‹ Génie du christianisme: et Défense du génie du christianisme: avec notes et éclaircissementsChapitre 98 sur 322 · Voyez la note XLIII, à la fin du volume · texte numérisé non relu

Voyez la note XLIII, à la fin du volume

mande pas les ris aussi facilement qu'on peut faire couler les larmes.

Tandis que la statue de Marat remplaçoit celle de saint Vincent de Paul, tandis qu'on célébroit ces pompes dont les anniversaires seront marqués dans nos fastes comme des jours d'éternelle douleur, quelque pieuse famille chômoit en secret une fête chrétienne, et la religion mêloit encore un peu de joie à tant de tristesse. Les cœurs simples ne se rappellent point sans attendrissement ces heures d'épanchement où les familles se rassembloient autour des gâteaux qui retraçoient les présents des Mages. L'aïeul, retiré pendant le reste de l'année au fond de son appartement, reparoissoit dans ce jour comme la divinité du foyer paternel. Ses petits-enfants, qui depuis longtemps ne revoient que la fête attendue, entouroient ses genoux et le rajeunissoient de leur jeunesse. Les fronts respiroient la gaieté, les cœurs étoient épanouis, la salle du festin étoit merveilleusement décorée, et chacun prenoit un vêtement nouveau. Au choc des verres, aux éclats de la joie, on tiroit au sort ces royautés qui ne coûtoient ni soupirs ni larmes ; on se passoit ces sceptres qui ne pesoient point dans la main de celui qui les portoit. Souvent une fraude, qui redoubloit l'allégresse des sujets et n'excitoit que les plaintes de la souveraine, faisoit tomber la fortune à la fille du lieu et au fils du voisin, dernièrement arrivé de l'armée. Les jeunes gens rougissoient, embarrassés qu'ils étoient de leur couronne; les mères sourioient, et l'aïeul vidoit sa coupe à la nouvelle reine.

Or, le curé présent à la fête recevoit, pour la distribuer avec d'autres secours, cette première part appelée la part des pauvres. Des jeux de l'ancien temps, un bal dont quelque vieux serviteur étoit le premier musicien, prolongeoient les plaisirs, et la maison entière, nourrices, enfants, fermiers, domestiques et maîtres, dansoient ensemble la ronde antique.

Ces scènes se répétoient dans toute la chrétienié; depuis le palais jusqu'à la chaumière, il n'y avoit point de laboureur qui ne trouvât moyen d'accomplir ce jour-là le souhait du Béarnois. Et quelle succession de jours heureux! Noël, le premier jour de l'an, la fête des Mages, les plaisirs qui précèdent la pénitence ! En ce temps-là les fermiers renouveloient leur bail, les

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