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L HOMME AUX FARFADETS

A l'heure convenue, l'invité trouve notre maniaque debout, vêtu d'une simple chemise, malgré un froid très-vif.

« Je vous attendais, dit-il, pour commencer... »

Et jetant un drap blanc sur le parquet, puis, plaçant au milieu du drap un porte-manteau chargé de ses habits, il ôte toutes les épingles en tapant à coups redoublés d'une baguette de fer et en criant :

« Ah ! scélérats, vous ne l'avez pas volé... Tenez, voyezvous ce petit noir?... Pan! pan! C'est le plus effronté de la bande... Et cet autre, avec sa tête de crapaud et sa queue de singe!... Oh! tu as beau faire la grimace, je ne te crains pas... Pan ! pan ! attrape encore celui-là... »

Résolu à poursuivre les farfadets sur tous les terrains, et remarquant avec une rare lucidité qu'ils cherchaient à troubler son cerveau, Berbiguier leur porta le dernier coup par la publication d'un grand ouvrage. Le récit de ses souffrances'et l'exposé delà doctrine anti-farfadéenne lui fournirent la matière de trois volumes in-octavo..

Ses achats d'épingles, de marmites, de cœur de bœuf et autres engins de destruction entraînaient déjà certains frais, sans compter le salaire quotidien de plusieurs commissionnaires du quartier payés à l'heure pour l'aider dans sa guerre d'extermination. Mais ce fut bien autre chose quand il fallut faire gémir la presse. Que ne psya point alors le naïf Berbiguier !

Un homme de lettres ne rougit pas de lui prendre dix mille francs pour revoir le manuscrit. L'imprimeur demanda dix autres mille francs pour une besogne qui en valait au plus le tiers. Enfin un artiste lui fit payer mille écus quelques lithographies

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