IOO PIERRE LE GRAND
mourir de honte, bien que le czar, revenu ensuite de son erreur, ait saisi le dénonciateur au collet et l'ait rudement frotté contre une muraille.
Après la bataille de Pultawa, il rosse un de ses officiers qui parlait mal de Charles XII.
A la prise de Narva, il soufflette le comte de Horn, en l'accusant d'avoir fait répandre trop de sang par une résistance inutile.
Au milieu des Strélitz conjurés pour l'assassiner, il frappe à coups de poing et le chef des conjurés et le capitaine de sa propre garde, venus trop tard, à son gré, pour le dégager.
Il se lève de table pour rosser un seigneur russe qui lui donnait à dîner, parce que celui-ci avoue que sa maison était infestée par les taracanes, — scarabées très-communs en Russie et que le czar avait en horreur.
Il rosse son lieutenant général de police parce qu'il trouve un pont de Saint-Pétersbourg mal entretenu.
Il rosse Wolinski, son ambassadeur à la cour de Perse, pour une faute que celui-ci n'avait point commise. Ayant ensuite reconnu son erreur, il s'en excuse ainsi : « Très-fâché, Wolinski ! mais vous mériterez bien cette petite correction quelque jour, et alors faites-moi souvenir que vous avez du crédit. »
Et comment Wolinski se serait-il plaint, quand la même infortune était échue au fastueux Menzikoft lui-même, à Menzikotf son favori, auquel le czar confiait le soin de le représenter près des cours étrangères. Il avait beau être en grande tenue, dans
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son carrosse «i six chevaux, au milieu d'une nuée
de pages et de chambellans, — si le maître était
mécontent, il fallait bien vite descendre pour accepter publiquement une ration de coups de canne, puis remonter en voiture avec la même sérénité que
s'il avait reçu des compliments.
Quelquefois la canne opérait sur les masses.
Ainsi, le Sénat avait ordre de s'assembler tous les jours dès huit heures du matin pour expédier les affaires de l'empire. Un jour, Pierre le Grand arrive de voyage à ['improviste, et ne trouve personne en
séance. Les sénateurs, trop confiants en l'absence du maître, dormaient la grasse matinée. 11 les fait quérir sans délai, et se tenant à la porte, il distribue à chacun dès l'entrée une volée terrible.
Un seul sénateur, âgé et infirme, averti par les sentinelles, échappe en criant d'une voix suppliante :
m Père, si tu me frappes comme les autres, je suis Ufl homme perdu. »
Enfin, n'oublions pas que le czar battit le chef de
ses cuisines pour avoir laissé manger un morceau
de son fromage favori, le fromage de Limbourg, qu'il avait, en bon ménager, pris soin de mesurer
avec un compas après son repas de la veille.
la canne, qui jouait un rôle si actif, portait le nom de DubitlH en russe : gTÛS bâton ■ (l'était un
gros jonc à pomme d'ivoire, qui devait rudement frapper lorsqu'il était manœuvré par un homme de
si\ pieds trois pouces comme Pierre le ( iiaïui. A'