Victor Vit., loc. cit
GOUVER-XKMEXT DE GENSERIG 337
La persécution fut ensuite étendue à toute la province Pi-ocoiisulaire ou Zeugitane, où les barbares furent établis et où il leur importait de ne laisser subsister aucun élément d'opposition. Ordre fut donné aux Vandales de dépouiller partout de leurs biens les évoques et les laïques nobles, de les expulser de leurs églises et de leurs demeures, et de les réduire en esclavage à perpétuité, s'ils tardaient à s'en aller. « Cet ordre fut exécuté dans la plupart des localités, ajoute Victor de Vite, et nous avons connu nombre d'évôques, de laïques, de personnes illustres et honorées, qui devinrent esclaves des Vandales ' . »
Plusieurs évoques considérables et des personnages illustres de cette pro^'ince prirent le pai'ti, dans l'espoir d'obtenir gi'àce, de porter au roi leurs supplications. Ils se présentèrent à lui sur le rivage de Maxula', vulgairement appelé Ligula % où il s'était rendu comme il en avait coutume, et le prièrent de souffrir qu'après avoir perdu Ic^u's églises et tous leurs biens, il l(>ur tut permis au moins de demeurer dans le pays, sous la domination des Vandales, pour consoler le peuple de Dieu. On raconte qu'emporté par un mouvement de colère, Genséric leur fit transmettre cette réponse : « J'ai résolu ne n'épargner personne de votre nom et de votre race, et \'ous avez l'audace de m'adresser une pareille demande ! » 11 \ oulut sur l'heure les faire jeter à la mer ; ceux qui l'entoui'aient eurent les plus grandes peines à l'en détourner et à sauver de sa fui-eur les malheureux qui avaient pensé l'attendrir'. Ces pi'ètres infortunés s'éloignèrent, accal)lés âc
1. Victor Vit., Depersecul. vandal.. i. 4 (/'. L.. t. LVlli. p. 187).
2. Rliadèb (Tissot, Géogr. comp.. t. 11, pp. 111 el siiiv. : — Amlollcnt, Car Iliade rom., p. 195).
3. La Languette. Rliadèsest située, entre le lac et la mer. sur une colline isolée qu'une pente douce relie au Nord à l'isthme de la Goulette. (Tissot, loc. cit., p. 112).
4. Victor Vit., De perseciit. vandal., i, 5 (/'. L., t. LVIII. p. 188).
ti'i.stcs.se, mais non découragés. Privés de leurs églises, ils n'en continuèrent pas moins à célébrer les divins mystères où et comme ils le purent *. Il semble donc que l'évèque de Carthage et les principaux membres de son clergé furent seuls expulsés de FAfrique et que, dans les autres localités de la Proconsulaire, on se borna à cbasser les prêtres de leurs églises et de leurs résidences, en les laissant libres de se retirer où bon leur semblait. Nos auteurs disent en effet que Quodvultdeus eut comme compagnons d'exil beaucoup d'ecclésiastiques, sans indiquer (|u'il y eût pai'mi eux aucun autre évoque ^ Cependant, il est fait mention d'un évoque de Bitina, ou plutôt sans doute d'Abitina^, nommé Septimus Cœlius Gaudiosus qui, fuyant la persécution des Vandales, vint avec Quodvulkleus et d'autres prélats à Xaples où il f(jnda un monastère ^.
Dans les autres provinces, où les Vandales ne se trouvaient point établis à demeure, le clergé catholique ne fut point inquiété en masse, mais il fut étroitement surveillé, et le moindre mot d'un sermon qui pouvait paraître une allusion malveillante au conquérant suffisait pour que le prêti-e qui avait eu l'impi'udence de le prononcer ou bien auquel on l'attribuait fût immédiatement exilé". Ce fut le motif du bannissement d'un grand nombre d'évêques, parmi lesquels on cite IJrbanus de Gii'ba ou Cilba, dans la Xumidie '^, Crescens, métropolitain d'une cité désignée sous le nom d'Aquitania,
1. Victor Vit., De persecut. vanclal., i, îi {P. L., t. LVIII, p. 188).
2. Victor Vit., De persecut. vanclal., i. 5 [P. L., t. LVIII, p. 187) ; — Idace, Cliron., n° 118, a. 439 {M. G., A. A., t. XI, p. 23j.
3. Abitina, ville de la Proconsulaire, célèbre par ses martyrs, était probablement peu éloignée de ^lembressa, -Medjez-el-Bab (Tissot, Géojv. comp., t. II, p. 771 et pp. 323 et 77i. note 1).
4. Ruinart. Hisl . persecut. vandal., pars ii, cap. IX: édit. de Venise, p. 255 ; — Tillemont, Mémoires, t. XVI, p. 513.
3. Vict. Vit., De persecut. vandal., i, 7 iP. L., t. LN'lIl, p. l'JO).
fi. Tissot, 0. c, t. H, p. 77S.
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pi'()l)al)lenient Ad Aqiins dans la Xuniidic '. et doyen de cent, vingt évèqiies, Habetdenni de Tlieudalis, Eustatius de Sufès dans la Byzacène-. Deux évèques de la Ti-ipolitaine, Vices ou Vincent de Sabrata ^ etCresconius d'Oea '*, eurent le môme sort % niais apparemment plus tard, après4oo, quand Genséric se fut emparé de cette pro\ ince.
Beaucoup d'autres évèques furent bannis sous toutes sortes de prétextes. Félix d'Hadrumète '^ le fut pour avoir admis dans un monastère de sa ^'ille un moine nommé Johannes, venu des pa\s d'outre-mer ^. Ces évèques furent rhassés, non seulement de leur résidiMice, mais de l'Afrique, et réduits à chercher un asile en Orient, jusque dans les provinces les plus éloignées, comme le montrent deux lettres adressées par Théodoret à Ibas d'Édesse et à Sophronius de Constantine en Mésopotamie pour recommander à leui' charité un évêque africain noimné Cvprianus, C[ue l'inhumanité des barbares avait contraint, dit-il, à errer sur les rivages étrangers et à solliciter les secours des personnes dévouées à Dieu ^ Cet évè([ue avait été recommandé pai' Eusèbe de Galatie à Théodoret, qui, à son tour, prie ses deux correspondants de lui donner des lettres pour les é^^èques auxquels il voudrait s'adresser afin d'en obtenir des consolations et une assistance temporelle dont Dieu les réc(jmpensera par des biens célestes et éternels*. Quand les évècjues exilés venaient à m(nu'i.r, il
1. Hammam Sidi-Ali-bel-Kassem (Tissot, o. c, t. Il, pp. 280, 777 et 812). ■2. Sbiba (Tissot, o. c, t. H, p. G17).
3. Ou Savra. dont les ruines se retrouvent un peu au nord du bourg de Zouagliat-ecli-Clierlviya, dit Tissot (Géogr. comp., t. II, p. iMOi.