‹ GenséricChapitre 3 sur 266 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

L'Afrique au iv^ siècle. — Tendances séparatistes et révoUilionnaires. — Origines et caractère du donatisme. — Les circonceliions. — Intervention du pouvoir impériaL — Haines entre catholiques et donatistes. — Incursions des Maures. — Le comte Romanus. — Révolte de Firmus. — Puissance du parti donatiste à la fin du iv^ siècle. — Révolte de Gildon.

— Victoire de Mascezel. — Réaction catholique et romaine en Afrique. — Rôle conciliant de saint Augustin. — Fureurs des circonceliions. — Destruction du paganisme. — Révolte des donatistes et des païens. — L'Afrique au temps de l'invasion d'Alaric. — Conférence de Carthage.

— Lois contre les donatistes. — Révolte d'IIeraclianus. — Marcellinus et Apringius. — Fuite de Sabinus à Constantinople. — Intrigues avec la cour de Byzance. — Hérésie de Pelage et de Céleste. — Proscriptions et désagrégation complète de la société. — Les indigènes. — Berbères, Numides, Gétules et Maures. — Tribus et rois indigènes.

Le royaume des Vandales, enfoncé comme un coin au cœur de l'empire d'Occident, détermina .sa ruine. Retracer l'histoire de ce royaume sous le règne de son fondateur est l'objet de notre étude; mais il importe de rappeler les circonstances qui rendirent possibles et durables les conquêtes de Genséric.

L'Afrique, défendue par la mer, semblait à l'abri d'une invasion des barbares du Nord. Les avantages de sa position les attirèrent, au contraire, lorsqu'ils curent pénétré dans les j)l•<)^inccs méridionales de l'empire. Dès rannée 410, après le

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sac de Rome, Alaric )'(''.s()liit de ,s"ein])aivi' de celte coiitive, demeurée si prospèi"e (|ii'ellc paraissait alors la partie la j)]us riche, lâiiK; de la i'é|jul)]i(|iic romninc'. d Sui'lis de la \illc. dit un histoi'ieu ancien, les Goths ravagèrent la Campanie et la Lucanie, puis envahirent le Bi-utium. Api'ès v avoii' séjourné (|uelque temps, ils se j)i'éparèrent à passer en Sicile et de là en Ah'ique -. » « Alaric, l'épète le même auteui', se (hsposa à passer par la Sicile en Ah-ique, poui- s"y procurer un (Hahlissement stable. Mais l'Iiomme n'est point maître de réaliser ses projets sans l'assentiment de Dieu. Une tempête engluntit plusieurs des navires qu' Alaric avait rassemblés et en Jji-isa un grand nombre. Découragé par ce désastre, il délibéi-ait eu lui-même sur ce qu'il devait faire quand, frappé subitement d'une mort prématurée, il sortit de ce mondée» Il était réservé à Genséric d'accompHr le dessein d'abord conçu par le roi des Goths et de constituer au sud de la Méditerranée une puissance capable, par elle-même et par ses alliés, de tenir en échec toutes les forces du monde romain, de lutter victorieusement contre tous ses efforts, de devenir enfin le principal artisan de sa destruction.

Au temps d' Alaric, davantage encore à l'époque des Vandales, un état de trouble, permanent depuis plus d'un siècle, avait fait de l'Afrique romaine, pour une armée considérable, une proie facile à saisir, facile à consei-ver. La gueri*e civ ile et les proscriptions avaient préparé l'invasion des barbares, qui pouvaient espérer le concours de tout un peuple de bannis réduits à les accueillir comme des libérateurs. Ces trouijles avaient commencé dans les premières années du iv'' siècle, par une querelle religieuse de bien mince inq)ortance. 11 suffit

1. Salvien, De giibernalione Dei, VU (édit. Halm, M. (,.. A. A t I p. 94).

2. Jordanès, Getica, xxx (édit. Mommsen, 3/. G., A. A., t. V, pp. 98-99/.

3. Jordanès. /7e//crt, xxx (édit. Mommsen, M. G., A. A., t. V. p. 99).

diiuliqiiei- l)i'i(''\'omenl ses ocigincs et ses t'imcstes coiiséquencos, qu'on a eu occasion aillcui-s d'exposer en détail ^

Loi\s des dernières pers('M'uli(ins (jue les ehi'éticns eureni à souffj'ir, sous le règne de Dioclétien, les édits impériaux pronudo'U(''s en 303 axaient oi'donné la démolition des églises et avaient enjoint aux magistrats de se faire remettre par les évoques ci les pi-ètres, de hi'ùier ensuite, les écritures et les livres sacrés". Ces édits, pul)liés partout en A(Vi<(ue. v fui-ent mis à exécution le 19 du mois de mai 303 dans la Xunn'die et le o du mois de juin dans la pi-ovince Proconsulaire \ La persécution devint ])Ius \ioleute eu 3(14. Les édits, dont un, publié vers la fin de 303, ol)ligeait les chrétiens, non seulement à livrer les écritures saintes, mais à faire acte d'adhésion au culte de l'empereur, en offrant de l'encens à son image ou à des idoles'', furent apphqués avec une extrême rigueur.

Dans la Proconsulaire, les martyrs d'Abitine, au nombre de \ingt-neuf hommes, cinq enfants et dix-neuf femmes, moui-urent de faim dans les prisons de Carthage, après avoir subi avec une inaltéral)le constance les plus hoi'ril)les tor-

1. F. Martroye, U?ie tentative de révolution sociale en Afrique. Donatistes et circoncellions [Revue des questions liistoriques, t. LXXVI, pp. 353-410 (octobre 1904) et t. LXXVIl, pp. b-53 (janvier 1905).

2. Paul Allard, La persécution de Dioclétien, t. I, chap. m, p. 156.

3. Fallu de Lessert, Fastes des provinces africaines, t. Il, l"» partie. p. 13 : 2« partie, p. 312.

4. S. Optât, De schismate donatislarum, Lib. III, 8 (édit. Eilies du Pin. p. 62).

Donat, évoque de Mascula(Khenche]a), s'entendant accuser d'avoir livré les objets du culte appartenant à son église, répondait : « Vous savez combien Florus m'a recherché pour me faire offrir de l'encens. Dieu ne m'a pas laissé tomber entre ses mains. Pour le reste, puisque Dieu me l'a pardonné, réservez-moi aussi à son jugement. » (S. Augustin, Contra Cresconium, III, 26, 28; édit. Migne, P. L., t. XLllI, pp. 510-511).

C'était d'ordinaire devant la statue du prince qu'on traînait les martyrs chrétiens pour leur faire offrir de l'encens. (Gaston Boissier, La reliffion romaine d'Auguste aux Anlo)ilus. liv. 1. ch. n: ['apollicuse impériale, v, t. I, p. 181).

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jures ^ Dans la Xiimidie périront de môme sans doute les martyrs dont deux inscj-iptions célèbrent la mémoii-e'. Ainsi beaucoup de chrétiens, non seulement des évoques et des prêtres, mais des laïques, même des ])ersojmes considérables, aimèrent mieux souiïrir toutes sortes de supplices et la mort que de traliii- leur foi et de livrer aux per-sécuteurs le dépôt

1. Paul Allard. La -persécution de DiocléLien, t. I, ch. iv, p. 181 ; — Tillomont, Les saints Saturnin, Dative et leurs compaanons ; Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique, t. V, pp. 231-239 (édit. de Venise); — Pau! Monceaux, Hist. littéraire de l'Afrique chrétienne, t. III, pp. 141-147.

2. Inscriptions provenant d"Aïn-Regada (Aug. AudoUent, Mission épiçjraplûque en Algérie ; Mélancjes de l'École française de Rome, année 1890, p. 526). « Le gouverneur de la Numidie. Florus, dont l'odieux souvenir se conserva longtemps, dit Dom Leclercq, était un des ennemis les plus acharnés du christianisme.» (Dom Leclercq, L'Afrique chrétienne, Paris, Victor Lecoffre, 1904, t. I, p. 315). Comme l'indique d'ailleurs Dom Leclercq (loc. cit., note 2), le 20 novembre 303, Aurelius Quintianus avait remplacé Florus (Pallu de Lessert, Fastes des provinces africaines. Paris, Ernest Leroux, 1901, t. II, 2» partie, p. 314). Florus n'avait donc dirigé la persécution contre les chrétiens que pendant cinq mois tout au plus, et quand elle devint particulièrement violente, en 304, il avait cessé d'être en fonctions. (Cf. Paul Monceaux, Hist. littéraire de l'Afrique chrétienne, t. III, pp. 35-36.) S. Optât dit, il 'est vrai, « qu'il y eut en ce temps des juges impies, ennemis du nom chrétien, parmi lesquels furent Anulinus dans la Proconsulaire et Florus en Numidie. » (De schismate donatistarum, III, 8; édit. Ellies du Pin, p. 62), mais il n'accuse pas Florus d'avoir été plus cruel qu' Anulinus. Or, celui-ci ne parait pas avoir agi avec passion. On sait en effet qu'averti du subterfuge employé par Mensurius, l'évèque de Garthage, qui cacha et sauva les livres saints en mettant à leur place des écrits hérétiques que les persécuteurs emportèrent sans rien demander de plus, il ne voulut pas qu'on inquiétât cet évèque (S. Augustin. Breviculus collationis cum donatistis liber, Collatio tertii diei, xii ; Migne, P. L., t. XLIII. p. 638j. Naturellement, les chrétiens ne pouvaient voir que haine contre eux dans la conduite des magistrats chargés de la pénii)le mission de faire appliquer les édits, mais ces magistrats ne pouvaient qu'obéir aux ordres impériaux et appliquer les lois. On s'explique donc d'une part, l'horreur des chrétiens pour ceux qui avaient présidé à la persécution, surtout pour Anulinus dans le gouvernement duquel avaient l)éri les martyrs d'Abitine. On trouve la preuve de cette horreur dans le lait que le nom d'Anulinus reparaît à chaque instant dans les actes des martyrs: que la scène racontée se passe à Lucques. à Milan, à Ancône, sous Néron, sous Valérien, Gallien, Maximien, Dioclétien. le magistrat chargé de condamner les chrétiens, est appelé Anulinus. Pour les narrateurs de seconde main, ignorant les noms exacts des magistrats en fonctions aux époques et dans les localités dont ils parlent, .\nulinus est devenu le type du magistrat persécuteur (Edmond Le Blant, Les actes des martyrs, pp. 25 27). D'autre part, en se plaçant au point de vue de l'administration impériale, on s'explique aisément que ce même Anulinus, bon fonction-

L'AFRIQUt: AVANT L'INVASION DES VANDALES 5

sacré confié à leur fidélité ^ INIais ces glorieux exemples ne furent pas imités partout. Un grand nombre de chrétiens, même des évoques, se laissèrent arracher, par la crainte de Femprisonnement, les écritures dont ils avaient la garde. On les appela traditeurs et on leur fit un crime de leur peu de fermeté'. A Carthage, l'évéque Mensurius fut accusé d'a\'oir manqué de courage, et un certain nombre de fidèles se séparèrent de sa communion, à l'instigation de Donat, évéque dun endroit nommé les Cases-Noires, en Numidie\ Ce schisme local fut la première manifestation de la défiance dont les chrétiens étaient animés les uns envers les autres. Us ne voyaient partout que traditeurs, et ceux C{ui n'étaient

naire sur lequel on pouvait compter pour faire exécuter les ordres de l'empereur, indifféremment contre les chrétiens ou en leur faveur, ait pu être envoyé de nouveau à Carthage en- 312, par Constantin, quand il s'agit de rétablir la paix entre catholiques et donatistes. Son expérience des choses de l'Afrique semblait même le désigner pour cette mission. Son rôle dans la persécution n'est donc pas une raison suffisante de croire, avec M. Pallu de Dessert (o. c, t. II, 1^" partie, p. 14) que le proconsul de 303 et celui de 312 sont nécessairement deux personnages différents. Un changement de politique peut amener l'abrogation de lois antérieures, il ne peut déterminer un gouvernement, surtout un gouvernement autoritaire et purement administratif, à ne plus se servir, dans les mêmes emplois, des fonctionnaires qui les ont appliquées.

Les actes du martyre de saint Mammaire et de ses compagnons portent que le proconsul Anulinus mourut pendant le procès, en 305, et fut remplacé par Maximus. Ces actes, supposés ou altérés, ne peuvent inspirer confiance (Tillemont, Persécution de Diocléiien, note 33 ; Mémoires, t. V, pp. 617-620), mais l'indication qu'ils fournissent au sujet du remplacement d'Anulinus s'ajoute, pour leur donner quelque valeur, aux traits signalés par Edmond Le Blant comme marqués au sceau de l'antiquité (Edmond Le Blant, Les actes des martyrs, supplément aux Acta sincera de Dom Ruinart, 1882, § 114, p. 267). Anulinus dut, en effet, être remplacé à cette époque en Afrique, non par suite de sa mort, mais par suite de son rappel à Rome, si, comme il y a lieu de le croire, ce fut le même personnage, Annius Anulinus, qui fut préfet de la ville en 306 ^Borghesi, Iscrizione di Mario Massimo, Œuvres, t. V, p. 470) et préfet du prétoire en 307 (Borghesi, Prœfecti Prœtorio, Œuvres, t. X, p. 155.)

1. T'ûlemoni, La persécutio7i de Dioclétien, art. x; Mémoires (édit. de Venise), t. V, p. 28,

2. S. Optât, De scidsm. donatist., I, 13 (édit. Ellies du Pin, pp. 11-12).

3. S. Augustin, Breviculus collationis cum donatislis liber, coUatio tertii diei, xii (Migne, P.L., t. XLIII, p. 638).

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pas sans j-cproclics se iiKtiili'aiciit les plus ai-riciils à iiici-iininer les autres.

Mensui-ius mourut en 311. L'archidiacre Cécilien lut élu en sa place par le sufïVage de titut le ])euple, et Félix, évoque d'Aptonge, roedonna par l'imposition des mains ^ L'ne cabale, due à Tavarice et aux rancunes de différentes personnes, se forma aussitôt contre Cécilien. Mensurius a\;iit confié à des a ieillards, qu'il considérait comme des dépositaires fidèles, un grand nombre d'ornements précieux, en or et en argent, appailenant à son église, II se trouva que ces vieillards étaient des gens cupides qui avaient compté s'approprier ce dépôt. Quand le nouvel évêque les mit en demeure de le r-estituer, ils imaginèrent de détourner le peuple de la coi)imuni(»n de celui (jui voulait leur enlever leur proie. Ils trouvèrent des alliés dans deux ecclésiastiques de Carthage^ Botrus et Celestius, dont l'élection de Cécilien ruinait les prétentions au siège épiscopal, et dans une femme riche et influente, nommée Lucille: cette femme, impatiente de toute discipline, ne pardonnait pas à Cécilien une ivprimande que celui-ci avait eu à lui adresser, alors qu'il était encore diacre. Tous refusèrent la communion de Cécilien et tramèrent une intrigue pour faire déclarer son élection vicieuse. On envo\a prier Secundus de Tigisis -, ])rimat de la Numidie, de venir à Carthage ^ 11 s'y rendit, en compagnie d'autres évoques de cette province, parmi lesquels plusieurs étaient des traditeurs

1. Cf. F. Martroye, o. c. iRev. des questions kistoriques.A. LXXVI, octobre 1904, pp. 9 et suiv.).

2. Ain-el-Bordj (Tissot, Géographie comparée de la province romaine d'Afrique, t. II, pp. 420423).

3. Aucune règle, ni aucune coutume n'exigeait, pour la nomination ou l'ordination de l'évèque de Carthage, l'intervention du concile d'Africiue et du doyen de la Numidie (Mgr Duchesne, Bulletin critique, année 1886, t. VU, pp. 123-130; — Dom Leclercq, L'Afrique c/irétienne, t. I, p. 337, noie 2). Sur l'organisation des Lglises i)rimitives, voir Mgr Pierre Batiffol, L'Église naissante {Revue biblique, t. III. 1894, pp. 503-521, t. IV, 189b, |)p. 137-159, et j)p. 47.3-500. t. V. 1896, pp. 360-380).

a\éi'és dont un concile tcini àCirta, apparemment en 30o ^, nous fait connaître, ])ar leurs propivs a\eu.\, le caractère peu édifiant ".

P<»ui' les amener à prononcer une sentence contre Cécilien, Lucille leur paya une somme considérable qu ils se partagèrent, et ils se réunirent en un concile où ils turent au nombre de soixante-dix. Cécilien s'abstint de paraître parmi eux; ils le jugèrent sans l'entendre. Xe pouvant rien trijuver à lui reprocher, ils alléguèrent que son (ji-dination a\ait été faite par des traditeurs, et, pour ce motif, la déclarèrent nulle. Afin de donner une apparence à ce prétexte, ils condanmèrent, comme traditeurs, certains collègues de Cécilien et spécialement Félix d'Aptonge \ Puis, ils ordonnèrent évèque un domestique de Lucillt^, nommé Majcjrinus, qui avait été lecteur dans la diaconie de Cécilien '*. Après avoir ainsi donné satisfaction au groupe d'avares et d'andiitieux qui avaient provoqué leur intervention, ils enxoyèrent pai'tout des lettres qui, comme ils l'espéraient, trompèrent aisément l'opinion publique. Le bruit s'était répandu en Afi'if[ue qu'il y avait des ti'aditeurs pai'mi les évè([ues ; ceux (pii l'étaient r«'ellement \(»ului-eiit d(''tourner d'eux l'attention, en chargeant de leui's fautes Cécilien et les évèqucs (|ui l'avaient ordonni'' "'. Ils réussirent, l'n gi-and nombre de prêtres et de fidèles ajoutèrent foi à ces lettres, et se séparèrent de Cécilien.

Bientôt, dans toute rAfi'i([ue, les clnvtiens se trou\èrent divi.sés en deux partis. 11 ne tai'da pas à y avoir dans plu-

1. Paul Allai'd, Perséculion de Dioclétien, t. II. p. 21. note I.

2. F. Martroye, o. c, Rev. des quest. hisl., t. LXXVI (oct. 1904).

3. S. Augustin, Breviculus coUationis cura donalistis liber, co\\'A\.\o tertii diei, XIV (Migiie. P. L.,{. XLIII, p. 039).

4. S. Augustin, Epistola xliii (Migne, P. L., t. XXXIII, p. 159); — S. 0\^{di\, De schisrn. donalht., I, 19 (édit. Ellies du Pin, i). 17).

o. S. Optât, De schisrn. donalist., 1,20 (édit. Ellies du Pin, p. 17).

GENSliRIC o

sieurs \ill(\s deux évoques et deux églises. Les partisans de Majoi-inus l'ureul dans la suite d<''signés sous le nom de donatisles, soil |)aif e (|ueDonat,é\ê(jued('s Cases-Xoii'es, en Xuinidie, était le ])lus aneien auteur du schisme \ S(/il pai'ce qu'ils t'urcnl bientôt ])()ur \(''rital)le clicf un pei'sonnagc dune grande A'aleui', nommé également Donat, (jui après la mort de Majorinus " devint leur é^ êqiic à Carthage et fut le plus illusli-e d'entre eux^. Leur nombre grandit rapidement et la division apparut partout, jusque dans les familles*.

Le différend entre catholiques et donatistes était pourtant bien minime. 11 était uniquement relatif à la question de savoir si les évêques ordonnés par de prétendus traditeurs

i. Baronius, Aiin., 30G, XLI; — Paul Allard, l'ersécution de Dioclélien, t. II, p. 272, note 2.

2. On n'a point de preuve que Majorinus ait vécu au delà de l'an 313 (Tillemont, Donatistes, art. xxvii ; Mémoires, t. VI, p. 64).

3. La requête adressée par les donatistes à Constantin en 313 porte la souscription suivante : datse a Luciano, Digno, Nasutio, Capitone. Fidentio et Cceteris e])iscopis partis Donati (S. Optât, De schism. donatist., I, 22; édit. Ellies du l'in, p. 19). La fin de ce texte, et csetens episcopis partis Donati, a fait douter de son authenticité; d'autre part, on a cru devoir l'expliquer en supposant que les mots « cfeteris episcopis partis Donati » ne figuraient pas dans l'original, que la citation de saint Optât s'arrêtait à ces mots et qu'ils ont été libellés par saint Optât luimême, pour résumer la fin de la pièce qu'il n'y avait pas intérêt à citer textuellement (Mgr Duchesne, Le dossier du donalisme : Mélanges de l'École française de Rome, ann. 1890, pp. 608-609). Gettehypothèse ne paraît point admissible, car elle est en contradiction évidente avec ce que dit saint Optât lui-même. Comme preuve de l'orgueil et de la vanité de Donat de Carthage, qui le poussèrent à se mettre à la tête des schismatiques pour avoir un parti qui portât son nom, saint Optât rappelle et cite de nouveau la fin de la requête adressée à Constantin « et cœteris episcopis partis Donati » (S. Optât, De schism. donatist., lli. 3; édit. Ellies du Pin, p. 54). Il est donc bien certain que ces mots figuraient dans le texte original que saint Optât a eu entre les mains. Peut-être, lorsqu'il reproche à Donat de Carthage d'avoir donné son nom au parti dissident, le confond-il avec Donat des Cases-ÎVoires, le premier auteur du schisme ; peut-être aussi celui qui fut Donat de Carthage était-il. dés l'époque où fut rédigée la requête, le principal défenseur des schismatiques, au service desquels il pouvait avoir déjà mis le talent qui le désignait pour être le véritable chef de son parti. Ce qui est certain, c'est que, dès cette époque, les schismatiques s'intitulaient le parti de Donat.

4. S. Augustin. Ep. cviii, 17 et seq. (Migne, P. L., t. XXXIII, p. 40oj : — S. Optât, De schism. donatist., ii, lo (édit. Ellies du Pin, p. 36).

OU par les successeurs de ces derniers l'avaient été valablement. Quant au reste, aucune discussion ne s'était é\e\ée entre leschrétiensd'Afrique. Tousavaient les mêmes croyances, tous recevaient les mêmes sacrements ^ 11 en fut du moins ainsi dans le principe. Plus tard, les donatistes adoptèrent la coutume de rebaptiser ceux qui venaient à eux, ce qui était contraire à la doctrine catholique. Mais ils ne faisaient en cela que suivre une coutume ancienne, puisqu au temps de saint Cyprien, cinquante ans auparavant, on rebaptisait, dans l'église d'Afrique, les chrétiens qui y arrivaient d'autres provinces". D'ailleurs ce fut pour examiner cette coutume que, vers l'année 380, les donatistes réunirent à Carthage, en un concile, deux cent soixante-dix de leurs évêques, et cette assemblée décida que si les traditeurs (ils désignaient ainsi les catholiques) ne voulaient point être baptisés, on communierait néanmoins avec eux ^ Il est vrai que la règle ainsi établie ne fut pas toujours observée et que les donatistes n'en continuèrent pas moins à imposer un second baptême à leurs nouveaux adeptes. Il n'en est pas moins certain qu'à l'origine, les donatistes ne différaient en rien des catholiques. Aussi, il n'y eut d'abord, semble-t-il, aucune haine entre les sectateurs des deux communions. On ne connnença à se détester que le jour où le pouvoir impérial intervint dans la discussion religieuse.

Peu de mois après la double élection de Cécihen et de Majorinus, le 27 ou le 28 octobre 312% les troupes de Maxence avaient été défaites, aux portes de Rome, près du pont Mil-

■1. S. Optât, De schism. donatist., m, ii : — S. Augustin, Conlra Cresconium, ii, 2 (Migne, P. L., t. XLIII, pp. 468-469).

2. Tillemont, Donalintes, art. xxxiii; Mémoires, t. VL p. 80.

3. S. Augustin, Ep. xciii, 43 (Migne, P. L., t. XXXIIL p. 342).

4. Tillemont, Constantin, note 32; Empereurs, t. IV, p. 633. Lactance {De moiiibus persecutorum, U) dit que Maxence fut défait et périt le VI des calendes de novembre (27 octobre), mais il ajoute qu'il périt le jour anniversaire de son élévation à l'Empire. Or, il fut proclamé Auguste le 28 octobre 306 (Tillemont, Empereurs, t. IV, p. 95).

\ ius, cl Ma\<'iic( a\aif [x'-ri dans les eaux du Tibre. Constantin (■'tail devenu du inrme coup maître de l"AtVi([ue eomnie de l'Italie. Pidrle a la polilicjue (juil sui\ail à sa cour et dans toutes les |)n»\iucc. soumises à son ;:uloril('', Gonslaulin chercha à satisfaire, eu .\tri(jue, les païens et les clu'(''ticns ^ 11 s'empressa d'aboi'd de niai'<juei' sa biein cillance aux païens, cpii à cette époque foi-maient encore peut-èti-e la j)artie la |)lus importante de la population. Il les autoi-isa à (-(instituer des sacerdoces en Ihoimeur de la famille (laxienne'-. Il s'occupa ensuite de plaire aux chrétiens. En Si 3, il chai'gea l'é\ècjue Osius de Cordoue de sa correspondaiice avec eux'', et fit adresser deux édits au proconsul Anuliinis. Le premier de ces ('dits ordomiait de re.stituei* sans relard aux (dn'(''tiens les lieux (pii leur appartenaient*, sans demander en retour aucun prix, ni aucune pi'estation, le fisc demeurant chargé d'indemniser les ac(|uéreursou les donataires de ces biens '^ ; le second exemptait les eccl<'\siastiques des charges publiques. Constantin, \()ulant désign<'r le clergé qui devait a\<>ir droit à ce \wï\\lège, se sei'vait d<' ces mots : « L'Eglise catholique à laquelk' prc'side Cécilien*^ ». Enfin, dans une lettre adi'essée à Cécilien lui-même, l'empei-eui* informait ré\è(pie de Carthage de .sa l'ésolution daccordei' un subside à di\ers ministi'es de l'Eglise cathorK| ne dans lAfrique pi'o])i'ement dite, la Xumidie et la Mauritanie.

J. Duriiy, Histoire des Romains, ch. lx.wii (édit. in-S", t. Vil, p. 144.)

2. .Vurelius Victor, De csesai-ibus, xl (édit. Panclcouke, pp. 298-299.)

3. Eusëhe, Histoire ecclésiastique, x, 6 (Migne, P. G., t. XX. p. 891).

4. Notamment leurs basiliques et leurs cimetières et catacombes. Cf. Stéphane Gsell, Monuments antiques de l'Alf/e'rie, t. II, pf). 11(5, 120, 183 et suiv.; et Mélanges de l'École franr. de Rome, 1901, p. 2013.

5. Eusèbe, llist. eccles., x. .5 (Migne, P. (;., t. XX, p. 883).

M. Pallu de Lessert pense que cette pièce, qui n"est pas datée, dut suivre d'assez près la victoire du Pont Milvius [Fastes des provinces africaines. t. II, p. 18). Mais elle ne peut être d'une date antérieure à 313, étant adressée à Anulinus, proconsul en cette année. Cf. Paul Monceaux, Hisf. littéraire de l'Afrique c/trétienne, t. III, p. 41.

6. Eusèbe, Hist. eccles., x, 7 (Migne, P. G., t. XX. p. 894).

Le désir d"a^uil' pai't aux bienfaits de lempereiir et d'en priver leurs advei'saires détermina les seiiismatiques à une démarche qui fut l'origine de luttes et de troubles sans fin. Peu de jours après (ju'Anulinus eut communiqué à l'évéque de Cartilage et à son clei'gé les écrits impériaux en faxeur des catholiques, quelques personnes, accompagnées d'une multitude de peuple, se présentèrent au proconsul, lui exposèrent qu'elles croyaient avoir des griefs contre Cécilien, et lui remirent une requête scellée, avec diverses pièces, le tout enveloppé dans une poche de cuir; Anulinus transmit ce dossier à l'empereur ^ Saint Optât rapporte en ces termes une partie fki texte de la re([uète des dissidents : « Nous nous adressons à \ous, Constantin, tivs-excellcut empereur, parce que vous êtes d'une race juste et fils d'un père qui n'a point exercé de persécutions, comme l'ont fait les autres empereurs. Des différends s'étant élevés entre nous et les autres évêques d'Afrique, nous supplions \'oti'e piété de nous faire donner des juges dans les Gaules, où le crime de livrer des choses sacrées n'a pas été commis. Donné par Lucianus, Dignus, Nasutius, Capito, Fidentius et autres évêques du parti de Donald »

Conformément à la demande des donatistes, Constantin désigna trois évêques gaulois qui avaient alors une grande autor-ité dans l'Eglise, Maternus de Cologne, Ilheticius d'Autun et Marinus d'Ai'les^. Il leur ordonna de se i-endre à Rome pour juger avec le pape jNIiltiade la plainte portée contre Cécilien, ([ui reçut également Fcjrch-e de se rendre à Rome et fut autorisé à se faire accompagner de dix évê(jues, choisis parmi ceux qu'il croirait les plus utiles à sa défense. D'autre part, il avait été enjoint à ses adxersaires de déléguer (hx de

■1. S. Augustin, Ep. lx.xxvih (Migne, P. L.. t. XXXIII, p. 302.)

2. S. Optât, Deschism. donalist., i, 22 (édit. Ellies du Pin, p. 19), Au sujet de la fin de ce texte, voir p. 8, note 3.

3. S. Optât, De schisin. domUist., i, 23 (édit. Elli(>s du Pin, p. 20.

leurs évoques pour soutenir l'accusation ^ Les trois évoques gaulois no jugèrent pas seuls a^•cc le pape la cause qui Icnir avait été déi'éi-ée; quinze évoques Italiens se joignirent à eux-. Ces (li.\-hui< évoques et le pape s'assemblèrent le 2 octoljre 313, dans la maison de Fausta, au palais deLatran. Ils tinivnt trois séances. On examina d"aboi-d, semble-t-il, la valeur morale des accusateurs, et Donat des Cases-Noii-es fut écarté comme indigne. On entendit ensuite les témoins produits par les donatistes. Ils a\ouèrent n'avoir rien à dire contre Gécilien. On repiocha aux ad\ersaires de celui-ci d'avoir empêché de comparaître des personnes dont le témoignage était nécessaire. Ils promirent de les représenter le lendemain ; mais le lendemain, loin d'amener ces témoins, eux-mêmes firent défauts Le concile n'en continua pas moins à examiner la cause de Cécilien et à l'unanimité le déclara innocent \

Ce jugement n'était pas de nature à rétablir la paix religieuse en Afrique. L'absolution de Cécihen équivalait à la condamnation formelle de ses adversaires et de^'ait avoir nécessairement pour conséquence, non seulement la déposition de Majorinus, évêque schismatique de Carthage, mais aussi la déposition de tous les évêques qui partageaient sa communion. Or ceux-ci étaient déjà en très grand nombre et avaient pour eux une grande partie de la population chrétienne dans toute l'Afrique. On ne pouvait s'attendre à les voir se soumettre à l'arrêt du concile de Rome, la soumission entraînant pour eux la démission. Les schismatiques avaient, il est vrai, sollicité eux-mêmes un jugement, et s'étaient par

1. Eusèbe, Hist. eccles., x, a (Migne. P. G., t. XX. p. 287).

2. Cf. Revue des questions historiques, t. LXXVI, pp. 368 et suiv., octobre 1904.

3. S. Optât, De schism. donalist., i, 24 (édit. Ellies du Pin, p. 21); — S. Augustin, Breviculus coUationis cum donatistis liber, collatio tertii diei, 12 (Migne, P. L., t. XLIII, p. 637).

4. S. Optât, De schism. donalist., i, 24 (édit. Ellies du Pin, p. 21).

conséquent engagés à s'y soumettre. Mais ils avaient demandé à éti'e jugés par des évoques gaulois, aucun de ceux-ci ne pouvant être soupçonné d'avoir été traditeur ou d'avoir à ménager des traditeurs : ils ne s'étaient point engagés à comparaître devant un tribunal où, sur dix-neuf membres, seize étaient Italiens. On peut penser qu'ils ne laissèrent point de faire valoir ce grief contre le concile de Rome. Ils accusèrent même le pape Miltiade d'être lui-même coupable d'avoir livré les écritures et offert de l'encens, et ajoutèrent que c'était pour cette raison qu'ils avaient évité son jugement en faisant défaut. Ils interjetèrent appel à l'empereur, alléguant (|ue les évêc[ues du concile de Rome étaient trop peu nombreux et avaient jugé sans débats, suivant leur bon plaisir.^

Cependant ils ne cessaient d'accuser violemment Cécilieii et surtout Félix d'Aptonge, dont la culpabilité entraînait, suivant eux, la condamnation de Cécilien. Aussi répétaient-ils que le concile de Rome, ne s'étant pas occupé de Félix d'Aptonge, n'avait point examiné l'affaire tout entière ^ Leur agitation décida Constantin à ne pas s'en tenir au concile de Rome. Il résolut de faire décider la question qui divisait les chrétiens d'Afrique par une sentence solennelle à laquelle on ne pût opposer aucune objection. Il reçut donc l'appel formé parles schismaticpies, et le déféra à un second concile, assemblé à Arles en 314 ^ Les actes de ce concile ne nous sont point parvenus et ses décisions ne sont connues cpe par la lettre des évêques à saint S\lvestre '*, qui, le 1" fé\rier de

1. Epistola Constantini imp. ad Ablavium (S. Optât, édition Eliies du Pin, p. 283) ; — Lettre de Constantin à Crestus, e'véque de Si/raeuse (Eusèbe, Uist. eccles., x, 5; Migne, P. G., t. XX, p. 887; — llardouin, Conciliovum collectio maxima. t. I, p. 259). Sur l'authenticité de ces lettres, voir Ducliesne, Le dossier du donatisme [Mélaurjes de l'École française de Rome. année 1890, p. 633).

2. S. Augustin, Ep. l.x;xxviii (Migne, P. L., t. XXXIII, p. 302).

3. Cf. Revue des questions historiques (oct. 1904), t. LXXVI, pp. 376-380.

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