‹ Génie du dix-neuvième siècle: ou Esquisse des progrès de l'esprit humainChapitre 40 sur 88 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Zoologie.

Linnée, qui a poussé Tesprit de méthode jusqu'au génie, divisait le règne animal en six classes : \e^ quadrupèdes y les oiseaux, lesreptileSyles poissons^ les insectes et les vers ; mais cette classification ne reproduisait point les vrais rapporta des êtres, parce qu'elle n'était point fondée sur Fanatomie. Elle avait surtout le grave inconvénient de ranger dans la classe des vers les mollusques, doués d'un cœur, d'un, système vasculaire coinplet, et respirant par des branchies ou par un poumon. Cuvier, après avoir démontré les vices de la classification linnéenne, en proposa une autre d'après laquelle les animaux étaient rangés selon l'ordre de leur véritable organisation. Adoptant la division du règne animal en animaux vertébrés et animaux sans vertèbres, telle que l'avait suggérée Delamarck, il introduisit une subordination nouvelle dans la seconde de ces classes. C'est en étudiant dans les animaux sans vertèbres les changements qu'éprouvaient les organes de la circulation et de la respiration, qu'il parvint à les séparer nettement en trois grandes subdivisions, savoir : les moUus^

Îmes, qui ont un cœur et un organe respiratoire; es insectes^ qui, en place de cœur, ne possèdent Îu^un simple vaisseau dorsal et respirent à Faide e trachées qui leur portent l'air par tout le corps ; enfin les zoophytes, ou animaui-plantes,

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qui ne possèdent ni cœur, ni vaisseaux, m or^ ganes respiratoires. Ainsi, le règne animal se trouva partagé en quatre types distincts, et le plan d'organisation générale des animaux se réduisit à quatre formes du système nerveux, une pour les vertébrés (qui se divisent en quatre classes, les mammifères, les oiseaux, les reptiles et les poissons), une pour les mollusques, une pour les insectes^ auxquels sont réunis les vers à sang rouge et les crustacés (ce troisième groupe est nommé par Cuvier celui des articulés)^ et une pour les zoophytes (a).

Cet immense progrès de la zoologie fut dû à Fanatomie comparée. Déjà cette science avait été cultivée avec le pressentiment de son importance par Camper en Hollande, Evrard Home en Angleterre, et Vicq-d'Azyr en France ; mais Cuvier a tellement reculé les bornes de Fanatomie comparée, qu'il en est devenu le véritable fondateur. Il n'existait point avant lui d'ouvrage général sur Fanatomie comparée. Celui auquel il donna le titre de /econ5, publié d'abord avec la collaboration de deux amis et de deux disciples dévoués, MM. Duméril et Duvernoy, combla cette grande lacune, et offrit successivement la description de chaque organe dans toutes les classes d'animaux.

L'application de Fanatomie comparée à Fétude des ossements fossiles mit le sceau à la gloire de Cuvier. Il étudia ces os qui se trouvaient mêlés et confondus ensemble dans les entrailles du globe, et qui le plus souvent n'étaient eux-mêmes

(a) Rapport à TEmpereur sur les progrés des sciences n.itarelles, par Cuvier; Paris, 1810. — Mcm. de TAcad. deg Sciences, tom.XIV, contenant l'ëloge de Cuvier, par M. Flourens. — Règne animal, par M. le baron Cuvier, deuxième édition*

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que des débris de débris. Il trouva une méthode pour rapporter chacun de ces fragments à l'espèce à laquelle il appartenait, et reconstruisit, grâce à sa prodigieuse connaissance de la corrélation nécessaire des formes, des espèces d'animaux détruites et perdues depuis tant de siècles (a).

Après avoir réformé le système général des animaux en indiquant et classant les espèces, ce grand naturaliste voulut donner un mémorable exemple de la méthode qu'il fallait suivre pour représenter et décrire ces différentes espèces dans leur structure respective ; il commença Thistoire naturelle des poissons. La classification de ces animaux fut fondée par lui sur la savante anatomie de leur organisation : aussi donna-t-il non-seulement une description exacte de leur forme, de leur couleur et de leurs principaux organes, mais encore une minutieuse indication des proportions relatives de chaque partie de leur corps. Il en avait compté plus de cinq mille espèces, c'est-à-dire qu'il en avait découvert plus de trois mille inconnues à ses prédécesseurs. La mort ne lui a pas permis d'achever ce grand ouvrage; mais tous les matériaux qu'il avait réunis et mis en ordre ont facilité la continuation de cet important travail.

M. Geoffroy Saint-Hilaire publie en ce moment Y Histoire naturelle des Mammifères. Un travail du même genre a été exécuté par M. Frédéric Cuvier, qui, enlevé à la science comme son illustre frère, ne Ta pas longtemps consolée de l'immense

(a) Discours sur les révolutions du globe. Paris, i835. — * Recherches sur les ossements fossiles. Troisième édition. Paris, 1835.

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perte qu^elle avait faite. La science doit à M. de Férussac un traité sur les Coquilles terrestres et fluviatiles ; à M. d^Orbigny, la description de plus de six cents espèces de Coquilles microscopiques; à M. de Blainville, d'utiles Observations sur les Zoophytes; à M. le comte Dejean, la Collection générale de Coléoptères \ à MM. Duponchel et Boisduval, Y Histoire naturelle des Lépidoptères,

Chaque pays est étudié dans ses productions zoologiques avec une ardeur toujours croissante. Les mammifères de TAmérique du Nord sont décrits par M. Say; ses reptiles et ses poissons d'eau douce, par MM. Leconte et Lesueur; ses oiseaux , par MM. Wilson et Charles Bonaparte^ ses lépidoptères et ses chenilles, par MM. Leconte et Boisduval. Les quadrupèaes du Haut- Canada sont étudiés par MM. Richardson et Gapper; ceux du Paraguay, par M. Rengger. La zoologie du Brésil a été commencée à Munich par M. Spix, et continuée par M. Wagler. La partie de ce travail qui concerne les poissons a été rédigée par M. Agassiz, qui publie en ce moment un grand ouvrage sur les poissons fossiles.

La description des animaux de la Syrie , de l'Arabie, de l'Egypte et de TAbyssinie, a été continuée par MM. Hcmrich Ehrenberg et par M. Ruppel. La partie zoologique du grand ouvrage qui fut le résultat de notre expédition en Egypte a été achevée en 1829. Les serpents de rinde et les poissons de la côte de Coromandel ont été décrits par Russel; les poissons du Gange, par Hamilton; les reptiles des îles de la Sonde, par plusieurs zoologues sous le patronage du major général Hardwick; et les oiseaux de ces contrées par M. Grey.

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D'importantes recherches ont été faites sur Torganisatîon et les fonctions des animaux. L*anatomie des insectes est une des branches de la science qui ont été dernièrement cultivées avec le plus de soin. M. Léon Dufour a été couronné par FAcadémie des Sciences pour ses observations sur les cigales et les hémiptères. M. Straus s*est occupé des animaux articulés et du hanneton, sur l'organisation duquel il a publié une excellente monographie. L'anatomie des reptiles a occupé MM. Wagner, Duvernoy, etc. MM. Audouin et Milne Edvirards ont étudié avec le plus grand succès le système vasculaire des crustacés. La structure et le mécanisme respiratoire des poissons ont été Fobjet des études de MM. Rosentbal, Flourens, Duvernoy et Kuntzmann.

Les recherches anatomiques de M. Martin de Saint-Ange sur les changements successifs qu'éprouvent les organes destinés à la respiration du sang chez les animaux vertébrés ont obtenu, en i83i,le suffrage de FAcadémie des Sciences.

Les mœurs des animaux ont donné lieu aux plus intéressantes études. Nous nous bornerons à mentionner les recherches déjà anciennes de Béaumur, Bonnet, Jurine et Latreille, sur les insectes; les belles observations de Frédéric Cuvier sur la domesticité des animaux, et les considérations vraiment profondes exposées sur le même sujet par M. Flourens, qu on peut nommer le Fontenelle de notresiède.

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