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SON AMI

UUGUES LK ROUX.

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Il y a de la témérité à offrir a public français, un roman d'aventui Le feuilleton que le destin écrit deux années dans les colonnes de i fait, par ses coups de théâtre, une bien rude a nos imaginations d( Ce n'est pourtant point par basai suis orienté vers un tel sujet.

Dans la résurrection de la lég( nienne dont nous venons d'avoir

I. Tous les renseignements techniques oc formes, les détails d'équipement, les aventur régiments qui figurent dans Gens de Poudre, à la remarquable et si artistique publication Titeux : Historiques et uniformes des régiments c (Ém. Lévy, éditeur).

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j'aime a entrevoir, non pas un réveil de goût des Français pour la tyrannie, mais une résurrection du culte de cette « volonté » qui place l'homme au-dessus de l'homme, une nation au-dessus des nations.

Depuis les courses victorieuses de la Grande Armée à travers le monde, la plus belle page de notre histoire militaire est, certainement, la conquête de l'Algérie. Dans ce pays merveilleusement pitloresque, si propre à la guerre de partisans, nous avons eu affaire à un adversaire dont la bravoure égalait la nôtre.

J'ai pris vis-à-vis de moi-même l'engagement de faire connaître, dans une suite de récits, ces magnifiques épisodes de notre énergie nationale. Pour occuper dans les fiertés de la France la place qui lui appartient, l'Algérie n'a peut-être manqué jusqu'ici que de cet historien populaire qu'est le romancier, je veux dire un écrivain qui, sans être professionnellement embarrassé par le détail des faits, par les tyrannies du temps et de l'espace, simplifie la réalité particulière, au profit d'une vérité plus générale et de l'intérêt dramatique.

Un des obstacles que mes devanciers ont dû rencontrer sur leur route est la difficulté d'imposer au lecteur français les patronymiques des Arabes et les appellations de leur géographie.

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Tout cela, sans doule, pourrait être simplifié, cl Ton ne voit pas bien, puisque la majorité des nôtres ignorent l'arabe, pourquoi, dans nos atlas, on n'écrirait pas, par exemple, au lieu de (( Tizi-Ouzou » et de (( TAhmar-Rbaddou », le (( Col des Genêts » et « la Joue Rouge » ?

L'Algérie y gagnerait de reconquérir une poésie qui lui appartient et dont notre ignorance des langues sémitiques la découronne.

Notre dédain pour la géograpbie n'est pas si grand qu'autrefois. Il est encore suffisant pour que je ne sois pas sans crainte surl'exacle nolion que la majorilé des lecteurs de Ciens de Poudre ont de l'emplacement de lîalna, de TOued-Rir, du Choit Melrir et du Choit Mérouane, enfin dTl-Oued et de Tougourt.

Je me contenterai d'indiquer (Jue si, de Batna à Tougourt, on tire en imagination une raie idéale, cette ligne, perpendiculaire aux sables du Sud, traverse toutjustementlesCholts. EUeasur sa gauche la région sablonneuse du Souf avec El-Oued ; sur sa droite Biskra et celle région montagneuse qu'on nomme les Zibans. Enfin, dans son trajet vertical , elle est à peu près parallèle, sur le dernier tiers de son cours, à cette Rivière Cachée qui, grâce au forage des puits artésiens, monte lentement à la surface du sol et raie d'une allée verte la marge du Sahara.

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Quant aux personnages que Gens de Poudre met en scène, je le dis bîen vite, j'ai désigné tout seuls par leurs noms véritables ceux de mes héros qui sont morts. C'est le cas pour le général Desvaux, pour le commandant Carbuccia, pour le commandant Séroka, pour ce sergent Béchu qui, après avoir mangé une fortune, roulé le Sud sous une capote de légionnaire, trouva sa vocation comme horticulteur du sable.

Pour l'homme de grand nom et de haute mine que je masque ici du pseudonyme d'Eric, peut-être, il m'en aurait voulu dans sa vigoureuse, superbe et toujours combative vieillesse, d'avoir mêlé quelques éléments de fiction à sa vie d'aventures. 11 sera reconnu par tous ceux qui, dans ces cinquante dernières années, ont été mêlés à la politique du Sud. J'ai l'espoir qu'ils éprouveront quelque satisfaction à voir fixée la légende de cet homme de poudre dont les aventures , en d'autres temps , auraient exercé la verve de ces trouvères qui chantèrent l'incroyable épopée des Chevaliers Errants.

Je n'avais pas la même réserve à garder au sujet du Cheikh Auër. J'ai vainement cherché, au mois de mai dernier, dans cette dune qui sert de cimetière à Tougourl, la place de sa tombe. La trace de celui qui, après la conquête,

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gouverna le pays comme Chef de Poste, est effacée. Du moins, les indigènes se souviennenlils de rhomme prodigieux que leurs pères nommaient Auër-le-Juste , Auër-le-Vénérable , et qui, pendant l*élé, rendait ses jugements tout nu, dans un tonneau, avec un képi sur la t^le et un manteau de spahi jeté sur ses épaules.

De même, Larbi-Mamlouk appartient au romancier, depuis qu'en 1878 des assassins l'ont frappé, à une élape de Guémar, sur cette route du Souf dont il venait d'être nommé Caïd. J'ai fait, cette année, dans le village indigène de Biskra, la connaissance de sa fille, Nouna. Elle a hérité de ses yeux tristes et, dans sa distinction de dame, elle trahit les mystérieuses origines qu'elle tenait de son père. Ce n'est point d'elle, pourtant, que j'ai recueilli les anecdotes dont j'avais besoin pour achever de restituer à Larbi sa véritable physionomie.

J'ai retrouvé dans l'Oued-RIr une vieille et chère connaissance d« mes premières excursions dans le Sud : l'ex- caporal Christophe. (Je l'attristerais en le nommant dans ces pages par son vrai nom.)

Dès qu'il sut le motif de mon nouveau pèlerinage, malgré l'ardeur du soleil de printemps et les surprises de celle lièvre « tem » qui, chaque année, chasse de l'Oued-Rir les nomades eux-

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mêmes, le cher vieillard voulut m'accompagner jusqu'à Tougourt. Chemin faisant, il a évoqué pour moi toute cette légende d'un passé qui fut glorieux et dont il demeure un des derniers témoins. L'expression de <( saint laïque » fut aulrefoîs attribuée à un savant qui élaît un grand honnête homme ; elle conviendrait mieux que toule autre à peindre Tancien caporal Chrislophc dans sa transformation dernière d'inspecteur des plantations de l'Oued-Rir. Qu'il le veuille ou non, sa vie nous appartient. Je conterai quelque jour l'exemple qu'elle a été ; j'aurai de la joie à faire rayonner selon mes forces la simple beauté qu'elle enferme.

Peut-être les lecteurs de Gens de Poudre apprendront-ils avec plaisir que la petite Arabe qui rattacha à la vie une âme désemparée est toujours de ce monde. Aujourd'hui grand'mère, Ourida finit sous des cheveux gris une très belle vie, toule pleine de vaillance et de fidélité à ce qu'elle a aimé.

Au printemps dernier, nous fûmes ses hôtes, à l'ombre des palmiers. Son sourire et ses yeux avaient encore la grâce de la source qui, tout exprès pour abriter ses amours, a créé une oasis. Un berger jouait de la flûte aux pieds de sa maîtresse. Autour de nous, des indigènes travaillaient à féconder les palmiers. Ils répandaient

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sur les régîmes femelles quelques semences de fleurs mâles. Des heures coulèrent ainsi qui ne s'eflaceront pas de notre souvenir. Comme je souhailerais qu'un peu de leur parfum et de leur lumière passât dans ce récit I

Celte préface ne finirait point si je voulais y adresser mes remerciements à tous ceux qui m'aidèrent dans ma chasse aux documents et aux souvenirs. C'est, une fois encore, et tout d'abord, M. Louis Rinn. Il ne s'est pas contenté de m'indiquer ce sujet qui pouvait faire un attrayant péristyle à l'Épopée du Sud ; il m'a pour ainsi dire tracé mon scénario historique. Je le prie de bien vouloir agréer, icî, l'expression de ma reconnaissance, ainsi que mon autre parrain dans la Société historique algérienne, M. A. Arnaud, le savant arabisant.

Si la tradition de l'hospitalité et du fraternel accueil venait à être perdue par les indigènes, eUe serait sauvée par les officiers d'Afrique. Grâce à eux une femme peut descendre jusque dans les postes avancés, elle est sûre d'être récompensée de ses fatigues par les nuances d'un accueil vraiment français.

J'adresse donc ici l'expression de notre gratitude à M. le colonel Friedel, commandant supérieur du Cercle de Biskra, à M. le commandant Pujat du Cercle de Tougourt ; il a donné

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à la Reine du Désert une couronne qu'elle n^avait jamais portée ; à M. le capitaine Vauloger de Beaupré qui, sous sa tente de Bouchagroun, nous a fait entrevoir les richesses de l'entomologie saharienne, à M. le lieutenant Larrouy qui, des hauteurs du Metlili, m'a fait découvrir, à vol d'oiseau, le pays de mon rêve.

Gomment oublier cette journée de mai où, montés sur le plateau de plâtre d'oii le commandant Marmier fusilla Meggarin, nous revécûmes toutes les émotions de cette journée tragique ? M. le commandant Pujat avait assemblé les vieux Rouara qui, en i854, firent le coup de feu sur les Français. Ils savaient l'histoire de chaque maison, la place oii fut massacrée la musique nègre ; en face des fils des vainqueurs, ils rendaient témoignage de la volonté de Dieu qui, ce jour-là, s'était manifestée.

Je ne devais pas seulement rapporter de cette excursion dans le Sable des visions, des anecdotes et des souvenirs, mais un document précieux. C'est l'historique dicté par le Cheikh Si-E]-Hallali-Bcn-Saadi, à son fils, Si-Ahmed- Ben-El-Allali, actuellement Caïd de Moggar.

Ce manuscrit, rédigé en français par un des élèves les plus distingués de l'ex-caporal Christophe, embrasse le récit de tous les événe-

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ments qui se sont passés dans TOued-Rir de i836 à la soumission de Tougourt et d'El-Oued. Il est, avec l'histoire inédite du Cercle de Biskra, par le commandant Séroka, le souti< rique de ce récit.

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