VIEIL ISLANDAIS
J' connais, là-bas, au pays, Un vieux morutier en retraite, Tout voûté, les ch'veux blanchis, Et qui, sans famill', végète.
C'est un des rar's Islandais Qu' arriviit à la soixantaine Pour attendr' la mort, après Leur longu' vi' d' travail et d' peine!
Comm' c'est d'puis l'âg' de dix ans Qu'il fait campagn' sur campagne, Ça lui fait cinquant' printemps Passés très loin d' la Bretagne.
Aussi, par les soirs de mai, Il quitt' sa maison, et trotte Prendre un p'tit peu l'air su' 1' quai Avec les retraités d' la flotte.
Car il aim" beaucoup à r'voir.
En mêm' temps qu' les fnêtr's ouvertes,
L' soleil qui vient dorer, 1' soir.
Les coUin's bretonnes tout's vertes,
Pendant qu'au port rentr', bon train,
Un' goëlett' sans avarie,
Et qu'tout's les cloch's, dans l' lointain,
Sonn'nt l'offic' du mois d' Marie.
VIKIL ISLANDAIS 'J7
Comme il se sent près d'ia mort, Il dit quéqu'fois sa prière, Ainsi qu'il la f'sait à bord, Dans ses moments d' dur' misère.
Et, pour ravigoter F vieux, Dont aucun marin n' se moque, Les bons r'traités sont heureux D' l'inviter à boire un' moque.
Un' moque, ou mêm' deux, d' cid" pur,
A l'auberg' la plus voisine
Où celui qui 1' veut est sûr
De manger d'ia bonn' cuisine.
Bonn' surtout pour le mat'lot,
Parc' qu'eir lui remplit bien 1' ventre.
Quand, parti 1' matin, très tôt^
C n'est que 1' soir, fort tard, qu'il rentre.
Aussi quand V vieux morutier A soiffé tout à son aise, Et qu'il a pu rallumer Son brùl'-gueur sur un bout d' braise,
98 gp:ns de mer
Il racont' sa vi' là-bas, Pendant les rud's pêch's d'Islande, Où ses fils et ses p'tits gas Périrent avec toute un' bande !
Il dit qu'il est seul maint'nant, Lui qui fut trois fois grand-père !
Et qu' c'est tout d' mêm' marronant D' finir comm' ça sur la terre, Quand d'autr' ont sur leurs vieux jours, Grâce à leurs gas et leurs filles, La joi' d' voir pousser toujours Des nouveirs petit's familles.
Aussi ! quand ils l'ont remonté Avec de l'eau-d'vi' trop forte.
Ses amis ont la bonté D'aller 1' conduire à sa porte.
Et comm' l'un d'eux, bien souvent, Rentr', le déshabille et l' couche, L' vieux pleur', mais s'endort content D'cett' douce attention qui F touche!
A M'"' Luriru Jnussrli,