‹ Gens de merChapitre 30 sur 39 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

Aie bout du môle de Saint-Malo^ jiar une grosse biaise de noi'd-ouest en novembi^e.)

KERVEUR, second maître de canonnage en retraite. CALVARIN, second maître de manœuvre en retraite.

KERVEUR.

Quel chien d' temps, mon vieux Calvarin ! J'aim' cor' mieux être ici qu'au large!

CALVARIN.

R'gard'-moi c' bateau s'il rentr' bon train ! Il a pourtant un' sacré' charge !

KERVEUR.

Ça doit êtr' le bateau d' Faruel.

C bougre-là, jamais rien n' l'empêche D' larguer Plev'non et l'cap Fréhel Pour v'nir nous apporter sa pêche.

(Le bateaa de Faruel double le môle.) CALVARIN.

Enfin, le v'ià qu'est à l'abri!

Allons voir un peu c' qu'il apporte!...

(Les deux retraités se mettent en marche, suivant des yeux le bateau qui rentre vent arrière dans l'avant-port.)

KERVEUR.

C'est lui qu' est là, chaqu' vendredi, A l'escalier d'vant la grand' porte.

Tu r connais Faruel, Calvarin?

Nous étions ensemble au service.

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CALVARIN.

Si j' me rappeir de lui, j' crois bien ! J' l'ai connu quand j'étais novice.

Comment, c'est lui! Allons donc l'voir!

A-t-i' toujours sa bonn' gross' lippe Qui vous lanc' du jus d'chiqu' tout noir? Et la couenn' bronzé' comm' ma pipe?

Ma foi, r dernier jour que j' l'ai vu, C'tait ru' du Moulin, à R'couvrance, Et c' jour-là, mon bougre avait bu!...

r faut qu' je r'fass' sa connaissance.

KERVEUR.

Pressons Y pas pour le r'voir dans 1' port.

Pus d'un' fois, sous la plui' qui mouille, J'ai vu l'animal ivre-mort, Croche à Brest par la patrouille.

Mais Faruel, au jour d'aujourd'hui, A un' conduit' plus qu'exemplaire.

Il a là-bas un' ferme à lui...

L'animal est propriétaire.

CALVARIN.

Tant mieux! Il a pus d'chanc' que nous. Avec nos douz' cents francs de r' traite, Aujourd'hui qu' tout s' pay' des prix fous, Ya pas ! on n' vit pus, on végète !

KERVEUR.

Tais-toi donc! N' te plains pas d' ton sort! Cent francs par mois, c'est cor' quéqu' chose, Puisque c'est sûr jusqu'à la mort, Et ya not' ruban qui nous pose...

CALVARIN, ne perdant pas de vue Faruel, qui accoste son bateau.

Le v'ià qu'accoste à l'escalier,

Et comme i' faut, son solid' lougre.

KERVEUR.

Houst! v'ià qu'il enjamh' le palier!

Crois-tu qu'il est cor' vert, le bougre!

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