CHAPITRE I
Théologie,
Déjà vers la fin du xviir siècle d'immense»
travaux avaient été entrepris pour comparer les textes des nombreuses versions de FEcriture. Le père Houbigant avait publié , en 1 7 53, le résultat de Fexamen d'un grand nombre de manuscrits qiii se trouvaient dans les bibliothèques de Paris. En 1720, une édition delà Bible avait été donnée en, Allemagne par Jean-Henri Michaelis , qui avait consacré à cet ijoApcMtant travail trente années de sa vie. En 1780, Benjamin Kennicott avait publié en Angleterre sa grande Bible révisée : cette édition, faite à Oxford d'après tous les manuscrits hébraïques appartenant aux bibliothèques les plus célèbres de l'Europe , servit de guide et de fondement à tous les travaux de ce genre dont peut se glorifier le xix« siècle.
C'est en 1808 qu'a été achevée la magnifique collection des manuscrits du texte hébreu rassemblés par Jean-Bernard de Rossi , professeur à Parme. Cet infatigable savant, que soutenait sans
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doute dans une si vaste et si laborieuse entreprise Tauteur même de la divine parole , parvint à se procurer la plus grande partie des manuscrits possédés par les Juifs. Ses recherches aboutirent à un catalogue contenant les versions diverses de six cent quatre-vingts manuscrits hébreux.
Il importait à la cause du christianisme de montrer que les différences entre les versions recueillies par Kennicott et Bernard de Rossi n'altéraient en rien la pureté de la foi. Cet utile travail, fait sur les versions de Kennicott par le célèbre Eichhom, a mis en lumière Tinsignifiance réelle des variétés signalées entre des textes si nombreux.
Dans le cours du dernier siècle , la plupart des manuscrits de FEvangile existant en Europe avaient été rassemblés dans la collection donnée en 1707 par Mill et dans l'édition publiée en 1763 par Wetstein. Des recherches plus récentes ont été faites pour retrouver les manuscrits de tous les pays et de tous les temps , depuis le m*" siècle de lère chrétienne. Les versions arabe, syriaque, cophte et arménienne ont été recueillies; les monastères de l'Egypte et de la Syrie ont été interrogés, et Ton a pu comparer ainsi un nombre suffisant de textes de TEvangile pour être assuré que le résultat de cet examen aurait une autorité décisive. Jean-Jacques Griesbach, qui entreprit d'établir cette critique sur des principes inébranlables , s'est illustré à la fois
[)ar la simplicité imposante de son système et par *éminent service qu'il a rendu à la religion. Appliquant à la critique sacrée la méthode adoptée dans les classifications des sciences naturelles, il partagea les manuscrits du Nouveau-Testament en trois classes : dans la première , il ran-
gea les textes d'une édition corrigée en Egypte; dans la seconde, ceux d'une édition corrigée à Byzance , et dans la troisième, ceux d'une édition corrigée en Occident. Cette division établit trois types distincts auxquels il sera facile de ramener tous les manuscrits découverts ou à découvrir. La comparaison simplifiée par ce système n'a plus lieu qu'entre les familles, au lieu de s'effeotuer entre les manuscrits. La classification de Griesbach a été encore améliorée sous quelques rapports par Scholtz, qui a publié, il y a peu d'années, comme le fruit de ses recherches en Europe et en Orient, une édition critique du Nou ^ ▼eau-Testament.
La vérité de la religion a dû une éclatante démonstration à ces immenses travaux, qui ont abouti au même résultat que ceux qui avaient été faits pour l'Ancien-Testament. L'examen de tant de versions diverses de l'Evangile n'a point constaté l'altération d'un seul point important de la doctrine chrétienne.
Le Saint-Siège publie en ce moment le Codex vaticanus, précieux manuscrit des Saintes-Ecritures qui se trouvait dans la bibliothèque du Vatican. Cette édition, déjà donnée en 1687, sous le pape Sixte-Quint, contribuera beaucoup aux progrès de la critique sacrée.
Après la révision du texte vient l'interprétation des mots. Cette dernière science s'appuie nécessairement sur l'étude grammaticale ae la langue hébraïque. Le premier travail de quelque importance qui ait paru en ce genre au xix siècle est la grammaire hébraïque publiée à Leipsick, en 1817, parGesenius. Profitant non-seulement de toute la science philologique contenue dans les ouvrages des rabbins, mais encore des progrès
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qu avait faits la grammaire des langues arabe et syriaque, grâce aux profondes recherches die Sacy et d'Hoffmann, il entra plus profondément que tous ses prédécesseurs dans le mécanisme de la syntaxe et de la construction hébraïque, et fonda un nouveau système grammatical sur la position et les mouvements des points , sur la valeur changeante des particules , et sur les diverses acceptions communiquées aux mots par leur forme particulière. Une autre grammaire fut publiée, en 1827, par Ëwald, qui compléta d'une manière brillante les travaux de Gesenius, et rectifia plusieurs principes erronnés que ce dernier avait établis , à l'égard de l'emploi des pronoms dans la langue hébraïque.
Les Principes de grammaire hébraïque et chalddiqucy par M. l'abbé Glaire, professeur d'hébreu à la faculté de théologie de Paris, ont résolu quelques difficultés importantes que les grammairiens de l'Allemagne n'avaient pu surmonter, et ont ainsi contribué aux progrès de la philologie sacrée.
Le perfectionnement de la grammaire hébraïque, facihtant l'interprétation de la Bible, a fait avancer la science qui pose les principes et les règles de cette interprétation, et qu'on nomme herméneutique. L'histoire de cette science a été tracée au commencement de ce siècle par Roseamûller sous ce titre : Histoire de [interprétation des livres saints dans r Eglise chrétienne. Les traces de ce savant distingué ont été suivies par son fils, auteur de commentaires sur les livres des prophètes, et en particulier sur celui d'Ezéchiel. L'herméneutique a été encore cultivée en Allemagne par plusieurs écrivains, et notamment par Jahn dans sou Manuel de [herméneutique , par
Ackermann dans ses Commentaires sur les petits prophètes^ par £wald dans son travail sur les psaumes, par Umbreit dans ses Commentaires sur Job^ par Hengstenberg dans sa Christologie fi^ t Ancien" Testament.
Je me garderai bien d'omettre dans cette carrière le nom qui représente la science exégétique de mon pays : ce nom, que j ai déjà eu tant de plaisir à mentionner, est celui de M. labbé Glaire, qui publie en ce moment la traduction du Penta* teaque. Ce traTaiI,dans le quel il a eu, au commen* cernent, pour collaborateur M. Franck, offre Tavantage d'une traduction rigoureusement littérale sans déviation de Tesprit du texte original, ni violence faite au génie de notre langue. Mais ce qui en fait le mérite scientifique est une suite de notes exclusivement philologiques danslesquelles les traducteurs ont assigné à beaucoup de dérivés leur véritable origine, expliqué les idiotismes de la langue sainte, et rétabli la vraie signification d'un grand nombre de mots.
Pourquoi faut-il que les admirables progrès de l'interprétation des Saintes -Écritures aient été profanés par le plus affligeant des abus , et que, cette fois encore, le fruit de la mort ait été cueilli sur l'arbre de la science? Vers le milieu du xviii* siècle, une école s était fondée en Allemagne pour interpréter les Écritures, non plus par l'adoption du sens littéral, mais par celle du sens mystique: elle établissait tout un système d'allégories qui détruisait de fond en comble la vérité positive des Saintes-Écritures; tous les faits et tous les miracles consignés dans les livres inspirés n'étaient plus qu'une suite de figures et de mythes. A la tête de cette école il faut placer Seniier et Ammon, qui ont enseigné et coordonné les règles
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de rinterprétation allégorique. Â la fin du xviii* giècle, ce système fut appliqué partiellement à quelques parties de T Ancien-Testament par Eichhorn, Paulus, Gabier, etc. Au commencement du XIX* siècle, cette nouvelle herméneutique devient plus audacieuse: Bauer publie, en 1 8o3, la Mythologie de la Bible; M. de Wette, professeur de théologie à Baie, applique à Moïse les idées exprimées par Wolf sur Homère, et fait du Pentateuque une épopée comme Tlliade , n'ayant plus un seul homme pour auteur. Ce système est exposé dans son IntroductionhVAncien-Testamenty publiée en 1 806. Les mêmes idées ont encore trouvé tout récemment des défenseurs dans trois théologiens, M. de Bohlen de Kœnigsberg, M. César de Lengerke, originaire de la même ville , et M. Watke de Berlin. Ces déplorables témérités de Fexégèse moderne ont été signalées avec talent par M. Hengstenberg dans sa Christologie , par M. Haevemick dans son Introduction historique et critique à t Ancien-Testament^ et par MM. Umbreit et Ullmann, qui, dans leurs Etudes et Critiaues de théologie^ ont essayé de réfuter cette manie impie de symboliser la foi. Mais leur réponse, puisée, comme Fattaque, dans la liberté d'examen, manque de Tautorité nécessaire pour dire à l'orgueil de la raison : « Tu n'iras pas plus loin ! »
Nous verrons, en résumant les progrès des sciences philosophiques , que le spiritualisme a revêtu en Allemagne la forme d'un panthéisme transcendental, et l'examen des controverses thé ologiques dont ce même pays est encore le théâtre nous révèle les déplorables conséquences que Ton tire de la philosophie de la nature pour attaquer la vérité historique du christianisme, et saper les fondements de la religion révélée. Jamais
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peut-être Tesprit humain n avait doané une aussi éclatante preuve de sa force et de sa faiblesse. Je dis de sa force, à cause de Tencbainement d'un vaste système qu'il (ait partir de l'idée absolue de Fessence divine pour expliquer la loi du monde et laviede l'humanité; je dis desa faiblesse, à cause de Tabus qu'il peut (aire de sa puissance. Non, jamais la raison numaine ne s'était emportée jusqu'à un pareil enthousiasme de sa grandeur.
U était réservé à ce siècle de la voir se diviniser elle-même. A force de vouloir se dégager des liens du matérialisme, les philosophes allemands se sont abîmés dans la conception de funité infinie. Quiconque n'aurait pas étndié Thistoire du système du panthéisme, et qui ferait seulement usage de son bon sens pour apprécier les conclusions de cette théorie, croirait à peine à l'intégrité des facultés mentales des hommes qui ont conçu la philosophie de la nature. Gomment croire^ en effet, que des esprits sains puissent regarder l'univers comme une création fantastique de Tàme humaine, ou cette âme, la nature et Dieu comme ooe seule et même chose sous des formes diverses ?
De telles aberrations ne peuvent avoir lieu que dans un pays tel que l'Allemagne, où les esprits, applianés sans relâcheà une creuse métaphysique, chercbent un alimenta leur dévorante et insatiable activité dans ce combat de doctrines et de systèmes. Cest parmi les défenseurs mêmes de la foi chrétienne que se sont trouvés les plus audacieux panthéistes. Des pasteurs chargés de nourrir les peuples de la parole de vie arrachent à l'envi les pages de l'Évangile, et se disputent l'épouvantable gloire de nier avec le plus de science la divinité du Sauveur. A leurs yeux, les religions ne
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soiit que des symboles de Thistoire de rhumaiiité, et le Christ aevient un personnage idéal dans lequel la raison s'est plu à composer une sublime image d'elle-même.
Des chutes si profondes sont un terrible enseignement: au bord de ces grands précipices, on apprend que la foi est autre chose que la conviction de Tesprit, et que nous cessons d'être en état de recevoir la lumière divine lorsque nous nous confions avec une trop superbe indépendance atix clartés naturelles. Aussitôt qu*on veut se convaincre par la raison de la vérité des dogmes du christianisme, à peu près comme on se persuade de toute autre vérité dans Tordre des sciences humaines, on s'expose à perdre le don surnaturel de la grâce.
Les sublimes propensions de la nature humaine, toujours portée à chercher Dieu ici-bas, et toujours pressée du céleste besoin de s'unir avec lui, peuvent nous servir à comprendre rorigine de cette doctrine, qui se décore en Allemagne du nom de philosophie transcendante. S'il est vrai que nous soyons formés pour adorer en Dieu la charité, la sagesse, la vérité, la puissance, l'activité, la gloire et l'unité infinies, les philosophes de l'Allemagne, qui, sur les traces de Spinosa, remettent en honneur le système de l'identité de Dieu avec le monde et l'âme de l'homme, ont sans doute été précipités au fond de cette mer sans rivages, par la considération de cette primitive aptitude à l'union avec Dieu que nous venons de signaler.
Il n'est pour l'homme d'autre moyen de consommer cette unité tant désirée que par la relig on chrétienne: la sainteté est le nœud qui joint n,otre âme à la majesté éternelle. Dieu fait sa de-
meure dans un cœur pur; ec c'est en parlant des
justes ^ue le Sauveur a dit: Je suis en eux
afin qu'ils soient consommés dans Tunité (a). »
Ainsi, rhonmie peut arriver à faire un avec Dieu même , mais par Ja foi et Tobéissance aux préceptes de FÉvangile. Ce n'est ni par la raison, le génie,la science, rhumaine générosité, les élancements de notre activité curieuse , hardie et pénétrante, qu'il nous est donné de nous unir à celui qui est. Voilà ce que nous enseigne la religion, et c est une vérité qui n'a pas besoin d'être démontrée au ch^étien, qui a senti une seule fois la présence de Dieu dans son coeur.
Le panthéisme va plus loin que la religion révélée; il prétend même faire plus que la remplacer. Il nous dit :
a Que vous sert de vous consumer en stériles efforts pour vous unir à Dieu, puisque vous êtes une portion de Dieu même? Votre âme n'est autre cnose qu'une manifestation de la substance infinie. Vous êtes une forme temporaire de la vie universelle, et* votre loi comme votre gloire est de révéler l'infini avec le plus d'éclat, de force et d'étendue, par le complet exercice de toutes vos facultés, et par le majestueux développement de votre triple existence intellectuelle, morale et physique. »
Ainsi, on nous abrège aisément le chemin pour trouver Dieu, dès qu'on nous déclare unis primitivement avec lui ; et ce n'est plus seulement par la sainteté que cette union se révèle, mais par tous les actes de la vie humaine. Sans doute, conformément à ce système, la vertu est une manifestation de la vie universelle qui anime notre
{a) Saint Jean, ch. XVII, ▼. 23.
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âme; mais la fécondité de la pensée, les élans du génie, les conceptions qui empruntent des formes aux beaux-arts, les investigations de la science, la flamme d^nn caractère actif, et la puissance d^une volonté qui participe à la direction des afiEsiires de ce monde, tout cela manifeste, aussi bien que la justice et la vertu, la présence d^un Dieu caché dans Tâme humaine.
Le siècle devait embrasser avec transport une doctrine tellement complaisante à Torgueil et à toutes les grandes passions de Thomme. Maintenant, qui redouterait la justice' d'une autre vie, si rame est semblable à la çoutte d^eau qui, jaillissant pour une minute de la surface de TOcéan, Inrille par elle-même à la clarté du jour, puis retombe, et se perd dans Fimmense abtme? Celuilà aurait-il la crainte de Dieu, qui se croit Dieu lui-même? Qui sentirait le besoin de chercher s'il y a une religion vraie sur la terre, lorsqn^on peut adorer sa propre intelligence comme un verbe divin, se croire un fils de Dieu incamé, qui porte TEvangile dans chacune de ses pensées, et enfin établir une parfaite identité entre ces deux mots : existence et religion?
Ajoutons que celle des preuves de la vérité du christianisme qui se tire habituellement de la conformité de cette religion aux traditions de lliumanité et aux pressentiments de la race humaine, a été tournée contre la réalité à la fois divine et historique de la mission du Rédempteur. Les panthéistes nous disent : a Le christianisme est Fouvrage de Thumanité elle-même, une sorte d'épopée du genre humain dont chaque siècle, depuis le berceau du monde, a composé un fragment; enfin, la mise en scène des éternelles lois de ce monde et de ses habitants.. »
SaENCE DE LHOMME. 65
Singiilière fieiçon de raisonner, incroyable violence ans plus vulgaires principes du bon sens, audacieux attentat de la raison sur elle-même! Si la religion chrétienne ne touchait pas aux premiers jours du monde par la filiation non interrompue des traditions, des souvenirs et des espérances du genre humain; si les seules explications données de tout temps sur Torigioe de Tmiivers, et sur les destinées primitives de l'homme sortant des mains de son Créateur, n Savaient pas fait luire avec la première aurore du monde les vérités sur lesquelles repose le christianisme; si cette religion n était pas la raison de rhistoire universelle, Tesprit des lois cosmogooiques, le principe et la fin de tout ce qui a été, est et peut être, c'est alors que la philosophie humaine lui eût reproché à bon droit de manquer de quelques-uns des caractères que doit porter ane religion divine, c'est-à-dire une religion destinée par Dieiï à être ici-bas, jusqu'à la fin des siècles, le seul culte vrai et agréable ù ses yeox. Mais c'est par trop immoler au paradoxe la droiture du jugement, c'est par trop se laisser emporter au besoin d'inscrire son nom sur les débris de l'autel du Christ, que de prétendre . comme les panthéistes modernes, opposer la divimté à la^divinité, nier le christianisme au nom de ce qui le glorifie, et prophétiser qu'il finira, tout en|avouant qu'il n'a jamais commencé. Cette entreprise insensée contre le temple nouveau aura le même sort que celle de Julien-l' Apostat contre l'ancien; et la flamme qui sortit de terre pour surmonter les projets de cet empereur impie n'est'pasfencore éteinte.
îja branche de 1 apologétique, reposant sur les preuves historique:*, a été poussée très-loin, sur-
tout en Angleterre. Les docteurs Paley, Ghalmers^ Bogue, etc., ont discuté les principes généraux de la vérité historique, et leur application particulière à la question de la vérité dn christianistae; ils ont fait éclater Tévidence de la religion danff le Nouveau-ïestament lui-même, dans le concours de ses auteurs nombreux, éloignés et indépendants, dans lautorité non contestée qu'il a obtenue dans les premiers temps de l'Eglise, dans l'impossibilité où se sont trouvés les ennemis de la religion d^affaiblir lautbenticité de ce livre, et dans le caractère non équivoque d'honnêteté et de sincérité qui y règne aup bout à Tautre.
On a fait ressortir en outre Tévidence intrinsèque de la vérité du christianisme, en analysant la doctrine chrétienne dans ses rapports avec Dieu et Thomme; on a montré que les faits sur lesquels cette doctrine repose, sont, d'une part, la représentation vivante des attributs que Ton doit prêter à l'Etre divin, et de l'autre, la réunion de tous les mobiles qui peuvent développer dans lame humaine la perfection morale. On en a conclu que les Apôtres ont dû être témoins des choses qu'ils affirment, ou qu'ils ont été les plus merveilleux philosophes que le monde ait jamais vus, attendu que leur système resterait vrai dans la nature des choses, lors même qu'on prouverait qu'ils sont des imposteurs. C'est ce qu'on appelle une théorie de preuves intrinsèques^ fondée sur ce principe : que l'accord d'une religion avec la constitution morale de l'esprit humain est la première règle d'après laquelle nolis devons juger de la vérité de cette religion. Cette manière d'envisager lapologé tique est principalement due à M. Erskine.
SaENCË D£ L'MOMME. 6;
L'kistoire des peuples et les témoignages des voyageurs moderues ont ajouté de nouyelles preuves à celles qui existaient dëjà touchant Tacc'omplissement littéral des prophéties. Le docteur A. Keith est Fun de ceux qui se sont emparés avec le plus de succès, au profit de la théologie, de ces lumières fournies par la science et Tobservatiou; son livre sur les prophéties est admiré par les catholiques eux-mêmes.
On connaît la tentative que M. de Lamennais a faite pour substituer la méthode du sens commun à la méthode cartésienne, qu'il représentait comme celle de tous les ennemis du christianisme. Son but ne manquait pas de grandeur; mais en voulant mettre le principe de la certitude philosophique d^aecordavec le dogme de Tinfaillibilité de 1 Église, il ne s'aperçut pas qu'il donnait à la raison universelle, c'est-à-dire à la philosophie, rinfaillibilité divine que les catholiques attribuent seulement à TÉglise. Ce système est déjà trop loin de nous et de Fauteur, pour que nous fessions autre chose que Findiquer.
La polémique entre les catholiques et les protestants a produit dans les diverses contrées de FEurope où ces religions sont en présence un certain nombre d'ouvrages remarquables; mais il en est deux surtout que je dois signaler, du côté des théologiens catholiques, comme des modèles de science, d'érudition, de logique et de piété. Le premier a paru en France sous ce titre : Discussion amicale sur l'Eglise anglicane^ et en général sur la Réformation y par M. Fabbé de Trevem. Cet ouvrage a fait voir que les protestants étaient en contradiction ouverte avec leurs propres principes, puisque la réforme annoncée dans tous les pays pour s attacher à l'Église pri-
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mîtive s'en est formellement écartée dans toute»" les questions qu'elle a discutées.
Le second a paru en Allemagne, et est intitulé : La Symbolique^ ou Exposition des contrariétés dogmatiques entre les catholiques et les protestants ypar M. Mœbler, professeur de théologie à Munich. Il a pour but de confronter les symboles ou confessions de foi des diverses communions chrétiennes. Aucun théologien n'avait exposé dans un ordre vraiment scientifique les nouveautés du xvie siècle; aucun n'avait mis suffisamment à contribution l'histoire chronologique de ces variations religieuses pour fonder sur 1 étude des dates les rapports à établir entre les confessions. Devant le spectacle des contradictions qui s'agitent dans le sein de la foi chrétienne, il peut arriver à plus d'un catholique de se demander : « L'Eglise qui m'a reçu dans son sein est-elle de Dieu? La tente qui me sert d'abri ne cache-t-elle pas un immense précipice? » C'est à cette con* science troublée que M. Mœhler vient répondre. Son but est en outre de venger le catholicisme contre les attaques simultanées des naturalistes, qui nient la divinité du Christ et des protestants, qui anéantissent la visibilité de l'Eglise. Il veut montrer la supériorité de la foi catholique, qui comprend le libre arbitre et l'opération divine, l'élément humain et l'élément divin, et dont le symbole est l'unité de ces deux natures. Le principal mérite de la Symbolique est de signaler avec une grande profondeur I état actuel du protestantisme, dans lequel la tolérance pour le sentiment particulier est poussée si loin que les dogmes eux-mêmes, acceptés par les uns et repoussés ou mutilés par les autres, n'y sont plus soufferts qu'à titre d'opinions individuelles.
Ce qai danne enfin beaucoup de prix à la Symbalù/ue^ c'est qu'elle ajoute quelques pages à rHistqpre des variations du grand Bossuet.
En Allemagne, le savant Neander, de Berlin, a publié une Histoire de FEglise^ dans laquelle le tableau de la formation des diverses églises chrétiennes et de la promulgation de leurs symboles respectife est trace avec une érudition remarquable, et avec une impartialité poussée aussi loin, à Fégard des catholiques, qu'on pouvait lattendre d'un théologien protestant.
Des travaux importants sur les Pères de l'Eglise ont imprimé depuis quelque temps, en France, un mouvement salutaire aux études théologiqnes. La collection de ces Pères, publiée aujourd'hui sous la direction éclairée de M. l'abbé Caillau, est un monument élevé, dans ce siècle, à la littérature sacrée et à la science divine. Le docteur Augusti a commencé en Allemagne une Bibliothèque des Pères, et M. Staudenmaier a achevé une Encyclopédie des sciences théologiques ( i ).
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