‹ GenséricChapitre 68 sur 266 · Ibid. ; — .Salvien, De f/ubernalione Dei · texte numérisé non relu

Ibid. ; — .Salvien, De f/ubernalione Dei

une cuui' de la (K'iiunirc du roi, en plein soleil, xcrs llieure de midi. Exténués de chaleur, ils se couchèrent à tefie el s'endormirent. L'n aigle \int à passer, et arTêtant son vol, plana les ailes étendues au-dessus de la tête de Marcien. Genséi'ic, ([ui d'un étage dominant la cour examinait les captifs, considéi-a ce fait comme un prodige. Il fit ap|)eler l'homme ainsi désigné à ses regards, et lui demanda qui il était. Marcien répondit qu'il remplissait auprès d'Aspar les fonctions de secrétaire intime, de « domestique ». Cet emploi auprès d'un des personnages les plus considérables de l'Empire, qu'il pouvait être avantageux d'obligei-, décida Genséric à jnénager Marcien. 11 se dit que d'ailleurs, s'il ne se trompait point en considérant ce qu'il venait d'observer comme un pj-ésage des destinées réservées à cet h(jmme, il s'opposerait en ^ ain au.\ desseins de Dieu, et que ce qu'il pouvait faii-e de mieux était de rendre la liberté à ce prisonnier, en exigeant de lui le serment de ne jamais porter les armes contre les Vandales ^ Sui\ant une anecdote, un phénomène semblable aurait été précédemment la première origine de la fortune de Marcien. A 1 époque où la guerre fut entreprise contre les Perses, raconte Théophanes, Marcien était simple soldat. Il partit de Grèce pour la Perse a\ec le corps dont il faisait partie . Arrivé en Lycie, il tomba malade à Sydema et y fut laissé. 11 resta longtemps dans cette ville et s'y lia d'amitié avec deux frères, Julius et Tatianus. Ceux-cile recueillirent dans leur maison, où ils le aai-dèrent pendant sa convalescence. Un jour qu'ils allaieiit à la chasse, ils l'emmenèrent a^•ec eux. Vers midi, les trois jeunes hommes, se sentant fatigués, se couchèrent à terre et s'endormirent. Quand Tatianus s'éveilla le premier, ilapei'cut Marcien qui doi-maitau soleil, et un aigle qui, planant au-dessus de lui. de ses ailes étendues, le tenait à l'ombre. Frappé d'un fait si

1. Procope, De bello vand., i. 4 (C. ^'. H. B., pp. 32o-3i>T): — Théophanes, Chvonorjr., a. 4i3 (C. S. H. B., p. 161).

extraordinaire, Taliaiius éveilla son IVèi'e et Ini montra ce prodig-e que tous deux considérèrent longuement. Ils linirent par tirer Marcien de son sommeil et lui dirent : u Si jamais tu arrives à l'Empire, quelles grâces répandras-tu sui- nous? » Marcien leur répondit : (c Je ne suis pas de ceux auxquels pai-eille fortune peut être réservée. » Mais ils insistèrent, irpétant toujours la même question. Alors Marcien leur dit : « Si Dii'u ^eut que cela m'arrive, je vous nommerai sénateui-s. » Ils lui donnèrent deux cents pièces de monnaie, en lui disant : « Pars poui' Constantinople, et sou\iens-toi de nous quand Dieu fain-a élevé au rang suprême ^ » Marcien s'en alla et s'attacha à Ardabure et à Aspar qui étaient de la secte des ariens. Il était avec eux depuis quinze ans et était devenu leur- domestique, c'est-à-dire, suivant Procope, leur secrétaire intime, quand il sui\ it Aspar dans son expédition contre Genséric ".

Boniface, rentré en Italie, y fut accueilli avec tlueur''. Placidie, voulant l'opposer à Aëtius dont elle craignait l'and)!tion', lui accorda le titre de patrice et le nomma maître de la milice à la place de sou rival (|ui était en possession de

1. Cette historiette était sans doute un de ces incidents romanesques très goûtés jadis dans les écoles de rhétorique (Gaston Boissier, La fin du paganisme, t. I. p. 189). Les historiens byzantins l'ont apparemment empruntée aux déclamations des rhéteurs, 'l'héophanes la raconte deux fois de suite, comme on vient de le voir, à propos de Marcien : on la retrouve à peu de chose près dans la vie de Basile le Macédonien (Charles Diehl, Figures byzantines, p. 159). Les prodiges paraissaient en quelque sorte une nécessité de style dans l'histoire des commencements d'un homme destiné à s'élever du dernier rang aux ])remières dignités de la terre. Cet exemple montre qu'il ne faut point facilement ajouter foi aux anecdotes dont les Byzantins se plaisent à orner leurs récits et à leur a|)parente crédulité, en toutes choses beaucoup plus souvent feinte que réelle, comme le remarque judicieusement Lebcau [lUsloire du lias-Etnjiire, t. XIII, p. 18.3).

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