‹ Génie du christianisme: et Défense du génie du christianisme: avec notes et éclaircissementsChapitre 309 sur 322 · SUJET DE L OUVRAGE · texte numérisé non relu

SUJET DE L OUVRAGE

On a d'abord demandé si l'auteur avoit le droit de faire cet ouvrage.

Cette question est sérieuse ou dérisoire. Si elle est sérieuse, le critique ne se montre pas fort instruit de son sujet.

Qui ne sait que dans les temps difficiles tout chrétien est prêtre et confesseur de Jésus-Christ1? La plupart des apologies de la religion chrétienne ont été écrites par des laïques. Aristide, saint Justin, Minucius Félix, Arnobe et Lactance étoient-ils prêtres? 11 est probable que saint Prosper ne fut jamais engagé dans l'état ecclésiastique; cependant il défendit la foi contre les erreurs des semi-pélagiens : l'Église cite tous les jours ses ouvrages à l'appui de sa doctrine. Quand Nestorius débita son hérésie, il fut combattu par Eusèbe, depuis évèque de Dorylée, mais qui n'étoit alors qu'un simple avocat. Origène n'avoit point encore reçu les ordres lorsqu'il expliqua l'Écriture dans la Palestine, à la sollicitation même des prélats de cette province. Démétrius, évêque d'Alexandrie, qui -étoit jaloux d'Origène, se plaignit de ses discours comme d'une nouveauté. Alexandre, évêque de Jérusalem, et Théoctiste de Césarée, répondirent « que c'étoit une coutume ancienne et générale dans l'Église de voir des évèques se servir indifféremment de ceux qui avoient de la piété et quelque talent pour la parole. » Tous les siècles offrent les mêmes exemples. Quand Pascal entreprit sa sublime apologie du christianisme; quand La Bruyère écrivit si éloquemment contre les esprits forts; quand Leibnitz défendit les principaux dogmes de la foi; quand Newton donna son explication d'un livre saint; quand Montesquieu fit ses beaux chapitres de l'Esprit des Lois en faveur du culte évangélique, a-t-on demandé s'ils étoient prêtres? Des poètes même ont mêlé leur voix à la voix de ces puissants apologistes, et le fils de Racine a défendu en vers harmonieux la religion qui avoit inspiré Athalie à son père.

Mais si jamais de simples laïques ont dû prendre en main cette cause sacrée, c'est sans doute dans l'espèce d'apologie que l'auteur du Génie du Christianisme a embrassée; genre de défense que commandoit impérieusement le genre d attaque, et qui (vu l'esprit des temps) étoit peut-être le seul dont on put se promettre quelque succès. En effet, une pareille apologie ne devoit être entreprise que par un laïque. Un ecclésiastique n'auroit pu, sans blesser toutes les convenances, consi lerer la reli-

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