‹ GenséricChapitre 238 sur 266 · Prosper Tiro. Inc. cit. (p. 476i · texte numérisé non relu

Prosper Tiro. Inc. cit. (p. 476i

332 GExNSERIC

pendant s(jn exil, j)iii' Ilunoraliis Aiiloiiimis, ('■xrqiu' de (^onsla^liIl('^ « (^(mi'tio'e^ àiiie lidèle, séci'ie-t-il avec un enlhousiasnic dii;n(' des temps apostolicpies, courage, confesseur de l'unil('' (*afli()li(|uc^ ! Pi(''jouis-toi, car tu as mérité de.soutîrir les oïdi'ag'es pour le nom du Christ, comme les apôtres lors- (pi'ils étaient flagellés. D(''jà ce s(M'pent g-it abattu sous tes pieds. 11 a pu engager la lutte, mais il a succombé, cai' il n'a pu te réduii'e. Ecrase sa tète, je t'en conjui-e. Fais (pi'il ne se redresse point, durant r(''preuve suprême de ton mai'tyre. Ne te laisse émouvoir par personne ! Le Christ se réjouit et te contemple, les anges sont dans la joie et viennent à ton secours, la toui-be des démons est sous tes pieds; ne faiblis pas ! Que les démons, maintenant dans les larmes, n'aient pas à se l'éjouir. Avec toi est le ciiœur des martyrs, tes prédécesseurs, ils t'attendent, ils te défendent, ils te tendent la couromie. Je t'en supplie, cette couronne, ne te la laisse pas enlever. Pense combien peu fh,' temps tu as à lutter, cond)ien de temps tu demeureras vain(pieur dans l'éternité ! Tu as bien commencé, achève ! Frèiv, tu soutiens le bon combat, c'est la vérité que tu confesses; si tu meui'S, sois en sûr, tu seras martyr.

« Le Seigneur a dit : « ( Hii ne <)uitte pour moi j)ère, mère, fennne, eid'ants, famille, n'est pas mon disciple », et si tu mourais suivant le sort de la nature humaine, ta fennne^ ta

]. Le te.xte de cette leUre. pui)lié en entier par I]aruiiiiis (Ann., 437, iii-xi, l. VII, p[). 49'J-àOl), par Riiinart dans son Commenlaive historique sur la perséculion des Vandales (cap. iv, 4) et par Migne (P. L., t. L, p. 567), désigne cet évèque de Constanline sous le nom d'Antoninus. D'autre part, Gennadius {De scriptoribus ecclesiasticis. cap. x;:v ; Migne, /'. L., t. LVIIl, p. 1116) dit qu'llonoratus, évèque de Constanline en Afrique, adressa à un certain Arcadius, que le roi Genséric avait exilé dans les pays d'Afrique, une lettre destinée à l'exhorter à supporter les épreuves qu'il souffrait pour le Christ. D'après un ancien manuscrit de cette lettre, son auteur, l'évéque de Constanline, aurait porté les deux noms d'IIonoratus Antoninus (Ruinart, loc. cit. ; — Pagi. ann. 437, ii ; — Tillemont, .S. Euf/ène. art. iv: Mérn.. t. XVI. p. 501, édit. de Venise).

gouvi:rm:.ment de ge.nsehic 333

famille j)t)uri'ai('iil-ollos te l'appeler à la \ie ? \o regarde donc pas derrière toi, iic regrette ni ta femme, ni tes richesses, ni les tiens. Haut le cœur! Le Père, le Fils, le Saint Esprit sont a^'ec toi, ils te secourent, ils s'apprêtent à te couronner. Si tu meurs pour la loi, Dit'U te révélera toute sa splendeur. Regarde le moiule. il est destiné à péril-; l'egai'de le soleil, la lune, les étoiles, tout doit disparaître ; de ton courage dépend le salut éttM'uel de ton âme ou sa pei'te pour toujours. Déjà tes péchés te sont pardonnes: pour pi-ix de la lutte que tu soutiens, Dieu efVace toutes les inicjuités (jue tu as pu commettre, car, suivant la parole d'Ezéchiel, le jour où le pécheur se détourne de son iniquité et pratique la justice. Dieu dit : Je ne me souN'iens ])lus de ses iniquités. Ta justice, c'est ta loi, car c'est par la loi que \\\ le juste. Les tribulations, les spoliations, l'cwil t'ont rapporté la rémission de tes péchés, la mort t'ouvrira le royaume des cieux. Bientôt ton âme verra le Chvisf. à la résurrection des corps, ta chaii- elle-même verra ce (pie ton âme contemplera bii'utM.

« Le diable frémit, le Chi'ist se réjouit. Prie, pleure, demande secours, et bientôt ton' âme sera consolée. Crains les peines éternelles où l'âme et le corps brûlent avec le diable diu-ant l'étei-nité. redoute la géhenni' et demeure fidèle au Christ. ^'oici j)Our toi le moment de xWiv ou de périr, car si tu désertes dans ce cond)at, nul ne te sauvera. A quoi te sei'N'irait d'avoir cédé au diable, si tu ne devais pas tarder à perdre la ^■ie? Et ne sais-tu pas qu'elle est en la puissance de Dieu, que cette \ ie il peut te l'ôter dans l'instant même, si tu abandonnes la foi ?

« L'n chrétieji qui souffrit pour la foi affirma qu étendu sur le chevalet, il ^ it à ses côtés un ange d'un aspect resplendissant. (|ui tenait un linge imbibé d eau, a\i'e le(|iiel il essuyait et rafraîchissait son visage. Tant que dura son supplice, l'ange demeui-a au|)i*ès de lui, et ne cessa de le l'afraîchii'

33i GEN'SÉRIC

cl (le le ivcoiiloflcr. Ainsi le confessciii' du (Jilii'i.sl \\v .senlii |)()int ses souiï'rancesV Les lotiniiciils ne se scnlciit guère ({uaïul on eonibat pour le Cin-ist, la lure(3 d anie rend niaîti'e des donleur's de ee monde, et l'insocation de la Divinité en adoucit la violence. Soutîrant pour le Seigneur, tu peux perdre ta cliair, tu ne pei'di'as pas ta foi. Olïre à Dieu ta persévérance, et ne crains aucun supplice. Si la douleur est extrême, elle ne dure guère, si elle est légère, elle n'affecte pas profondément l'esprit.

« Prie, afin de ne pas déserter la lutte que tu as entreprise. Tu as commencé ton martyre, veille sur ton ànie. Je t'en conjure par la Trinité pour laquelle tu souffres la mort, conserve ton cœur, affei'mis le par l'Esprit Saint dont tu as désiré que le souffle soit en toi, qu'en toi tu as glorifié. Combats avec fermeté pour la pureté du baptême que tu ji'as pas voulu renier. Sois certain d'obtenir la couronne, combats avec assurance, jusqu'à ce qu'il plaise à Dieu d'achever ta victoire. Dieu approuve ton courage, l'œil de Dieu est suitoi, il contemple à toute heure tes actes, tes pensées, il te voit combattre et te voit résister. S'il te voit fei'me, il se réjouit, il t'aide; si tu faiblis, il te secourt et te soutient. Combats pour la véj-ité jusqu'à la mort; tu seras une cause de salut non seulement poui' toi-même, mais aussi pour les autres, c'est ton âme, ce sont les âmes des autres que Dieu te demande. Tu es le porte-étendard du Christ, tu marcheras le

1. Le chrétien dont parle ici Antoninus est Théodore, jeune homme qui sulîit les plus cruels tourments, à Antioche, pendant la persécution de Julien l'Apostat, en 36^. Rufin dit avoir vu ce confesseur à Antioche et lui avoir demandé s"il avait senti toute la violence des tourments qu'on lui avait fait endurer. X quoi Théodore aurait répondu qu'il les avait peu sentis et qu'un jeune homme, qui se tenait auprès de lui, avait essuyé ses sueurs avec un linge très blanc et lui avait fréquemment jeté de l'eau fraîche, ce qui lui avait été si agréable (ju'il avait eu regret quand on avait ordonné de Fôter du chevalet (Rufin, Historia ecclesiaslica, lib. i, cap. 36; P. L., t. XXI, p. 504). Sur la persécution de Julien à Antioche, voir Paul Allard, Julien l'Apostat, t. III, chaj). 2.

GOUVERNEMENT DE GENSERIG 333

premier au combat. Si tu succombes, tu seras responsable de la perte de bien d'autres, si tu triomphes, tu auras combattu pour le salut d'un o-i-and noml^iv, et tu auras rempoi'té plus d'une couronne.

« Te voici dans l'arène, lutte avec force, sois sans crainte, n'aie peur de rien, que rien ne puisse t'émouvoir. Toute l'Eglise prie pour toi, l'Eglise catholique t'attend pour t'honorer comme son martyj' ; garde-toi de nous humilier devant nos adversaires. Le Christ lutte avec toi, l'Eglise résiste avec toi ! Sois assuré de la couronne et ne crains point les péchés que tu as pu commettre, ils sont effacés'. »

L'enthousiasme, l'inébranlable fermeté des catholicpies, dont cette lettre nous fournit la preuve, exaspérèrent les craintes et la colère du confjuérant. 11 vit des excitations à la révolte dans les ardentes exliortations à la résistance contre ses tyi'anniques volontés, que le clergé ne craignait pas de multiplier même en public pour la défense de la foi. Victor de Vite nous apprend en effet que les Vandales considéraient comme des allusions à leur roi les noms de Pharaon, de Xabuchodonosor, d'Holopherne, que les prédicateurs se plaisaient à rappeler dans leurs instructions aux fidèles'. Si la lettre d'.Antoninus fut répandue parmi les catlioliques, comme il y a lieu de le présumer, puiscju'elle est parvenue jusqu'à nous, Genséric dut penser qu'en parlant du diable et des démons, c'était lui-même et les siens que l'évêque de Constantine (fésignaif au mépris et à la haine des Africains.

La lutte conti'o l'Eglise, commencée ainsi presque aussitôt après la concjuète, se poursuivit pencfant le règne de Genséi'ic, plus ou moins violente, suivant les alternatives de guerre et (te paix avec l'Empire. Lors de la prise de Cartilage, dont la

1. Baronius, aiui., 437, iii-vii. .\i : I. VII, pp. 4',)'.)-ô01.

1'. Victor Vit.. De persecut. vanduL. i. 7 yl' . L.. I. LVlli. p. l'JU).

33ti GKNSÉRIC

C()ns(''(}uc'ncc de\'ait ôti'O do suscilei* ooiilrc les Vandales tous les efforts du monde romain, Genséric usa des plus cruelles rigueurs pour détruire le clergé de. la capitale africaine, C|ui, par le nombre et la qualité de ses membres, par ses richesses, par son glorieux j)assé. par sa grande influence, lui pai-aissait particulièrement redoutable. 11 fil saisir Tévèque Quod\'ultdeus et un très grand nombre d'ecclésiastiques, les dépouilla de tous leurs biens, sans leur laisser la moindre ressoin-ce, et, les ayant l'ait emljai'(pier sui' des vaisseaux en mau\ais état, il les expulsa de l'Afrique. Dieu, dans sa miséricorde et sa bonté, ajoute A'ictor de ^'ite, lein- accorda une heui-euse traversée jusqu'à Xaples en Campanie'. Après l'expulsion de l'évèque et de son clergé, toutes les églises situées dans l'intérieur de la ^■ille fui-ent confisquées avec les richesses qui en dépendaient ^ La principale, la basilique Restituta, fut livrée au culte arien ^. On ne laissa pas même aux catholiques les sanctuaires situés hors des murs. Ils fur-ent pri\és notamment de deux églises importantes et particulièrement vénérées, celles de Saint-Cyprien, construites, l'une à l'endroit où saint C}'prien avait souffert le martyi-, l'autre à l'endroit de sa sépulture, en un lieu nommé Mappalia V Le culte catholique fut intei-dit, même dans les funérailles qui dui-ent se faire en silence, sans aucun chant reliiiieux ^

d. Victor Vit., De persecut. vandaL. i. ^ (/'. L.. t. LVIII. p. 187) : — Idctce, Ckrun.. n° 118. a. 43'J (M. G., A. A., t. XI. p. 23).

Page 1