‹ Génie du christianisme: et Défense du génie du christianisme: avec notes et éclaircissementsChapitre 68 sur 322 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

La jeune fille alors lit, au déclin du jour,

Cette lettre éloquente où brûle ton amour :

Son trouble est aperçu de l'amant qu'elle adore,

Et des feux que tu peins son feu s'accroît encore.

Mais que fais-je, imprudent? quoi! dans ce lieu sacré

J'ose parler d'amour, et je marche entouré

Des leçons du tombeau, des menaces suprêmes!

Ces murs, ces longs dortoirs, se couvrent d'anathèmes,

De sentences de mort qu'aux yeux épouvantés

L'ange exterminateur écrit de tous côtés;

Je lis à chaque pas : Dieu, Venfer, la vengeance.

Partout est la rigueur, nulle part la clémence.

Cloître sombre, où l'amour est proscrit par le ciel,

Où l'instinct le plus cher est le plus criminel,

Déjà, déjà ton deuil plaît moins à ma pensée.

L'imagination, vers tes murs élancée,

Chercha le saint repos, leur long recueillement :

Mais mon âme a besoin d'un plus doux sentiment.

Ces devoirs rigoureux font trembler ma foiblesse.

Toutefois, quand le temps, qui détrompe sans cesse,

Pour moi des passions détruira les erreurs

Et leurs plaisirs trop courts souvent mêlés de pleurs;

Quand mon cœur nourrira quelque peine secrète,

Dans ces moments plus doux et si chers au poëte,

Où, fatigué du monde, il veut, libre du moins,

Et jouir de lui-même et rêver sans témoins,

Alors je reviendrai, solitude tranquille,

Oublier dans ton sein les ennuis de la ville

Et retrouver encor sous ces lambris déserts

Les mêmes sentiments retracés dans ces vers.

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