‹ Gentile Bellini et Sultan Mohammed II notes sur le séjour du peintreChapitre 23 sur 29 · Biographie universelle (Michaud), t. XXXIII, p · texte numérisé non relu

Biographie universelle (Michaud), t. XXXIII, p

6. Voy. à l'appendice, n* 3. c He was a mighty but bloodthirsty monarch », écrit Evliyà Efendi : Narrative of travels..,^ t. I, p. 31. Voir à ce propos, dans le même ouvrage, l'appel en justice d'un architecte i qui le Sultan avait fait couper les deux mains, p. 68.

encore complètement abandonnée. La première est relative à la mort de cette esclave que le Sultan aimait, et qu*il tua, pour échapper à l'influence pernicieuse qu'elle exerçait sur lui ; la seconde est Fhistoire de la pastèque qui, sous la plume de Spandugino, est transrormée en une bouffonnerie sanglante.

C'est le moine Bandello qui tout d'abord a donné cours à la première de ces légendes. D'après lui, Mohammed, captivé par les charmes et l'amour d'une esclave favorite, appelée Irène, se serait endormi dans la mollesse et aurait négligé ses devoirs de guerrier et d'empereur. Pour apaiser les murmures de ses janissaires, qu'une telle conduite avait révoltés, le Sultan aurait assemblé ces derniers, fait venir cette esclave en leur présence et, après l'avoir mise nue pourleur faire admirer sa merveilleuse beauté, il lui aurait ensuite tranché la tête d'un coup de son cimeterre, pour bien les convaincre qu'il ne serait jamais à la merci d'une femme \ Mais, comme le remarque Guillet, « Matheo Bandelli, qui a écrit cette histoire et de qui chacun l'a copiée, semble en avoir osté toute créance par les fautes qu'il y a faites contre l'ordre des temps et contre le nom et le rang des personnes qu'il y a introduit V » Angiolello la raconte à son tour : dans son récit sobre, ce drame, débarrassé de l'appareil théâtral qui le rend si justement suspect chez Bandello, respire un sentiment d'énergie farouche et de cruauté froide qui est bien dans

1. La prima parte de le novelle del Bandello, Londra, 1791, in-8, t. I, novella X», p. 249-265. Elle est dédiée al Magnifico e vertuoso messer Gio, Baitista Schiaffenaio. c In questa novella, écrit Bandello, vederete quanlo s'ingannino coloro che ogni lor disordinalo appetito chiamano amore >, p. 251 {préfacé).

2. Histoire du règne de Mahomet IL.. Paris, 1681, 1. 1, p. 293. Hammer croit que ce qui a donné naissance à celle histoire qu'il rejette comme une fable, est la mort d'Anne Erizzo, fille du gouverneur de Négrepont, massacrée en 1470, par ordre du Sultan, pour n'avoir pas voulu céder à sa luxure. Histoire de V Empire ottoman, 1. III, p. d3o, et 395 note XXI.

le caractère de rhomme impitoyable auquel il est attribué. <c Sultan Mohammed, écrit Jean-Marie, avait dans son sérail nombre de Temmes, parmi lesquelles en était une très belle qui lui plaisait beaucoup, si bien qu'il se prit d'un tel amour pour elle, qu'elle Tépuisait : c'est ainsi qu'il négligeait beaucoup d'entreprises qu^il aurait faites en bien plus grand nombre, encore qu'il en fit beaucoup. Donc, ayant reconnu son erreur, il résolut de se débarrasser de cette femme, à Tinfluencede laquelle il ne pouvait se soustraire qu'en la faisant périr. Un jour, étant allé au sérail et se trouvant seul avec elle, il tira son poignard et la tua ; et cela fait, il en eut une telle douleur qu'il resta comme malade. Ensuite, ses regrets passèrent, et c'est ainsi qu'il vain* quit et perdit l'amour qu'il portait à cette femme * Ledit seigneur, continue Jean-Marie, avait un jardin où il prenait grand plaisir : il y avait fait semer différentes choses, entre autres des pastèques. Lorsqu'elles furent sorties de lige, il y alla un jour et vit une pastèque, et défendit aux janissaires de sa suite d'y loucher. Étant retourné dans le jardin, les jours suivants, avec les mêmes janissaires, il ne trouva plus la pastèque ; il demanda à ces derniers qui d'entre eux l'avait mangée, car ils étaient entrés un peu avant lui dans le jardin. Chacun d'eux de répondre qu'il ne l'avait pas mangée. Le Sultan résolut de trouver la vériié : il commença par faire ouvrir le corps d'un de ses gardes et, par bonheur pour les autres, il se trouva que celui-là avait

1. Mohamed II, qui avait une admiration particulière pour Alexandre le Grande aurait pu s'inspirer de la conduite du prince macédonien, qui consentit à se séparer d'une esclave d'une beauté parfaite qu'il aimait, pour la donner à Apelles. Alexandre avait chargé son peintre favori de peindre toute nue cette esclave, nommée Campaspe, mais l'artiste, à la vue de tant de charmes, était tombé malade d'amour. Alexandre, informé du fait, n'hésita pas à lui faire le sacriGce de sa passion, et lui donna l'esclave. Voy. Pline, Histoire naturelle^ 1. XXXV, 40-13 ; et Beroalde, qui rapporte ce trait, d'après l'écrivain latin, dans son traité de optimo statu et principe, Bologne, 1497, in 4.

mangé la pastèque ; ses camarades ne furent pas inquiétés '• » Raconté avec celte simplicité, ce récit gagne en vraisemblance et semble ne s*accorder que trop bien avec le naturel sanguinaire du Sultan. Quant à Spandugino, qui le rapporte à son tour, il le rend incroyable et ridicule par l'exagération dont il croit devoir l'assaisonner. Ne va-t-il pas dire que le Sultan fit ouvrir le corps à quatorze de ses pages, et que si la pastèque n'avait pas été trouvée dans l'estomac de la dernière victime, les trois cents pages qui composaient l'escorte de Mohammed auraient subi le même sort ' ?

Pour revenir à Gentile Bellini, après avoir pris congé du Sultan, comme on l'a vu précédemment, il quitta Gonstantinople dans les derniers jours de l'année 1480 ; et après une heureuse traversée, il débarqua à Venise, où il reçut de son Trère et de « presque foute la ville », qui l'attendaient au sortir de la galère^ le plus chaleureux accueil '. Appelé devant le doge et le Conseil pour rendre compte de sa mission, Gentile Bellini fut vivement félicité de la manière dont il l'avait remplie ; et la Seigneurie, pour montrer le cas qu'elle faisait de la lettre écrite au nom du Sultan en faveur de Gentile, assigna à ce dernier une pension de deux cents écus d'or qui lui fut payée jusqu'à sa mort*.

De retour à Venise, Gentile Bellini commença ou termina la médaille de Sultan Mohammed. Elle présente de nombreuses

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