Scène inlerprélée par SILVAIN, Scciélaire de la Coir.édie-Franraise
22 mars 1S03
LE PETIT PÉCHEUR
L'HOMME
LA FEMME. — Puis, LE PETIT.
L'HOMME
Me v'ià de r'tour, femm', ma soupe est-elF prête ? Faut qu' je r'part' tout d' suit' ! sers-moi, j' crèv' de faim. J' suis content, v'ià core un' bonn' pêch' de faite, Et puis, r principal, mon poisson s* vend bien.
ll)0 " GENS DE MER
LA FEMME
Vlà ta soup' trempée et tout' chaud', tiens, mange!
L'HOMME
Quèqu' c'est qu' la soup' là?
LA FEMME
C'est d' la soup' de lard.
Hierj't'aifaitd'lasoup'decongr'jfautquej'change; Ça t' va fi'?
L'HOMME
Oui donc!... Oùsqu'est not' moutard?
LA FEMME
L' bougre est cor' parti courir su' la grève.
Ya jamais moyen d' le r'tenir chez nous.
Dès la point' du jour faut tout d' suit' qu'i' s' lève,
Pour aller pêcher parmi les cailloux.
L'HOMME
Pass'-moi V lard, à c' t' heur' !
LA FEMME
Voilà ! Bourr' toi V ventre.
Fais-toi un bon fond avant d' repartir... Tu d'mandais ton gas, tiens, le vlà qui rentre!.. Explique à ton pèr' d'où qu' lu viens d' courir?
LE PETIT PECHEUR 161
LE PETIT
J'viens d' la pêche aux crab's, et j'en ai ma charge. R'garde un peu, papa, yen a plein 1' panier.
L'HOMME
Ah! cré galopin ! Veux-tu v'nir au large?
LE PETIT
J' veux bien, j'aim' la mer, et j' sais godiller.
LA FEMME
Es-tu fou, mon homm', laiss'-le donc apprendre C qu'on l'ienseigne en class' pour un aut' métier.
L'HOMME
Hein? répète un peu! qu'est-c' que j'viens d'entendre? J' pari' qu' t'en veux faire un écrivassier? Donn'-moi donc du cide, et puis tâch' de t' taire. r sait lire, écrire, il a dix ans, 1' gas; A c't' âg' là, j' savais c' que j'avais à faire... Veux-tu et' commis, ou pêcher là-bas?
LE PETIT
Pêcher là-bas !
L'HOMME
Bon! Larguons vit' la terre ' Je m' charg' des filets, port' les lign's de fond!... Femme, embrass' mon mouss', qui s'ra, comm' son père Un bon p'tit marin pour sa communion !
A Fernand Thesmar.
VIEUX PATRON ET MOUSSAILLON
24 mai 1895.
VIEUX PATRON ET MOUSSAILLON
{Avant -port de Saint- Malo.)
LE VIEUX PATRON, sur le quai.
LE MOUSSAILLON, dans la barque de pêche du vieux patron.
LE VIEUX PATRON, en colère.
Quèqu' tu fous cor' dans mon bateau?
Veux-tu bien d'river d' là tout d' suite? Un d' ces jours tu vas t' fout' à l'eau. Tiens bon, j' vas t' faire un pas d' conduite !
Veux-tu bien m' larguer c' t' aviron !
J' m'en vas t'en fout' de la godille l
LE MOUSSAILLON
Mais j' fais pas d' mal, moi, m'sieu 1' patron,
LE VIEUX PATRON
Allez, houst ! voyons, décanille !
J' parlerais qu' c'est toi, galopin, Qu'est allé faire un tour en rade.
Avec mon bateau, hier matin?
LE MOUSSAILLON
Non, c'tait Jôzet, mon camarade.
LE VIEUX PATRON
C'était Jôzet ! Ah ! V sacré moutard !
Si ranimai tomb' sous ma patte,
J' m'en vas t' lui fout' ma bott' quèqu' part.
Il aura d' la chanc' si j' le rate.
Hier soir j'ai r'trouvé mon clipper
Plein d'rogu', d'écaill's etd'morceaux à'boëtte.
1/ bougr', qu'est allé pécher en mer,
N'a rien nettoyé, la chos' faite.
Ça fait qu' c'est moi qu'ai cor' trinqué
Pour astiquer ma barqu' tout' sale.
Allez, houst! Saut' moi vit' su' 1' quai,
Ou, pour lui, j' vas t'enl'ver l' trou d' balle !
VIEUX PATRON ET MOUSSAILLON
LE MOUSSAILLON
Laissez-moi core un tout p'tit peu, Godiller pendant cinq minutes?
Rien qu' cinq minut's, puis après, m'sieu, J' vas rentrer et m' tirer des flûtes.
LE VIEUX PATRON
Allons, j' te laiss' mais dépêch' toi, Pour que j' jug' c' que tu saurai-s faire.
Si j' t'emm'nais au large avec moi, Un d' ces jeudis, pour te distraire.
(Pendant que le moussaillon godille et s'éloigne du quai, le vieux patron s'émeut, et deux bonnes larmes lui viennent aux paupières.)
Sacré bougre, il est déjà fort!...
Allez, à présent, chang' de route.
Qu'on voit comment qu' tu vir's de bord!
Bon, accost', j' vas t' payer la goutte!
LE MOUSSAILLON
La goutt\ ça m' va, j' m'en vas rentrer.
Pourquoi qu' vous n' groumez pus à c't' heure?
Tiens, m'sieu, qu'es t-c' qui vous fait pleurer?
VIEUX PATHON ET MOlSSAILI.ON 10l>
LK VIEUX. PATRON
C'est ion défunt bonhomm' que j' pleure ! Car, avec moi, quand il 'tait p'tit, Il aimait à grimper en barque, Pendant qu' les vieux patrons d'ici N' voulaient pas qu' dedans on embarque. Et, en t' voyant dans mon bateau, Godiller comm' ton vieux grand' père, Qui, tout jeun', fut mon p'tit mat'lot, J'ai senti tomber ma colère !
A Jules Chevet.
PENDANT LA TEMPETE
23 décembre 1893.
PENDANT LA TEMPÊTE
[Sur une grève de Bretagne.)