Ibid
X(jii .seulement Arvondus s'était rendu coupable de malversations, mais il a\ait adressé à Eui-ic, roi des Yisigoths, unelettrc dans laquelle il le dissuadaitde demeurer en paixavcc Vntliemius qu'il appelait Tempereur grec. Il lui conseillait de chasser les Bretons établis sur les rives de la Loire, et departao-er lesGaules avec les Burgondes^ Cette lettre avait été interceptée, et le secrétaire d'Arvandus, arrêté également, attestait qu'elle avait bien été dictée par son maître". Les accusateurs la tenaient secrète pour la produire à l'audience, ils comptaient que l'accusé, pris ainsi à l'improviste sans avoir le moyen de s'entendre avec ses conseils, se laisserait arracher un aveu compromettant. Sidoine Apollinaire, qui était alors <à Rome, et un personnage de la plus haute qualité nommé Auxanius* eurent connaissance de ce qui se préparait conliv Ai'vandus. Comme ils avaient eu a\ ec lui des relations d'amitié, ils estimèrent que l'abandonner dans sa mauvaise fortune serait de leur part un acte d'infâme et barbare perfidie. Ils allèrent donc le trouver et l'avertirent que, dans une chose si déhcate, il ne fallait pas avouer à la légère. Arvandus les reçut fort mal et les congédia avec des injures, en les priant de lui laisser le soin de ses aflfaires. C'était à peine s'il acceptait le secours d'un avocat, et il ne l'admettait que pour les questions de restitutions d'argent *.
1. Sid. Apoll., Ep., 1, 7 ;Migne. P. L., t. LVIII, p. 438 ; — .U. G., p. 10 et suiv.).
'2. ma.
3. Sid. ApoU., Ep., i, 7 (P. L., t. LVIII, p. 4-58; —M. G., A. A., t. Vlli. p. llj. Arvandus les repoussa, en leur disant : « Abile dégénères et priei'ectoriis patribus indigni ». De ces paroles il faut conclure, semblei-il, que de même qu'Apollinaire, Auxanius était fils d'un préfet du prétoire des Gaules. Le père de Sidoine Apollinaire avait été préfet du prétoire des Gaules en 448-449 (Borghesi, Prœf. Pvœt. Galliar, xli.x ; Œuvres, t. X, p. 737). Le père d' Auxanius avait dû être également préfet des Gaules vers le milieu du v^ siècle, apparemment sous Majorien, ou sous Sévère, peutêtre en 465 (Borghesi, loc. cit., lv ; t. X, p. 743).
4. Sid. Apoll.. Ep.. 1, 7 (P. L., t. LVIII, p. 459;— -1/. G., A. A., t. Vlll, p. 11).
Devant le Sénat, qui devait le JLigt'r-, il parut uxec une imperturbable impudence. Lorsqu'on produisit sa lettre à Euric, il n'attendit même pas d'être interpellé pour s'en déclarer l'auteur. A deux ou trois reprises, il affirma qu'elle était effectivement de luiV Ce ne fut que quand il se \'it convaincu du crime de lèse-majesté qu'il comprit trop tai'd son impi'udence, et commença à pâlir. Il fut déclaré déchu de toutes ses dignités, et fut conduit dans la prison publique, encore revêtu des habits magnifiques dont il s'était paré pour se présenter devant le Sénat ; de sorte, dit Sidoine Apolhnaire, qu'il était misérable sans que personne eût compassion de sa misère". On acheva de juger son procès quinze jours après cette première audience; il fut condamné à mort\ On l'enferma dans Tîle du Tibre, pour y passer le délai de trente jours que le sénatusconsulte de Tibère accordait à ceux qui avaient été condamnés par le Sénat '^. Au moment où Sidoine Apollinaire racontait tout au long, dans une lettre à un ami nommé Vincentius, l'histoire d'Arvandus, il s'appliquait, dit-il, avec d'autres amis de ce malheureux, à solliciter sa grâce et à obtenir d'Anthemius qu'on se contentât de confisquer ses biens et de l'envoyer en exil^
L'audace et l'impudence d'Arvandus devant ses juges provenaient, sans doute, de ce qu'il comptait sur la protection de Récimer, car il semble que sa lettre à Euric a%ait été dictée par lui à l'instigation ou sur l'ordre de Récimer, qui attendait, pour se déclarer contre Anthemius, l'entrée en campagne des Visigoths^ 11 avait donc des raisons de croii-e qu' Anthemius serait renversé a\ ant qu'on eût le temps de le condamner. L'ajournement de la gueri-e civile le perdit ; la réconciliation ménagée par saint Epiphane lui sauva proba-
1. Sid. Apoll., Ep., I, 7 {P. L.. t. LVIIL p. 459: — M- G., A. A., t. VIII, p. 11). — 2. Ibid. — 3. Ibid. — 4. Ibid. — o. Ibid.