‹ Génie et métierChapitre 2 sur 64 · AVANT-PROPOS IX · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS IX

une mécanique de moyens artificiels, à la représentation qui abâtardit le plaisir, à la nécessité, qui l'oblige, de déformer la pensée par les raccourcis, de la projeter suivant des lois d'optique, de l'aliéner par la voix et le geste des comédiens, de l'objectiver en un cadre fictif pour la joie un peu matérielle des yeux. Athalie demeure un des monuments les plus achevés de l'esprit humain. La lecture en est une élévation, une jouissance à la fois grandiose et pieuse. Le spectacle m'en a toujours laissé quelque regret et comme le vague émoi d'une profanation.

Et j'aime le théâtre. Je l'aime pour les sensations naïves qu'il me donne, pour le rire et la douleur spontanés dont il me secoue, les sentiments primitifs et simples, dont il vivifie en moi la source et prolonge le cours. Il a des mensonges charmants qui me touchent autant que des vérités. J'en rougis de confusion. Ses peintures de l'histoire et de la société, fausses, ou du moins arrangées, grossies et parfois enluminées, mais vivantes et parlantes, m'entrent en l'esprit d'autant mieux qu'elles ont frappé mon imagination d'abord. J'en suis tout mortifié. Le théâtre est peut-être le seul endroit où j'éprouve bonnement du plaisir. Je me trompe. J'ai quelquefois du contentement aussi, quand je lis les

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