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Q2 PIERRE LE GRAND

sa mort, elle fut placée au musée de l'Académie, à côté des habits qu'il portait d'ordinaire.

La vue de cet instrument rappelait plus d'un souvenir désagréable aux visiteurs. Aussi Stœhlin raconte comment, se promenant un jour au musée , il entendit Velten, le cuisinier en chef dont nous venons de parler , dire au conservateur Schumacher : « Mon gendre, vous devriez bien mettre cet instrument de côté et ne pas le montrer, car ceux qui le voient tremblent qu'il ne danse sur leur dos, comme il a fait souvent sur le mien. »

De semblables corrections n'avaient d'ailleurs rien de déshonorant pour la dignité nationale. Les Russes n'en mouraient pas comme ce pauvre Leblond. Puis, le czar faisait souvent luire un rayon de soleil après l'orage. C'est ainsi qu'après avoir bâtonné son lieutenant de police, il l'invitait à prendre place à ses côtés dans sa carriole, lui disant avec bonté : Sadiss, brat! (assieds-toi, frère P

Une fois en vie, Pierre le Grand fut las de châtier de sa propre main. Il éprouva le besoin de s'adjoindre un homme, je devrais dire un bâton. Il jeta les yeux sur un capitaine nommé Sinœwin qui avait pris deux frégates au commencement de la guerre avec la Suède. Nommé contre-amiral, doté d'une gratification de dix mille roubles, quelle ne fut pas la joie de ce vaillant marin lorsque le czar daigna lui dire :

« Je te fais mon confident, et je te chargerai de punir ceux qui manqueront à leur devoir. »

P1ERR1 il SRAND.

Comme |a chaîne n'était pu une sinécure. Pierre

ne tarde pas a dire à son confident : « Nous dînerons demain chez un seigneur qui

Commis des exactions. Pendant le repas, tu le querellent SOUS le premier prétexte \enu, et tu ne le lâcheras pas sans lui avoir appliqué cinquante coi de bâton... pas un de moins ! »

L'amphitryon, rossé aussi rigoureusement que L programme le voulait, se traîne aux pieds du maître;

il lui demande justice.

«« Pourquoi as-tu rançonné telle et telle \ille contente de répondre celui-ci, tu n'as que ce que tu mérites. Sinœwin a bien lait. Trinque avec lui, cm brassez-vous... et sois plus sa^c! »

Pierre le Grand donnait parfois à ses corrections

un vrai prologue de comédie.

Quelques princes de sa cour dépensaient au de leurs revenus. Il en lait venir un dans son c1 net: il lui demande amicalement à quel chiffre montait sa dépense annuelle. Surpris, le dissipât* déclare ne pouvoir répondit bien au juste, mais il propose de consulter son intendant.

« Tu ne sais donc pas, dit Pierre, combien il triant d'argent . Je t'aurais cru plus de bon sen . M n'importe! Yovons si nous ne pourrions pas en nous taire le calcul. Quelques centaines de POUh

de plus ou de moins ne seront pas iutc affaire

El voilà le car détaillant le budget \\^y chap demandant successivement ce que coûtent les éqol

pages, les domestiques, les habits et les récepl

de son sujet. Une fois son addition faite, — le total en était considérable, — il opère de même pour les revenus et arrive à un chiffre inférieur de plus de moitié...

« Tu me trompes ou tu pilles mes caisses ! s'écriet-il aussitôt en le prenant aux cheveux. »

Après l'avoir bien bâtonné, il le renvoie avec cette péroraison :

« Va-t'en, et fais rendre compte de la même manière à ton intendant. Apprenez tous deux que la dépense ne doit pas excéder la recette et que quiconque vit aux dépens d'autrui est un voleur. »

N'exagérons pas cependant. Dubina se reposa en certains jours. — Dans ses moments de bonne humeur, Pierre variait le mode du châtiment. Son ami Menzikoff l'éprouva d'une façon assez comique.

Le czar se reposait à Cronstadt et il avait donné à sa sentinelle l'ordre de ne laisser entrer personne. Menzikoff se présente. On oppose la consigne, et comme il veut passer outre, le factionnaire fait mine de le repousser à coups de crosse. Menzikoff, furieux, demande qu'il soit fait justice de l'insolent.

« Connais-tu ce seigneur ? dit Pierre à la sentinelle.

— Oui, sire... c'est Menzikoff.

— Est-il vrai que tu as voulu lui donner des coups de crosse, et pourquoi?

— Parce qu'il prétendait entrer malgré l'ordre de Votre Majesté.

— Très-bien ! Qu'on apporte trois verres d'eau-

de-vie 1... Tenez, Menzikoff, buvez à l.i santé de ce brave que- }e Eus sous-officier. ■ Le favori boit et croit en être quitte. Encore un verre, Menzikoff! Rebuvez à la santé de ce sous-officier auquel je donne le grade

tic lieutenant, a

11 reboit encore en taisant la grimace.

« Allons, un troisième verre ! fait l'impitoyable autocrate,— portez toujours la santé1 du lieutenant; je le fais capitaine. — Puis, allez le taire équiper Conformément a son nouveau grade. Et que dans trois jours il puisse paraître décemment devant moi !... Encore un mot. Si jamais vous vous avisez de chercher à molester un homme qui a lait son

devoir, ceci, et le czar montrait Dubina, - ceci VOUS apprendra le vôtre. »

De tous les actes de ce grand justicier, le plus étrange est certainement la condamnation de la comtesse Hamilton. Suédoise d'origine, dame d'hon neur de l'impératrice, la comtesse Hamilton avait

toujours été traitée par le c/ar avec beaucoup de

bienveillance; elle passait même pour avoir été son

amie. Peut-être se tia-t-elle trop à une ta\eur paSSS gère!... En tous cas, aucune sollicitation ne put lui éviter (fenCOUrir la peine capitale pour un triple

infanticide.

Le jour de l'exécution, la coupable paru! devant

e peuple. Yctue ^.\\\n<: robe de soie blanche garnie

de rubans noirs, coquetterie dernière I elle fut

conduite au supplice.

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