Waltzing. o. c, t. If, p
GOUVERNEMENT DE GENSÉRIG 329
à favoriser des cuiKiuérants ennemis de sa foi. La destruction de l'aristocratie et l'oppression de l'Eglise parurent à Genséric les conditions nécessaires de sa sécurité.
Dans les premiers temps de l'invasion, il espéra, semblet-il, gagner les catholiques par la douceur, et les amener mémo à adoptei' la religion des vainqueurs. L'éloge que des écrivains ecclésiastiques taisaient des Vandales, comme on Va vu, témoigne qu'on n'a^ait pas encore eu à supporter des persécutions de leur part^, et l'auteur d'une œuvre attribuée à saint Prosper nous apprend (|ue les ariens s'efîor- Vaient de séduire les catholiques, tantôt par les moyens dont dispose le pouvoir temporel, tantôt pai- des insinuations perfides ménagées avec art, et surtout pai' leui' abstinence, par leur sobriété, par d'autres signes dune vie vertueuse. « Car, ajoute cet auteur, suivant la parole de l'apôtre, Satan se change parfois en ange de lumière, et il n'est point étomuuit de voir ses ser\iteui's affecter d'être les serviteurs de la justice; - .»
L'n grand nond^re de pi'ètres eurent., il est vrai, à souffrir de cruels tourments^; Papinianus, évè(|ue de Vite dans la Byzacène, dont le siège épiscopal fut occupé dans la suite par l'auteur de l'histoire de la persécution des \'andales% eut tout le corps brûlé avec des lames de fer rougies au feu °; Mansuetus, évèque de la Civitas L^rusitana dans la même province*^, fut bi'ùlé devant une porte nommée « porta forni-
1. Voir ch. IV, OrKanisation delà conquête, pp. 314-313. i. Liber de promissionibus, iv, o [P. L., t. LI, pp. 840-841).
3. Victor Vit., De persecut. vundal., i, 3 (P. L., t. LVill, p. 18'»).
4. «Nostra" ci vitatiâvenorabilis Papinianus antistes «, dit Victor de Vite, /ùc. cit., p. 185. L'évèché de Vita, dont l'emplacement est inconnu, se trouvait dans la Byzacène (Tissot, Géogr. comp., t. il, p. 781), et dans un concile de 418, PapiniauTis figure parmi les évèques de cette province (Capitula concilii Telensis: Ilardouin, Conc. colLect. muxima, t. I, p. 1235).
o. Victor Vit., loc. cit.
0. llenchir Soudga lAudollent, i^ml/td/e rom . \). 15S. n. ol.
lana' ». Mais il semble que ces é\'èqiies et ces ecclésiastiques lurent, en même temps que beaucoup d'autres personnes de tout rang et de tout état, Aictimes de la cruauté des barbares, qui alors saccageaient les contrées envahies et massacraient les habitants sans pitié pour l'âge ou la dignité". Les prêtres catholiques ne pai-aissent ])as avoir été, à ce moment, l'objet d'une animosité particulière de la part des conquérants. Ils pui*ent espérer n'avoir pas à soufï'rir plus que les autres Africains. Leurs illusions furent de courte durée.
Dès l'année 437, deux ans après Ix convention d'Hippone, Genséric vit sans doute une provocation et un danger dans l'attitude du clergé catholique, qui apparaissait comme la tète du parti romain, et dont la constance ne cédait point à la tei'reur que prétendait inspirer ce prince si superbe ^ Il résolut de détruire l'Eglise dans les contrées soumises à son pou^■oir, pour pré^'enir un soulèvement que les prêtres et les évoques eussent pu pi-o\'oquer, loi'sque les armées vandales sei*aient aux prises avec les forces de l'Empire. Plusieurs évêques, parmi lesquels les plus illustres étaient Posidius, Novatus et Severianus, furent privés de leurs basiliques, et même expulsés de leurs ailles \ Bientôt après, le roi, doutant de la
1. Victor Vit., loc. cil. On a pensé, d"après uni' hypothèse de Ruinart (De persecut. vandal., n. 12), que cette « porta fornitana » était une porte de Carthage, par laquelle sortait la route allant à Furni. IMais le texte de Victor de Vite ne fait point mention de Carthage et ne permet en aucune façon de supposer que Mansuetus fut torturé dans cette ville, dont les Vandales n'étaient pas encore maitrcs à ce moment, comme le remarque Tillemont [Mém., t. XVl, p. 901, n. 2\. Ruinart. prévoyant cette objection, ajoute que. si le supplice de Mansuetus fut antérieur à la prise de Carthage. les mots « porta fornitana » doivent être entendus dans le sens de porte de la ville de Furni. 11 est plus simple de supposer que ce nom était celui d"une porte de la Givitas Urusitana.
2. Victor Vit., De persecut. vand., i, 3 (/'. L., t. LVHI. p. 18i)
3. Prosper Tiro, Chron., n° 1327, a. 437 [M. G., A. A., t. IX, p. 475).
4. Prosper Tiro, loc. cit. Posidius est sans doute Possidius, évêque de Calama (Guelma), célèbre au temps de la conférence de Carthage en 4M.
fidélité des catlioliqiies quil avait dans son entourage, voulut les contraindre à se convertir à Tarianisme. 11 a\'ait à son service quatre Espagnols, Arcadius, Paschasius, Probus et Eutyeianus, que depuis longtemps il traitait avec distinction, estime et affection, à cause de leur niéi-ite et de leui- déAOuement^ Paschasius et Eutyeianus étaient frères-, Arcadius était marié et possédait, avec de grandes richesses, de nombreux escla\"es''. Genséric pensa se les attacher plus sûrement en les séparant des catholiques. 11 leur enjoignit de se faire ariens. La constance quils mirent dans leur refus excita en lui une colère qui alla jusqu'à une véritable rage. Non content de les nvo'iv proscrits de sa pi'ésence, il les exila, puis leur fit soutîrii- d"hoi'ri])les tourments. Tous les quatre, par di^■ers genres de morts, ajoute Prospei* Tiro, acquirent l'illustre couronne dun admirable martyre^. Paschasius et Eutyeianus avaient un frère, encore enfant. Aucune menace n'ayant réussi à le détoui'uei' de la profession et de l'amour de la iV)i catholique, il fut longtemps battu à coups de bâtons, mais il ne succomba point à tant de cruautés ^
Loin de se laisser intimider, les catholi(|ues opposèrent à la persécution la plus courageuse résistance, et firent preuve d'une ardeur dont témoia'iie une lettre adressée à Arcadius,
Severianus est sans doute aussi l'évèque de Ceramussa. non loin deMilev (Milai dans la Numidie, qui prit également part à la conférence de 411 iGesta collalionis carfhctf/in., collatio diei i. n° 133: Ellies du Pin, p. 421 et n. 232). Novatus est l'évèque de Sititis qui avait été des principaux parmi les catholiques k l'époque du donatisme et dans la conférence de Cartilage. En 437, Sitifis était au pouvoir de Genséric ; cette ville ne fut rétrocédée à TEmpire qu'après le traité de 442. — Cf. Dom Leclercq, L'Afrique chrétienne, t. H, p. 153 et note 4.
1. Prosper Tiro, Chron., n° 132'J, a. 437 [M. G., A. A., t. IX, p. 473).