‹ Génie du christianisme: et Défense du génie du christianisme: avec notes et éclaircissementsChapitre 314 sur 322 · Voyez la note LX , p · texte numérisé non relu

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XL Mais ces censeurs qui savent tout sans doute, puisqu'ils jugent l'auteur de si haut , ont-ils réellement cru que cette manière de défendre la religion, en la rendant douce et touchante pour le cœur, en la parant même des charmes de la poésie, fût une chose si inouïe, si extraordinaire? « Qui oseroit dire, s'écrie saint Augustin, que la vérité doit demeurer désarmée contre le mensonge, et qu'il sera permis aux ennemis de la foi d'effrayer les fidèles par des paroles fortes, et de les réjouir par des rencontres d'esprit agréables, mais que les catholiques ne doivent écrire qu'avec une froideur de style qui endorme les lecteurs? » C'est un sévère disciple de Port-Royal qui traduit ce passage de saint Augustin ; c'est Pascal lui-même, et il ajoute à l'endroit cité1 « qu'il y a deux choses dans les vérités de notre religion, une beauté divine, qui les rend aimables, et une sainte majesté, qui les rend vénérables. » Pour démontrer que les preuves rigoureuses ne sont pas toujours celles qu'on doit employer en matière de religion, il dit ailleurs (dans ses Pensées) que le cœur a ses raisons que la raison ne connoît point2. Le grand Arnauld, chef de cette école austère du christianisme, combat à son tour3 l'académicien Du Bois, qui prétendoit aussi qu'on ne doit pas faire servir l'éloquence humaine à prouver les vérités delà religion. Ramsay, dans sa Vie de Fènelon, parlant du Traité de l'Existence de Dieu par cet illustre prélat, observe que M. de Cambray savoit que la plaie de la plupart de ceux qui doutent vient, non de leur esprit, mais de leur cœur, et qu'il faut donc répandre partout des sentiments pour toucher, pour intéresser, pour saisir le cœur'*. » Raymond de Sébonde a laissé un ouvrage écrit à peu près dans les mêmes vues que le Génie du Christianisme ; Montaigne a pris la défense de cet auteur contre ceux qui avancent que les chrestiens se font tort de vouloir appuyer leur créance par des raisons himiaines*. « C'est la foy seule qui embrasse vivement et certainement les hauts mvstères de notre religion. Mais ce n'est

1. Lettres provinciales, lettre xi*. 2. Pensées de Pascal, chap. xxvm. 3. Dans un petit traité intitulé : Réflexions sur l'Éloquence des Prédicateurs, ■i. flist. de la Vie de Fénelon, p. 193. 5. Essais de Montaigne, t. IV, liv. n, chap. xn, p. 172.

pas à dire que ce ne soit une très-belle et très-louable entreprise d'accommoder encore au service de notre foy les outils naturels et humains que Dieu nous a donnez... Il n'est occupation ni desseins plus dignes d'un homme chrétien que de viser par tous ses estudes et pensemens à embellir, estendre et amplifier la vérité de sa créance1. »

L'auteur ne finiroit point s'il vouloit citer tous les écrivains qui ont été de son opinion sur la nécessité de rendre la religion aimable, et tous les livres où l'imagination, les beaux-arts et la poésie ont été employés comme un moyen d'arriver à ce but. Un ordre tout entier de religieux connus par leur piété, leur aménité et leur science du monde, s'est occupé pendant plusieurs siècles de cette unique idée. Ah! sans doute aucun genre d'éloquence ne peut-être interdit à cette sagesse qui ouvre la bouche des muets'1 et qui rend diserte la langue des petits enfants. Il nous reste une lettre de saint Jérôme où ce Père se justifie d'avoir employé l'érudition païenne à la défense de la doctrine des chrétiens 3. Saint Ambroise eût-il donné saint Augustin à l'Église, s'il n'eût fait usage de tous les charmes de l'élocution? « Augustin, encore tout enchanté de l'éloquence profane, dit Rollin , ne cherchoit dans les prédications de saint Ambroise que les agréments du discours et non la solidité des choses, mais il n'étoit pas en son pouvoir de faire cette séparation. » Et n'est-ce pas sur les ailes de l'imagination que saint Augustin s'est élevé à son tour jusqu'à la Cité de Dieu? Ce Père ne fait point de difficulté de dire qu'on doit ravir aux païens leur éloquence, en leur laissant leurs mensonges, afin de l'appliquera la prédication de l'Évangile, comme Israël emporta l'or des Égyptiens sans toucher à leurs idoies, pour embellir l'arche sainte4. G'étoit une vérité si unanimement reconnue des Pères, qu'il est bon d'appeler l'imagination au secours des idées religieuses, que ces saints hommes ont été jusqu'à penser que Dieu s'étoit servi de la poétique philosophie de Platon pour

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