l<!otit. Occid.. x.x, § 1, B, 4 (Bôcking, p
.5. Ludwig Sclimidt, Geschichle der Wandalen. |). 185.
370 GEIV'SÉRIC
robuste, était un Golli au service de Gélimer et avait tait paraître un dévouement absolu aux intérêts de son maître. C'est pourquoi Gélimer lui avait confié la Sardaigne, à charge d'un ti'ibut annuel ^ ». Ce fait n'apparaît ni comme une exception, ni comme une innovation ; il est donc pi'obable que dans les îles l'autorité tout entière était aux mains des commandants des forces destinées à en assurer la défense.
Les Vandales étaient trop peu nombreux pour qu'on pût, sans danger d'afï'aiblii' leur puissance en Afrique, distraire de leurs forces, d'une façon permanente, les troupes nécessaires à la défense de possessions Lointaines. Les garnisons des îles durent être composées principalement de Maures enrôlés au service des conquérants, ou même, dans certains cas, transportés de force. Procope rapporte en efîet que Solomon, (pii succéda à Bélisaire quand l'Empii-ç eut reconquis l'Afrique, envoya une flotte contre les Maures établis en Sardaigne, et il ajoute : Les Vandales, usant de rigueur à l'égard de ces barbares, en avaient transporté un certain nombre avec leurs femmes en Sardaigne, où ils les avaient tenus cantonnés -.
La politique de Genséric dans ces diverses possessions fut la même que dans ses provinces continentales. 11 s'efforça d'y diminuer rinfluence de l'Eglise romaine, qu'il considérait partout comme hostile à sa domination. Un chroniqueur rapporte qu'en 440 Maximinus, chef des ariens en Sicile'*, ayant
1. Procope, De belto vandal., i, 10 (C. S. //. B., p. 357). Cf. L'Occident à l'époque byzanLine, Golhs et Vandales, p. 224.
-2. Procope, De bello vandal., n, 13 (C. S. H. B., p. 468). Cf. Ch. Diehl, L'Afrique byzantine, p. 73.
3. Ce Maximinus était apparemment le même évèque arien qui, en 428, était venu en Afrique avec le comte Sigisvult, par ordre duquel il .se rendit à Hi])pone où eut lieu une conférence entre lui et saint Augustin, dont un des ouvrages réfute ses doctrines (S. Augustin, Contra Maximinum arianorum episcopum ; P. L., t. XLII, p. 743). Cf. Tillemont, S. Augustin. art. .334 et 341: Mém., t. XIII, pp. SOI, 910 et suiv.
(Hé condamné par les évèques orthodoxes, excita Genséric, (jiii alors pillait cette ile, contre les catholiques, et fit tant, ([iiil voulut les contraindre à toute force d'adopter l'arianisnie. Quelques-uns cédèrent à la violence, d'autres persévérèrent dans leur foi, et furent niartvr-isés ^ Ce témoio'nao-e pourrait donner à penser que la persécution fut plus étendue en Sicile qu'en Afrique, mais, comme il n'en est point autrement question, et comme Victor de Vite se contente de mentionner la Sicile, la Sardaigne et la Corse parmi toutes les contrées qui eurent à suutfi-ir des dévastations des Vandales ', il n'y a point d'apparence qu'elle ait été généi'ale. Elle se borna sans doute, comme dans les provinces africaines, à des cas particuliei's et à des rigueurs contre les ecclésiastiques et les laïques dont le zèle ou l'influence causait quelque inquiétude aux conquérants.
L'initiative de Maximinus dans les mesures prises en Sicile contre les catholiques s'explique par ce fait C{ue, dans toutes les persécutions des Vandales, les évèques ariens apparaissent, non seulement comme dénonciateurs ou instigateui's, mais aussi comme exécuteurs des ordres du roi. On les a vus conseiller à Genséric de n'admettre que des gens de leur secte aux fonctions de la cour et des maisons des princes, et ()n a pu i-emar(|uer rinterxention fie J(jcundus, qui fut le patriarche des Vandales, dans l'atfaire d'Armogaste. Le rôle des évèques ariens apparaît plus clairement encore sous le règne (IHunéric « En ce temps, dit Victor de Vite, les évècjues, les prêtres et les clercs ariens se montraient plus cruels ([ue le roi et les Vandales. Les évèques couraient en [)ers(jnne de tous côtés, l'épéeà la main, pour poursui\re les catholiques. 11 veut un évèque, nommé Antoine, (jui, cruel entre tous, exerça contre
1. Idace, Citron., n" 120. .\vi, a. 440 [M. G., A. A.,L XI, p. 23).
2. Victor Vit., De persecul. vanduL, i, 17 i/'. L.,t. LVlll, p. 202).
les nôtres des atrocités si incroyables quOii ne saurait les raconttM-. On le \oyait, riig-issant et altéré du sang des catholiques, couiir sans cesse çà et là à la poursuite des fugitifs, comme une iDÔte toujours en quête d'une proie. Il résidait dans une ville voisine du désert, sui' les confins de la Tripolitaine ^ »
« Ce fut dans cette région du désert que l'impie Hunéric, connaissant la férocité d'Antoine, ordonna de reléguer saint Eugène, l'évoque de Garthage. Dès qu'Antoine l'eut reçu en garde, il le resserra dans une captivité si étroite (|u"il ne laissait personne pénétrer jusqu'à lui, et il s'étudia à le faire périr à force de maux et de tourments. Xos souffi-ances au milieu de cette persécution affligeaient profondément saint Eugène et les rigueurs qu'il s'imposait exténuaient son corps affaibli par- l'âge. 11 poi'tait un l'ude cilice et couchait sur la terre nue, recouverte uniquenu-nt d'un sac souvent trempé de ses larmes. Tant de chagrins et d'austérités amenèi-ent une attaque de paralysie. Aussitôt Antoine accourut tout joyeux, et, voyant cet homme de Dieu balbutier sous l'étreinte de la douleur des paroles entrecoupées, il imagina de faire chercher du vinaigre extrêmement fort et pi(|uant t[u'il lui fit absorber de force. Il pensait le tuer, le vinaigi-e étant considéré connue dangereux en pareil cas. La maladie de saint Eugène en fut en effet grandement aggravée ; mais la bonté du Christ vint à son secours et lui rendit la santé '. »
« Un autre de nos évêques, Habetdeum '\ relégué égale-
1. Cette ville était, comme nous l'apprend ailleurs Victor de Vite {De persectit. vandal., v, 12: /*. L., t. LVIII, p. 250) la civitas ïamallunensis ou Tamallenensis, c'est-à-dire Tamalleni , Oumm-es-Somàa, près de Telemin, une des principales oasis du Nefzàoua (Tissot, Géogr. comp., t. If, p. 46 et p. 701).
2. Victor Vit., De perseciit. vandal., v, 11 (P. L., t. LVIII, p. 249).
3. Dans la notice jointe à l'histoire de Victor de Vite figure le nom d'Habetdeus. évêque de Tamalleni (NoliLia; P. L., t. LVIII, p. 272, C). Gomme il est peu croyable que cet évoque ait été relégué dans son projire diocèse,
GOUVKKNE.MENT DE GEN-SKRIG 373
iiK'iit à Tamalloiii, continue Victor de ^'ite, eut non moins à souffrir des violences d'Antoine. Iri'ité d'a^■oi^' multiplié en vain les persécutions contre ce serviteur du Christ, Antoine se vanta de vaincre sa constance. « Si je ne le fais pas de « notre religion, dit-il, je consens à perdi'c mon nom. » Voici à quelle diabolique invention il eut recours : 11 fil lier les pieds et les mains de l'évoque avec de fortes cordes et le fit bâillonner pour l'empêcher de protester, puis il aspergea d'eau tout son corps, prétendant ainsi le rebaptiser malgré lui. Après (juoi il le délia cf lui dit dun air satisfait : « Voilà, « mon frère Habetdcnnn, vous êtes maintenant chrétien et « des nùti-es ; vous ne sauriez désormais ne point vous sou- « mettre à la volonté du l'oi. « Habetdeum lui répondit : « Pour être responsable d'un acte, il faut y consentir; or, « inébranlablement attaché à ma foi, je n'ai cessé de con- « fesser hautement et de soutenir ce que je crois et ai tou- « jours cru. Même (juand vous m'avez chargé de liens et « m'avez fermé la bouche, j'ai pi'otestc'' dans le foi' intérieur « de uK^n cceur contre votre violence et, pi-enant les anges (( à té'moin, j'en ai appelé à mon maître ^ «
« Non content de cette protestation, Habetdeum prit le parti
il y a lieu de supposer qu'Habetdeus de Tamalleiii et Habetdeum dont il est ici question sont deux personnages différents, ou qu"il y a erreur dans l'indication de révèché. Cette seconde hypothèse parait plus ])robablc, car la notice ne fait mention d"aucun autre évèque de ce nom. Peut-être au lieu de « llabetdeus Tamallunensis » (de Tamalleni) faut-il lire « Tamalleni » (relégué à Tamalleni), comme on voit (XolUla, p. 209. A) « Eugenius Carthaginensis, Tamalleni ». Il n'y a point d'apparence qu'llabetdeum dont il est ici question puisse être l'évèque de Theudalis (Uenchir el-Aouàma) dont il a été fait mention ci-dessus. Victor de Vite semble en effet dire clairement que ce dernier était évéque de Theudalis â l'époque de la prise de Carthage (De perse eu t. vaiuL, i, 1 ; P. L., t. LVIII, p. 190). Il ne pouvait donc être très jeune en 439, et ne devait plus, selon toute apparence, être vivant au temps de la persécution d'IIunéric, en 48i. Il ne figure pas dans la Notifia, où on remarque le nom de Victor Eudalensis (P. L., t. LVIIf, p. 269, D), probablement son successeur, Eudalensis étant mis pour Tlieudalensis. Cf. Y{\x\\vdv{, Annolaliones in notUiam Africœ, od (P. L., t. LVIII, p. 321).
1. Victor Vit., De persecal. vundal., v, 12 (/'. />., t. LVIII. p. 2o0).
374 GENSERIG
(ralloi" à Cartilage se présenter au r'oi, afin de rciulfc iiiaiiifestes aux yeux des hommes, comme elles l'élaient aux yeux de Dieu, la pureté de sa conscience et sa croyance fidèle au doffme de la Trinité. Antoine, dont la confusion était extrême, ne put r(Mi empéeiier. 11 ])résenta donc au roi une ivquête dans laquelle il lui exposait l'inutile cruauté commise, aux yeux de Dieu et du monde entier-, contre des malheureux relégués en exil, dépouillés de leurs biens, privés de leurs églises, de leur ]>atrie, de leurs demeures, réduits à la plus affreuse misère et que, dans le vain espoir de rendre capti\es leurs âmes, seul bien qui leur restait, on ne laissait même pas vi\i'e en repos parmi les bètes, après les avoir chassés de toute société humaine. Hunéric se l^orna, paraît-il, à lui répondre : Allez trouver nos évêques et conformez-vous à ce quih vous diront, car, en cette matière, ce sont eux, nul ne l'ignore, qui ont tout pouvoir \ » Ainsi se trouve affirmée en termes formels l'autorité déléguée aux évoques ariens pouil'exécution des ordres du roi contre les catholiques. D'autres exemples nous en fournissent également la preu\e. Sous le règne d'Hunéric, la persécution, très différente de ce cju'elle avait été sous Genséric, était devenue générale'. Elle tendait à contraindre toute la population d'adopter la religion des conquérants, et on en voit la dii'ection confiée à leurs évoques. « Ceux-ci, dit en effet Victor de \\\(\ et leurs prêtres paicouraient la nuit les bourgs et les \i liages à la tête de troupes armées, forçaient l'entrée des maisons et y ])énét raient en Ai'ais \()l('ui's dames, l'épée à la main et portant de l'eau, dont ils aspergeaient les gens, parfois assoupis dans leurs lits. Puis, avec des clameurs démoniaques,
■1. Victor Vit., Depersecul. vamlaL, v, 16 (/'. L . t. LVIII, p. 233).
2. Édit d'iluiiéric contre les catholiques (Victor Vit., De persecul. vandal., IV. 2 (P. /.., t. LVJII. pp. 235-238). Cf. L'Occident à l'époque bijzantme, Goths et Vandales, p]). 201 et suiv.
ils hurlaient qu'ils les avaient faits chrétiens comme eux*^. » Dans Carthage môme, les actes de persécution étaient accomplis sous l'autorité de Cyrila, le patriarche des Vandales. On le xo'û par le fait suivant, dont Victor de ^'ite fut témoin-. Un enfant de sept ans environ, fds d'une famille floble, fut par ordre de Cyrila enlevé à ses parents. Sa mère, les cheveux épars, courait à tra\ers toute la ville après les ravisseurs, et l'enfant, \uulant affirmer sa foi catholique, criait tant qu'il pouvait : « Je suis chrétien ! je suis chrétien ! » On lui ferma la bouche et on le plongea dans l'eau du baptême hérétique ^ Le nombre des personnes rebaptisées ainsi de force, par ordre des évêques ariens, fut considérable '*. Beaucoup de gens simples, victimes de cette violence, se crurent devenus hérétiques^ et demeurèrent dans la communion arienne, jusqu'au jour où, la persécution ayant cessé sous Gundamund, ils firent retour à l'Église, comme l'atteste une épître du pape Félix m, datée du lo mars 488 ^ La lettre du pape notifie à tous les évoques les décisions du Saint-Siège au sujet des cathohques rebaptisés, soit de leur consentement, soit malgré eux''. Les questions à résoudre par suite de leurs demandes d'être admis de nou\eau au nombre des fidèles ou rétablis dans le clergé avaient été soumises par Félix III, un an aupara\ant, aux délibérations d'un concile réuni à Rome, dans la basilique Constantinienne, le 13 mars 487**.
i. Victor Vit., De persecut. vandal., v, 13 (P. t., t. LVIII, p. 2oI).
2. Victor Vit., De persecut. vandal., v, 14 {P. L., t. LVIII, p. 231).