AYANT-PROPOS
On trouvera réunies sous ce titre : Génie et Métier quelques études dramatiques et littéraires.
Surtout dramatiques. Il ne saurait être indifférent, à l'heure présente, que les critiques réfléchis et de bonne volonté fixent leur attention sur les ressources techniques d'un art en souffrance, et essayent d'en reconnaître les lois générales et les limites. Que tout ce qui vit et s'agite sur la scène et aux alentours possède en toute propriété le génie : cela ne saurait être sérieusement mis en doute. Mais comme on ne voit pas, depuis dix ans, que ce génie prospère, il faut bien attacher quelque prix à la manière de s'en servir.
VIII AVANT-rROPOS
Le théâtre a des ennemis de plusieurs sortes : les penseurs austères qui le méprisent et les auteurs improvisés qui le discréditent. En ces derniers temps, tous les genres de snobisme ont été mis à contribution pour tenter la fortune et assommer les gens. Une petite troupe héroïque de Parisiens blasés, et nomades après le coucher du soleil, a offert sa poitrine et sa bourse à ces escarmouches. On dit qu'elle se lasse. Qu'on y prenne garde : le public, le vrai public pourrait bien déserter aussi, et passer aux ennemis du théâtre, ne se sentant aucune vocation pour l'ennui.
Déjà Ton rencontre de fort bons esprits, qui tiennent l'art dramatique pour une littérature inférieure. Je ne les approuve point. Sans doute il y a rarement autant d'idées dans une pièce, ni si importantes ni si considérables que dans un livre de Bossuet, de l'aine ou de Renan. Je veux même que certaines conceptions de l'intelligence, et non pas les plus misérables, répugnent à être mises sur la scène. Je pense qu'il est des choses très essentielles et très élevées qu'on n'y peut guère exprimer. Les émotions que donne le spectacle atteignent malaisément à la pureté, à l'idéalité de la poésie lyrique ou philosophique, le théâtre étant condamné à toute