De Doct. chr., Iib. n, n
amener l'esprit humain à la croyance des dogmes du christianisme.
XII. Mais il y a un fait historique qui prouve invinciblement la méprise étrange où les critiques sont tombés lorsqu'ils ont cru l'auteur coupable d'innovation dans la manière dont il a défendu le christianisme. Lorsque Julien, entouré de ses sophistes, attaqua la religion avec les armes de la plaisanterie, comme on l'a fait de nos jours; quand il défendit aux Galiléens d'enseigner1 et même d'apprendre les belles-lettres; quand il dépouilla les autels du Christ, dans l'espoir d'ébranler la fidélité des prêtres ou de les réduire à l'avilissement de la pauvreté, plusieurs fidèles élevèrent la voix pour repousser les sarcasmes de l'impiété et pour défendre la beauté de la religion chrétienne. Apollinaire le père, selon l'historien Socrate, mit en vers héroïques tous les livres de Moïse, et composa des tragédies et des comédies sur les autres livres de l'écriture. Apollinaire le fils écrivit des dialogues à l'imitation de Platon , et il renferma dans ces dialogues la morale de l'Évangile et les préceptes des Apôtres 2. Enfin, ce Père de l'Église surnommé par excellence le Théologien, Grégoire de Nazianze, combattit aussi les sophistes avec les armes du poëte. Il fit une tragédie de la mort de Jésus-Christ, que nous avons encore. Il mit en vers la morale, les dogmes et les mystères mêmes de la religion chrétienne3. L'historien de sa vie affirme positivement que ce saint illustre ne se livra à son talent poétique que pour défendre le christianisme contre la dérision de l'impiété4; c'est aussi l'opinion du sage Fleury. « Saint Grégoire, dit-il, vouloit donner à ceux qui aiment la poésie et la musique des sujets utiles pour se divertir, et ne pas laisser aux païens l'avantage de croire qu'ils fussent les seuls qui pussent réussir dans les belles-lettres5. »
Cette espèce d'apologie poétique de la religion a été continuée, presque sans interruption, depuis Julien jusqu'à nos jours.
1. Nous avons encore l'édit de Julien. Jul., p. 42. Yid. Greg. Naz., or. m, cap. iv; Amm., lib. xxn.