‹ Gens singuliersChapitre 43 sur 44 · LK MARQUIS S · texte numérisé non relu

LK MARQUIS S

Dans !;i soirée convenue, Les spectateurs du 'I héâtre*Français ne purent, en effet, profiter des voitures stationnant place du Palais-Royal. Elles étaien' tontes retenues; pas une ne voulut bouger, et l.i foule des bourgeois faillit faire un mauvais parti .. cochers.

Cependant, les fiacres rides s'ébranlèrent à un

moment donné, prirent la direction du boulevard

des Italiens, et vinrent, a la file, se ranger devant le café : le convoi était mené par un nacre jaune tapi de velours rouge, duquel Saint -Cricq descendit

triomphalement.

Se plaçant ensuite sur le seuil du café, il frappa trois fois dans ses mains. — • Au cri de : Partes ! deux cents liacivs environ roulèrent dans toutes les directions avec un bruit de tonnerre.

Mais ce n'était pas tout.

Après s'être ménagé cette belle entrée, Saint-

Clicq pénètre dans le salon commun. I ne \ i taine de personnes y soupaient. - Elles n'ont d'yeux que pour notre parieur en l'entendant demander, pour tout potage, une carafe ^Wwu el en Le voyant soumettre une goutte d'eau de cette c à L'observation d'un microscope portant'. Apres quelques minutes d'une contemplation silène suse, Saint-Cricq se lève, et, s'adres ant a La dame de comptoir :

« Madame, dit-il, il m'est impossible de celte eau... Yo\e/ !... »

La dame risque un coup d'œil et pousse un cri

d'effroi répété par tous les assistants qui viennent, tour à tour, contempler les dragonneaux hideux visibles au microscope dans l'eau proscrite.

Le premier instant de dégoût passé , on se mit à rire. Mais l'impression était restée, et on la noya ce soir-là dans des flots de vin de Champagne. Personne ne toucha aux carafes.

M. de Saint-Félix ajoute qu'on dut ramener ce soir-là M. de Saint-Cricq chez lui, — dans un seul fiacre.

Au temps de sa splendeur, le marquis avait un coupé au mois, mais cela ne l'empêchait pas de faire ses courses à pied. — Son équipage suivaic.

L'hiver, quand il avait attrapé un rhume, il trouvait le coupé trop froid et préférait un fiacre préalablement chauffé par l'haleine de quatre commissionnaires qu'il y renfermait pendant une heure, toutes glaces levées.

Mais les cochers n'en étaient pas toujours quittes à si bon marché.

L'un d'eux voit un jour M. de Saint-Cricq monter dans son véhicule en disant : — « Prends les boulevards, et toujours tout droit ? »

A la Bastille, la voiture s'engage dans le faubourg Saint-Antoine ; elle arrive à la barrière du Trône.

« Allons-nous plus loin, bourgeois ?

— Va toujours, il y a un bon pourboire. »

Le fiacre traverse Saint-Mandé. Aux environs de la Tourelle , le marquis fait arrêter dans le bois , non loin de l'allée fameuse où brilla le couteau du san-

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