GENIE
Du mx-neuviènie lilèele,
ou
ISQCISSI m PlOfilliS DE L'ISTRIT IDip,
jiBFirai 1800 jviqv'a «m jooms.
Aperça de* prosrès de l'e«prit buiialB.
De /a marche générale des sciences.
Avant d'entrer dans l'examen scientifique et littéraire du xix* siècle, je vais présenter un rapide aperçu des principaux progrès des sciences et des arts dans la suite des temps, depuis Fantiquité grecque et latine jusqu'à nos jours.
En me rendant compte, dans ce travail, des lois généiales qui président à la marche de Fesprit humain, peut-^tre parviendrai-je jusqu'au siècle dans lequel nous vivons, avec une idée suffisante dupasse, pour faire apprécier l'esprit des travaux qui ont eu lieu d^ns le monde civilisé depuis (juarante ans , et fournir ainsi les éléments d une
comparaison entre notre siècle et ceux qui Font précédé.
Les sciences et les arts eurent pour berceau l'ancienne Egypte : c'est là que les Grecs vinrent les étudier dans leurs premiers pas; mais les disciples ne tardèrent pas à surpasser leurs maîtres. Durant une longue mesure de siècles , ce peuple ingénieux eut la gloire de polir les rudiments des connaissances ravies à TEgypte, de créer luimême d'autres sciences et presque tous les beaux-arts , et d'exceller dans tout ce qu'il avait appris ou inventé.
Rome, qui subjugua la Grèce, hérita du génie et de la science des vaincus. Lorsqu'elle-même pencha vers son déclin , et que l'empire fut divisé par Théodose entre ses deux fils , les lettres et les arts furent portés à Byzance, et s'y maintinrent plus longtemps que dans l'Occident désolé par les Barbares du Nord. Les Arabes, peuplade échappée aux conquêtes des Romains, et devenue, sous la conduite de Mahomet et de ses successeurs, une nation conquérante, portèrent envie à Byzance, où duraient les derniers restes de la civilisation grecque et romaine; et ce ne fut pas en vain, car, dans le viii* siècle de Fère chrétienne, Bagdad, capitale de leur nouvel empire, attira les meilleurs artistes et les plus doctes esprits de Gonstantinople. La conquête de l'Espagne par les Arabes occasionna, vers la même époque, une nouvelle migration des sciences, qui furent ainsi reportées vers l'Occident. Elles eurent donc trois foyers dans l'univers : Byzance, Bagdad et Cordoue.
Les sciences doivent beaucoup aux Arabes, qui inventèrent les chiffres, trouvèrent l'algèbre, ranimèrent l'astronomie, cultivèrent la médecine,
créèrent la chimie, et s'entêtèrent de philosophie. Les croisades, qui menèrent, plusieurs siècles durant, les peuples de TOccident en Terre- Saiate , accélérèrent encore le retour en Europe des lumières profanes. La prise de Constanti- Dople par Mahomet II , en 1 453 , fit aussi refluer en Italie les savants et artistes du Bas-Empire. La découverte de Timprimerie acheva de multiplier les sources de Tinstruction. Enfin, la restauration des lettres et des arts fut aidée par la protection éclairée des souverains pontifes et par le zèle déployé dans la plupart des monastères pour la conservation ou la recherche des manuscrits. Ajoutons à ces favorables circonstances la plus puissante et la plus efficace de toutes : la conduite sublime exercée sur lesprit humain par la foi catholique.
Il est digne d'intérêt d'observer Tordre selon lequel les sciences ont paru dans le monde : la médecine , la chirurgie et ïanatomie sont les plus anciennes; la botanique et la zoologie les ont suivies; puis sont venues, à peu près successivement, mais quelquefois après un intervalle de Elusieurs siècles, les mathématiques^ Y astronomie, i physique, la chimie, \dL physiologie, ïanatomie comparée y la minéralogie, la géologie. L'antiquité posséda les éléments des huit premières; les cinq autres sont nées sous Père chrétienne. La chimie
roprement dite date du milieu du xvi' siècle; la physiologie , Ïanatomie comparée, la minéralogie et la géologie , du commencement du xviir.
Cette marche des sciences dans Tordre historique a sans doute une raison tirée de leur destination respective. Ainsi les premières de toutes les sciences ont dû être la médecine , la chirurgie et Vanatomie , puisqu'elles ont pour objet le sou-
lagement des souffrances de Thunianité. La médecine conduisit à Fexamen des plantes qui croissent sur la terre, et la chirurgie à Tétude des êtres qui ont avec Thomme des rapports d'organisation. Mais cette dernière science , nommée zoologie^ se borna loixgtemps à la descriplion des formes extérieures des animaux; elle n avança réellement qu à Tépoque toute récente qui vit naître ïanatomie comparée.
Bientôt les hommes s'occupèrent de soumettre la nature entière à leurs besoins. Il leur fallut dèslors combiner des nombres, mesurer Tétendue et calculer les grandeurs : les mathématiques prirent naissance. Les progrès de Tagriculture étant liés à Fétude de Tordre des saisons et à l'inspection des phénomènes célestes , V astronomie, qui réclame l'assistance des mathématiques, ne dut pas tarder à être cultivée après elles. Les mathématiques et l'astronomie ne pouvaient se développer sans attirer l'attention tant sur les propriétés générales de la matière, que sur les causes de son mouvement : la physique marchait donc nécessairement sur les traces de ces sciences, et amenait avec elle la chimie^ qui explique les propriétés et le mouvement des corps en disant connaître leur composition élémentaire.
Mais la physique et la chimie ne pouvaient faire de progrès sans accélérer ceux de la médecine, qui, une fois remise dans la route de Tobservation, sentit le besoin d'étudier de nouveau par l'anatomie, qui avait été longtemps négligée, la structure intérieure du corps humain. Les secrets que révéla la mort aidèrent à pénétrer les mystères de la vie même : on vit donc éclore une science inconnue à l'antiquité, je veux dire la physiologie ou l'histoire naturelle des corps
vivants. Cette étude embrassa la végétation et Fanimalisation. En même temps, Fidéede classer les animaux et de distribuer le règne qui les comprend d'après Tétude de leurs organes donna naissance à Vanatomie comparée , qui a été Fune des belles créations du xviu' siècle, et est devenue la science des lois générales de l'organisation animale.
Mais après avoir connu le ciel et la face de la terre , Fhomme voulut interroger le monde qu'il foulait sous ses pieds. Les entrailles du globe recelaient d'autres corps à expliquer dans leurs propriétés par la physique , à séparer dans leur» éléments par la chimie, à recomposer, à Faide de leurs débris, dans leur forme primitive, par ïanatonUe comparée. Ainsi se développèrent la minéralogie et la géologie y sciences si étroitement unies , que celle-ci ne serait que celle-là sous un autre nom , si , indépendamment des corps inorganiques formés naturellement dans le sein de la terre, elle ne s'occupait de ceux qui, un jour vi^ vants , y ont été ensevelis accidentellement.