‹ Gens de merChapitre 23 sur 39 · LE BOEUF DL MOUSSE · texte numérisé non relu

LE BOEUF DL MOUSSE

LE MOUSSE

J'suis d' Saint-Pierr' de Plesguen, moi, m'sieu. J'tais enfant d' chœur; j* gardais les vaches; Mais ces métiers, ça rapport' peu...

Pourquoi qu' vous riez dans vos moustaches?

MATHURIN

Sacré gamin, t'es hen curieux !

J' ris parc'que tu m' dis un' bêtise, T'appeir métier d' garder les bœufs Et d'être enfant d' chœur à l'église... En fait d' bœufs, yen a d' beaux à bord. Dame ! il en faut pour quinz' cents hommes Qui vont, avec nous, larguer l' port.

LE MOUSSE

C'est çà qu'en doit coûter d'gross's sommes!

MATHURIN

Tiens, les v'ià, p'tit, quèqu'tu dis d'çà?... Tu n' réponds pas!... Pourquoi qu' tu pleures?

LE MOUSSE pleurant à chaudes larmes.

Parc' que, m'sieu, je r' connais çui-là. C'tait d' mes dix bêt's un' des meilleures ; Je r faisais tout V temps marcher d'vant Quand j' les rentrais F soir à l'étable. Et, si j' pleur', c'est que j' crois qu'avant Terr'-Neuv', faudra T manger à table.

LE SECOND

Qu'est-c' qu'il a c' pau' p'tit moussaillon? Piaill'-t-i' d'avoir largué sa mère?

LE nOEl F DU MOUSSE 129

MATIIURIN.

Oh! non, c'est pas ça, m'sieu l' second; Son chagrin vient d'une autre affaire : r pleur' pa'c' qu'i' voit c' t' animal, Qu'il a gardf^ dans son village.

Comme on va F tuer, ça lui fait mal ; C'est un chagrin qu'est bien d' son âge.

LE SECOND

Oui, mênV ça prouv' qu'il a du cœur... (Au mousse.)

Qu'est-c' qui fait qu'tu prends l'iarg' si vite?

LE MOUSSE

C'est qu'j' peux pu rester enfant d' chœur, A caus' de mon p'tit frèr' Polyte.

LE SECOND

Cont'-moi ça.

LE MOUSSE

D'puis qu'il a neuf ans, A Téglis' c'est lui qui m' remplace; Et, comm' me v'ià qu'ai Pag' des grands, r mèn' paîtr les vach', à ma place.

LE SECOND

Que qu' fait ton père ?

130 GENS DE MEll

LE MOUSSE

r s'est noyé, L'aut' saison, su' les bancs d' Saint-Pierre ; Vlà pourquoi j' avons ralingue Tous chez nous, d'puis Tanné' dernière.

Quel nom qu't'as?

LE SECO>D

LE MOUSSE

Frédéric Besnard.

LE SECOND

J'ai connu ton père au service,

Dans les mouss's, à Brest, et, pus tard,

Comm' gabier à bord d' Y Eurydice;

Enfin su' la Loire, à Saigon,

r m'a sauvé d'un' mort certaine

Un jour que j' tombais du tangon

Dans les r'mous d' cett' rivièr' malsaine.

Puisque vous êt's si malheureux Et qu' j'ai d' l'argent, v'ià c' que j' vas faire Si nous n' mangeons pas tous les bœufs, A Miqu'lon j' mettrai l'tien à terre.

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