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L'APOTRE JEAN JOURNET

C'est qu'avec ses airs farouches , l'apôtre ne dédaignait point, à l'occasion, de correspondre avec la Cour. En 1857, il dédiait YÈre de la femme à l'Impératrice, qui a dû être émue en lisant ce vers :

Je ne vois plus que vous qui puissiez nous sauver.

C'est aussi en 1841 qu'il adressa au journalisme encroûté cette ode dans laquelle il n'a pas de couleurs assez noires pour peindre le folliculaire français :

Renard et tigre tour à tour,

Protée aux allures funèbres,

Il frémit à l'éclat du jour,

11 gouverne par les ténèbres.

A la fin de chaque strophe, se trouvait placé le refrain : Levons-nous ! écrasons l'infâme!

Mais rien ne dépasse la pièce qu'il adressa, la même année, aux académiciens fossiles . En voici encore quatre vers :

Vous dormez, lâches sentinelles!

Dans votre sommeil léthargique, L'esclave s'armant de ses fers, Va broyer votre âme impudique.

Ces fers broyant des âmes impudiques peuvent donner une idée de la forme affectée par Jean Journet , bien qu'il se prétende inaccessible aux vains jeux de la phrase. — Chez lui tout est d'une véhémence ultra-biblique. L'indignation est son état ordinaire. La colère le prend souvent, et quelle colère ! Il ne parle pas, il crie. En 1840, il rime ses

i \ POl RI N kK IOI RNJ i .

Cris et Soupirs. En 1841 , c'est le tour de ses Cris de douleur. En [846, il a repris haleine et pousse' à la fois un Cri d'indignation et un Cri de délivrance* L'année 184g nous vaut Le Cri de détresse. — I otal :

cinq cris différents, sans compter tous ceu\ que nous oublions.

Dans les dernières années de sa vie surtout, Jean

Journet ne dut pas conserver de grandes illusions

sur la mise en pratique de ses théories. Vavait-il pas d'ailleurs l'ait partie du phalanstère de (liteaux

subventionné par un Anglais fouriériste et dirigé par

une femme, M""' Gatti de (jramond : Dès la réalisation inespérée de ee ré\e, Jean Journet avait reçu'ce qu'on appelle un coup d'assommoir. M1'"5 Gatti ne l'avait jugé bon qu'à jouer le rôle de bûchiste lise/ scieur de bois dans la communauté ; elle lui avait interdit de plus toute elucubration poétique. Quelle chute pour l'apôtre triomphant! Se trouver réduit à rimer en cachette comme un écolier.

lS6 LE MARQUIS DE SAINT -CRICQ.

Ce marquis fut un excentrique heureux.

Ses moindres farces ont été commentées par la presse contemporaine, — publicité qui ne fut jamais sans charme pour lui, si j'en juge par l'ostentation qu'il apportait dans ses récidives. Paris est, du reste, la ville du monde où il est le plus facile de faire parler de soi lorsqu'on veut marcher sur les traces de notre héros. Il y a tant de gens qui cherchent à s'y amuser, et il y. en a si peu qui consentent à divertir autrui.

Les singularités de M. de Saint-Cricq se sont produites sur deux arènes privilégiées : — le café et le théâtre.

Le théâtre le voyait arriver le premier et partir le dernier. Cricq prenait souvent une loge pour lui seul, et il y donnait bravement la comédie, interpellant les acteurs en scène et jugeant à sa manière la pièce représentée.

li d Scribe presque autant que 1

constitutionnelle. Los jours où on jouait do S il s'asseyait à l'américaine en m renversant

t'auteuil ci en plaçant les pieds sur le balcon Je 1. log si façon de : il répondait

. que la littérature Scribe était bonne ^\v ses hottes.

lui qui lit lui soir en plein Thcitrc-i ce e proclamation ta.

te mille francs pour l'auteur.

ivec ; 'en e mille francs, il ne pourra plus dire que le besoin de noanger lui fait Elire d'aussi mauvaise pièces. »

Le docteur Ycron semble avoir été témoin d. esclandre, car il v tait allusion dans se ^ seulement, il varie sur le chiffre de la somme demandée qu'il porte à plus de deux cent mille francs. C'est ausssi M. de Saint-Cricq qui a le

r une chaufferette à l'Odéon. Prote éloqi

S - It, il gûtfl 1;; chose en voulai

■m- dont le jeu était ch< réchaufl ille.

Et il sévit expulsé de l'( I Franc H . comme duthéàti ' - rtin

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donna la peine de recruter quatre-vingts joueurs d'orgues de Barbarie , à seule fin d'humilier les quatre-vingts musiciens de l'orchestre. Une fois organisé, et, non sans peine, ce petit corps d'armée cerna le théâtre et commença , .sur le signal de son chef, le plus monstrueux charivari qu'on eût jamais entendu.

J'aime mieux la vengeance qu'il tira certain soir des procédés du Théâtre-Français. On l'avait mis à la porte au nom de l'ordre public. Pendant toute la soirée, il raccole, paye et renvoie tous les fiacres des environs. Trois minutes avant le dénoûment de la dernière pièce, il repasse devant le contrôle désert, s'insinue dans les couloirs et revient se dresser sur sa stalle comme un joujou à surprise, en criant à l'auditoire :

« Vous êtes trop bêtes ! Vous ne trouverez pas de voitures en sortant, et il pleut à verse ! »

Bien que ce dernier tour soit joli , on est fondé à craindre que le récit n'en soit pas rigoureusement vrai. En remontant aux sources, je trouve dans un vieux numéro de la Semaine, une version plus ancienne du même fait; elle est due à M.Jules de Saint- Félix, qui lui donne une date certaine (i835), et elle présente des variantes tellement circonstanciées que je dois les recommander ici:

Saint-Cricq aurait tout bonnement parié au café de Paris que, par une soirée de pluie, il priverait de voitures tous les spectateurs sortant sans équipages à eux du Théâtre-Français. Il avait parié de plus que, le même soir, tous les soupeurs du café de Paris ne boiraient pas une goutte d'eau.

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