CHAPITRE
Delà médecine, de la chirurgie ^ de Canatomie et de la botanique,
L'Egypte passe pour avoir été le berceau de l'art de guérir. La Grèce posséda dans les temps héroïques, avant la prise de Troie, ce célèbre Esculape dont elle fit un dieu. Anaxagore, Tha-
lès de Milet, Pythagore, Démocrite d'Abdère, cultivèrent la médecine, mais sans étudier la nature : cette science n'était alors qu'un enchaînement d'hypothèses nées de la métaphysique. Le père de la véritable médecine est Hippocrate, né 460 ans avant Tère chrétienne. Etudiant les relations tracées par les convalescents sur les tables votives suspendues dans les temples, il apprit à discerner les périodes générales des maladies. Le premier, il attribua à lair, aux vents et aux lieux une influence sur le système de Téconomie vivante. Il jeta les vrais fondements de la pathologie et inventa la diététique. Mais Yanatomie était encore dans Tenfance ; la gloire de développer cette branche importante de la médecine fut obtenue par Ërasistrate et Hérophile, de Técole d'Alexandrie.
Asclépiade et Thémison sont les premiers médecins distingués qui brillèrent à Borne; l'école qu'ils fondèrent est connue sous le nom d'école méthodique, Soranus d'Éphèse , Mosehion , Dioscoride, Andromachus , Pline l'Ancien, Arétée de Cappadoce, firent faire des progrès à la médecine par l'étude mieux approfondie de ses rapports avec les trois règnes de la nature. Mais cette science attendait toujours , depuis Hippocrate, un homme de génie : elle le trouva dans Galien, qui, unissant le spiritualisme de Platon à l'empirisme d'Aristote, éleva la médecine à la hauteur d'une science qui a Thomme tout entier pour objet d'étude. La chirurgie se faisait alors avec le suc des plantes; les opérations étaient rares; cependant on était parvenu à extraire la pierre de la vessie.
L'empire Romain s'écroule. Traversons le moyen-âge; ne nous arrêtons pas au fameux Pa-
racelse, qui introdoîsît dans la médecine Fart cabalistique, et arrivons à Ambroise Paré, Tun det génies créateurs de la chirurgie; à Bérenger de Carpi, qui donna une si salutaire et si puissante impulsion aux progrès de l'anatomie ; au célèbre Harvey, qui démontra le premier la circulation du sang. Mais bientôt l'enthousiasme que faisaient éprouver les expériences chimiques eut une fâcheuse influence sur la médecine : on expliqua toutes les maladies par Faction des acides ou des substances fermentées. Cette doctrine ne tomba que devant un autre système non moins contraire à Tordre des choses : le corps humain fut regardé comme une savante mécanique ; le principe vital tut placé dans le mouvement; tous les organes parurent semblables à des roues, à des poulies ou à des leviers. La science de guérir devint une branche des mathématiques.
Boerhaave et Hoffmann tentèrent de réunir ces deux systèmes singuliers , et de fonder à la fois la médecine sur la mécanique et la chimie. 11 appartenait à rillustre Stahl de rétablir dans ses droits le principe immatériel qui anime Fhomme : il constata Tinfluence de Tàme sur le corps, et plaça le siège de tous nos mouvements physiques dans cette force invisible et céleste. La doctrine de Boerhaave, cherchant Forigine desmaladies dans laltération des humeurs, devint la base du système qu'on a nommé humorisme ; celle d'Hoffmann, qui faisait, au contraire, dériver toutes les maladies de l'affection du tissu vivant, prit le nom de solidisme.
Ce sont ces trois systèmes divers qui se partageaient à la fin du xviii* siècle l'empire de la science.
Dans le même siècle, Tanatomie fit connaître
tout le mécanisme des organes qui servent, dan» ranimai, à la nutrition, à Faccroissement , à la sensibilité. Le foie et les organes digestifs furent étudiés par Glisson ; les intestins, par Brunner et Seyer; le système nerveux, par Vieussens et WiUis. Morgagni traita de Taltération des or^ ganes; Haller, de Tensemble de leurs rapports ; Vicq-d'Azyr,de leurs analogies et de leurs dissemblances; Bicbat, de leur subordination , de leur harmonie et de leurs lois générales.
ThéopLraste, Dioecoride et Pline sont' les seul» botanistes de Fantiquité dont les ouvrages aient traversé, pour arriver jusqu'à nous, le cours des âges. Cette science ne prit son essor que vers le commencement de xvi*^ siècle : c'est alors que Fordre s'introduisit dans les descriptions de» plantes, qui furent étudiées dans leur structure et dans leur mode de végétation. Jérôme Tragus^ Gesner, essayèrent une classification fondée sur une division en classes, en genres et en espèces. Caesalpin et Ri vin proposèrent tour à tour des projets de distribution des plantes en familles, selon leurs analogies. TournefcHt, profitant de& travaux de ses prédécesseurs, fixa d^une manière claire et rigoureuse la détermination des genres en cherchant les caractères distinctifs des plantes dans leurs fleurs et leurs fruits. La physiologie végétale était créée, à cette époque, par Leuwenhoek et Malpighi : une nature inconnue jusqu'alors, et cachée sous celle qui seule avait été visible, se révélait aux yeux de Fhomme, à travers le microscope, qui venait d'être inventé. Le monde allait s'agrandissant, dans la petitesse, jus* qu'à Finfini. Toutes les parties les plus fines de là structure intérieure des végétaux purent être aperçues et étudiées^
PROGRÉS DE L'ESPRIT HUMAIN. g
Jacob Camerarîus, d€ Tubinge, constata Texis» tence des sexes dans les végétaux* La botanique reçoit enfin du grand Linnée une impulsion décisiye. Non content d^augmenter le catalogue des plantes, il établit une classification qui, fondée en partie 9ur les caractères sexuels des végétaux, introduit une méthode admirable dans leurs dé-« signalions nominales , par Tingénieuse qualifica* tioD des genres. Cependant ce système fut encore surpassé par la méthode que proposa, dans le xviii* siècle, Laurent de Jussieu, et qui em^ brassa dans leur complète généralité les ressemblances et les différences qui existent entre le» plantes^