POLEMIQUE
Au commencement de ce siècle parut en Italie un ouvrage de théologie, intitulé : Triomphe du St'Siège et de [Eglise, par Maur Cappellari. L'auteur, qui est aujourd'hui l'auguste chef delà catholicité, le visible représentant de J.-C. sur la terre, Grégoire XVI enfin, avait pour but dans cet ouvrage, composé dans sa jeunesse, de soutenir la doctrine de Tinfaillibilité absolue du Pape contre les novateurs de Pistoie, et en général contre les Jansénistes. Ce n'est pas que le véné* rable théologien ne fasse ses réser^'es en faveur des écoles théologiques qui, comme celle de France, représentée par l'illustre Bossuet , tout en accordant aux décrets du souverain Pontife la soumission qui leur est due, exigent néanmoins, avant d'en faire la base de leur foi, certaines conditions, contre lesquelles l'Eglise ne
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fulmine aucune censure. II aime, au contraire, à rendre un magnifique hommage à la conduite de TEglise de France par rapport aux décisions dogmatiques émanées du Vatican et à son attachement au St-Siège, attachement non-seuie* ment professé à la fin du siècle dernier, à la face de Funivers, dans les déclarations du clergé, mais encore scellé par le sang d^un grand nombre de ses membres et par Tinviolaole constance de presque tous ses vénérables Pasteurs à se laisser dépouiller, persécuter, exiler (a).
Le vénérable auteur commence par réfuter les théologiens selon lesquels il faudrait entendre parle texte: TuesPetrus, Tinfaillibilité conférée, non à saint Pierre mais à FËglise universelle; il montre que le pouvoir des clefs, conféré directement à St-Pierre, en récompense de sa confession, lui donne une autorité indépendante et souveraine, puisqu'il n'a été conféré aux autres apôtres que sous la dépendance de Pierre , et il en conclut que Pierre, qui, par le pouvoir des clefs, peut juger en matière de foi d'une manière indépendante, doit être infaillible dans Texercice de ce pouvoir. Selon cette doctrine, le centre de Funité n'est pas dans le siège mais dans la primauté, et par conséquent dans le Pape, qui en est investi. Le Siège apostolique n'a aucune prérogative originelle , c'est-à-dire n'est rien^ si on le distingue de celui qui siège. Le fait d'Honorius n'est pas une preuve valable contre l'infaillibilité du Pape, parce qu'il ne fut pas excommunié par le VI ' concile comme hérétique formely mais seulement comme fauteur de t hérésie. Si la légitimité
(a) Voyez la traduction du Triomphe du St-Siège^ publiée eu i833, par M. Tabb^ James, a vol. in-8^ à Lyon.
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d'un concile dépendait de Facceptation postérieure de tous les évêques, aucun d'eux, à l'exception du dernier, ne pourrait adhérer à un concile, sur lautorité de l'Eglise universelle. Le Pape est revêtu du pouvoir de représenter l'Eglise : or, cette représentation ne serait pas vraie si le Pape n'en représentait pas tout à la fois l'unité de sentiments et la doctrine : donc, il doit être infaillible toutes les fois 'qu'il parle ex cathedra. Enfin, cette même infaillibilité est encore prouvée par le droit qui appartient au Pape d'excommunier pour des erreurs de foi^ indépendamment du consentement de l'Eglise.
Telle est la substance de ce livre, oh la dialectique ne coûte rien à la modération envers les personnes, où les droits du Pape sont défendus au nom de l'amour du troupeau, et dans lequel la docte jeunesse du théologien soutenait les prérogatives de la tiare qui devait servir de couronne à ses cheveux blancs.
M. Joseph de Maistre a soutenu une thèse à peu près semblable dans son fameux livre :
Du Pape^ que nous nous contenterons de mentionner ici, tout en rappelant la verve déployée souvent au préjudice de la logique et de la gravité par ce génie prompt et satirique, téméraire et original.