MORT D UN BRAVE
En y'ià core un solid' mat'lot,
Qui n' pleurnichait pas pour sa peau,
Qu' ce Jungmall qui, tout dernièr'ment, A tourné d' l'œil héroïqu'ment !
L' Calvados, au large, abordait "L'Yvonn^ la goélette oùsqu'il 'tait.
Comm' l'eau d' mer embarquait partout, L' cap' tain' commanda d' larguer tout
Et d' grimper viv'ment su' Faut' pont, Sous pein' de faire un tour au fond.
La femm' du cap'tain' s'évanouit,
Mais Jungmall, tout d' suit', l'empoignit
Pour la transborder su' l' vapeur.
Il y arrivait, quand — v'ià l' malheur ! —
Un' vergu' de l' Yvomi' vint tomber Su' son bras gauche et l' lui casser.
Alors, tandis qu' son sang ruiss'lait, Tout r long d' sa pauv' main qui pendait,
r dit : « Déchargez-moi, les gas,
« J' perds mes forc's et j'ai pus qu'un bras. >>
Sitôt qu' les marins du paqu'bot L'eur'nt débarrassé d' son fardeau,
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r s' mit à couper, sans crier, Avec son gros couteau d' gabier,
Son bras, t'nu par un lambeau d' chair, Et r laissa tomber dans la mer !
Puis descendit à l'hôpital.
Où, r soir, il eut un' fièvr' de ch'val,
Et où il mourut dans la nuit, Après avoir souffert sans bruit.
Vieux frèr's, quand not' peau nous f ra mal. Tâchons d' nous rapp'ler V brav' Jungmall.
Passer l'arme à gauch' sans gémir, V'ià comme un mat'lot doit mourir!
A Gabriel Vicaire.