d'effrayer des personnes simples qui peuvent se laisser tromper à l'apparente bonne foi d'une critique. Que les consciences timorées se rassurent, ou plutôt qu'elles examinent bien avant de s'alarmer si ces censeurs scrupuleux qui accusent l'auteur de porter la main à l'encensoir, qui montrent une si grande tendresse, de si vives inquiétudes pour la religion, ne seroient point des hommes connus par leur mépris ou leur indifférence pour elle. Quelle dérision! Taies sunt hominum mentes.
La seconde objection que l'on fait au Génie du Christianisme a le même but que la première, mais elle est plus dangereuse, parce qu'elle tend à confondre toutes les idées, à obscurcir une chose fort claire, et surtout à faire prendre le change au lecteur sur le véritable objet du livre.
Les mêmes critjyques, toujours zélés pour la prospérité de la religion, disent :
« On ne doit pas parler de la religion sous les rapports purement humains, ni considérer ses beautés littéraires e^ poétiques. C'est nuire à la religion même, c'est en ravaler la dignité, c'est toucher au voile du sanctuaire, c'est profaner l'arche sainte, etc., etc. Pourquoi l'auteur ne s'est-il pas contenté d'empjoyer les raisonnements de la théologie? Pourquoi ne s'est- il pas servi de cette logique sévère qui ne met que des idées saines dans la tête des enfants, confirme dans la foi le chrétien, édifie le prêtre et satisfait le docteur? »
Cette objection est, pour ainsi dire, la seule que fassent les critiques; elle est la base de toutes leurs censures, soit qu'ils parlent du sujet, du plan ou des détails de l'ouvrage. Ils ne veulent jamais entrer dans l'esprit de l'auteur, en sorte qu'il peut leur dire : « On croiroit que le critique a juré de n'être
jamais au fait de l'état de la question et de n'entendre pas un seul des passages qu'il attaque1. »
Toute la force de l'argument, quant à la dernière partie de l'objection, se réduit à ceci :
« L'auteur a voulu considérer le christianisme dans ses relations avec la poésie, les beaux-arts, l'éloquence, la littérature; il a voulu montrer en outre tout ce que les hommes doivent à cette religion sous les rapports moraux, civils et politiques. Avec un tel projet, il n'a pas fait un livre de théologie ; il n'a pas défendu ce qu'il ne vouloit pas défendre; il ne s'est pas adressé à des lecteurs auxquels il ne vouloit pas s'adresser : donc il est coupable d'avoir fait précisément ce qu'il vouloit faire. »
Mais en supposant que l'auteur ait atteint son but, devoit-il chercher ce but?
Ceci ramène la première partie de l'objection, tant de fois répétée, qu'il ne faut pas envisager la religion sous le rapport de ses simples beautés humaines, morales, poétiques : c'est en ravaler la dignité, etc., etc.
L'auteur va tâcher d'éclaircir ce point principal de la question dans les paragraphes suivants.
I. D'abord l'auteur n'attaque pas, il défend; il n'a pas cherché le but, le but lui a été offert : ceci change d'un seul coup l'état de la question et fait tomber la critique. L'auteur ne vient pas vanter de propos délibéré une religion chérie, admirée et respectée de tous, mais une religion haïe, méprisée et couverte de ridicule par les sophistes. Il n'y a pas de doute que le Génie du Christianisme eût été un ouvrage fort déplacé au siècle de Louis XIV, et le critique qui observe que Massillon n'eût pas publié une pareille apologie a dit une grande vérité. Certes, l'auteur n'auroit jamais songé à écrire son livre s'il n'eût existé des poëmes, des romans, des livres de toutes les sortes où le christianisme est exposé à la dérision des lecteurs. Mais puisque ces poëmes, ces romans existent, il est nécessaire d'arracher la religion aux sarcasmes de l'impiété; mais puisqu'on a dit et écrit de toutes parts que le christianisme est barbare, ridicule, ennemi des arts et du génie, il est essentiel de prouver qu'il