Vasari, £« Fi7c, p
2. Voici la description que font de ce portrait MM. Croweet Cavalcaselle. « The présent possessor it Mr. Layard, who bas decipbered an inscription and caused tbe painting to be restored. As a portrait, tbis injured pièce is still of eztraordinary interest ; and "wbilst it présents to us tbe linéaments of tbe "wiliest of orientais, it cbarms us by tbe wondrous finisb of tbe parts wbich bave resisted tbe ravage of Urne... Tbe picture represents a bust of tbe Sultan in an arcbed opening, turbaned and bearded : a ricb carpet falls over tbe window-sill in front ; beautiful carved ornament déco* rates tbe arcb frame-posts. Tbe picture is ill preserved, but of remarquable finisb, painted on very fine canvas witbout gesso. Tbe inscription as rescued from an old oveniaub of paint, run tbus : Terrar. Marisq. Vicier ac domalor orbis... SuUan.,. inle... Mahometi résultat are vera Gienlilis mtlitis aurait Belini naturœ... qui cuncla reducit in propria... jam proprio simul. cre MCCCCLXXX Die XXV mensis Novembris. A fur collar of a brown tinge about tbe Sultan's sboulders is restored. Hisl. of painting in North Ilaly, 1. 1, p. 126 et note 4. Le portrait du Sultan, gravé au trait, est donné à la page suivante d après celui qu'a publié sir Layard dans son ouvrage, Handbook of painling, t. I, p. 403.
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ET SULTAN MOHAMlfÈD II 51
vigoureuse était déjà atteinte par les fatigues de toutes sortes, par les préoccupations^ les débauches et les aphrodisiaques qu'il prenait pour réveiller sa vigueur épuisée. On peut dire qu'à ce moment, Sultan Mohammed était un homme usé : c'est à force d'énergie et de volonté qu'il matait ses souCErances physiques : à mesure que ses forces Tabandonnaient, son ambition semblait grandir ; mais le moindre accident allait suffire pour l'abattre. On le savait bien, en Occident, et déjà on avait annoncé sa mort prochaine. « En Tan 1480^ les succès du Sultan iront en décroissant, et lui-même mourra bientôt », écrivait Giovanni Manni \ le moine dominicain ; et^ de fait, sa
1. I^ 8 décembre 1480, paraissait i Gènes un opuscule du moine Giovanni Nanni de Yiterbe, de Tordre des frères prêcheurs, dans lequel il prédisait la mort prochaine du Grand Turc et le triomphe des princes chrétiens. Il mettait son ouvrage sous le patronage du pape Sixte lY et lui souhaitait, ainsi c qu'aux rois très chrétiens de France, d'Espagne, de Sicile en-deça du Phare, de Hongrie et à riUustrissime Sénat de Gènes, la paix perpétuelle et la victoire sur leurs ennemis » (aiii). Je ne suivrai pas l'auteur dans le développement de ses théories qu'il termine par des conclusions où il cherche à les prouver. Fervent adepte de l'astrologie, il fait intervenir rinfluence des astres pour expliquer les événements accomplis. Je parlerai seulement de sa dixième conclusion qui est assez curieuse, en ce sens qu'elle s'est trouvée justifiée, en partie : c Décima conclusio : Favor Turcorum incipiet decrescere anno Salutis M. cccc. l.xxx, et incipiet paulatim devolvi ad Christianos... erit jam hujus Turci vita brevis >, dît-il; en même temps, il engage les princes chrétiens de ne pas s'épouvanter de la prise d*Olrante c nec stupor sit adventus ejus in Âpuliam > ; et il termine sa péroraison en priant les rois de faire la paix entre eux et de se liguer contre les Turcs : c Gur igitur in viam contra hostem generis humani, unio contra hostem regum et nobilium non consurgitis ? cur moramini ultionem ûdei et sanguinis nobilium Christianorum ? cur legationes vestras cum olivo pacis non committitis? ...» fol. YI verso. Joanniê Annii (sic) Ord. Prœd. De futuris Christianorum triumphis in Turchos et Saracenos... Genuœ, 1480, in-4, goth. L'année suivante paraissait à Nuremberg un petit traité non moins rare, où les succès des Turcs sont attribués i l'aveuglement des Chrétiens qui s'entredéchirent au lieu de se liguer contre les Infidèles, à celui des prélats et des princes séculiers, c II y aura une rénovation, l'Église sera réformée dans sa tète et dans ses membres », comme le dira
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prédiction ne devait pas tarder à se réaliser. La simple inspection du portrait du Sulian laisse peu de doutes à cet égard. Il importe toutefois de remarquer que la gravure de ce portrait, donnée par MM. Growe et Gavalcaselle, par sir Layard, et reproduite ici, fait une impression qui s'éloigne beaucoup de celle qu'on ressent à la vue de la photographie du même portrait. N'ayant pas vu l'œuvre originale de Gentile Bellini, je ne puis que signaler les différences 1res sensibles que présentent entre eUes la gravure el la photographie, tout en accordant, à priori, la préférence à cette dernière. Sur la photographie, la partie cylindrique du turban a disparu ; la moustache et la barbe sont confondues, elles couvrent entièrement la bouche et le menton ; celui-ci, dans la gravure, est dépourvu de barbe; aussi le nez semble-t-il s'en rapprocher davantage, par suite de l'absence de dents ; les joues sont creuses , les pommettes saillantes, l'œil dur et vitreux ; toutefois, l'expression générale de la physionomie respire plus l'énergie que sur la photographie, où pourtant ces caractères de sénilité sont adoucis et comme fondus. A droite et à gauche du cadre, se voient les couronnes des trois empires de Constantinople, d'Iconium et de Trébizonde^ et dans les cartouches latéraux, l'inscription mise par Bellini, avec la date du 25 novembre 1480. C'est sans doute quelques jours seulement avant son
plus tard Savonarole : ... a majoribus usque ad infimos a capite usque ad peder, omnes reformabimur, vitam et mores in melius commutando. » Voici le titre de cet ouvrage : Incipil tractatus quidam de Tureis proui ad presens erclesia sancta ab eis affligiiur^ coUectus diligenli dUcussione scripturarum a quibusdam fratribus ordinis predicaiorum... 1^ souscription porte : ExpHcxt tractatus collectus anno Domini M. cccc. L XX iiij. a quibusdam fratribus predicatorum depresenti afflictione ecclesie illata a Tureis declarans per autenlicas seripturai quomodo ipsa éit presignatûy et pr opter que peccata Christianarum sit inflicta et quando sitflnienda. Jmpressus anno domini M. cccc. l. x xx t. Nuremberge per Conradum Zeninger. in-4, goth.
départ, après avoir été reçu en audience de congé par le Sultan, que Bellini signa sa dernière œuvre, certainement la plus intéressante qu'il ait Taite durant son séjour à Gonstantinople. C'est à l'intention manifestée par Mohammed de conduire en personne la campagne qu'il projetait, vraisemblablement le siège de Rhodes, qu'il Tant attribuer le départ précipité de Bel« lini, et non pas au motif allégué par Yasari, qui suppose naïvement que le Sultan se serait fait scrupule de garder plus longtemps à sa cour le peintre vénitien, dans la crainte que celte transgression à la loi de Mahomet ne finit par exciter des murmures ^ Plus singulière encore est la raison donnée par Ridolfi, au xwv siècle, du retour à Venise de Gentile. Dans la notice qu'il consacre à cet artiste, il rapporte qu'un jour celui-ci présenta à Sultan Mohammed un tableau représentant la décollation de saint Jean-Baptiste, lequel, comme prophète, est tenu en grande vénération parmi les Musulmans. Le Sultan, après avoir regardé le tableau, loua le talent de l'artiste, mais il lui fit observer qu'il avait commis une erreur, que le cou était trop en saillie sur la tête, alors qu'il aurait dû disparaître, par^ suite de la contraction qui se produit en pareil cas ; et comme Bellini paraissait surpris de cette remarque, le Sultan, pour lui faire juger, d'après nature^ la justesse de son observation, appela un esclave et lui fit trancher la tète en présence du peintre, qui put apprécier qu'en efTet la tête, une fois séparée du tronc, le cou se retirait aussitôt. L'auteur ajoute que Gentile Bellini, effrayé de cet acte de barbarie, chercha tous les moyens pour quitter Gonstantinople, craignant que pareille aventure ne^ lui arrivât un jour*. Cette histoire n'est pas absolument impossible, car on sait que Mohammed ne faisait nul cas de la vie
i. Vasari, Ze Kî7e, p. 167.
2. Ridolfi, Le maraviglie delV arte, overo le vUe de gV iliwiripiiiori veneti, Venise. 1648, in 4, p. 40-1.
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humaine et qu'il donpa maintes fois des preuves de sa férocité. C'est pourquoi, sans rejeter aussi catégoriquement que le font Voltaire ^ et Gibbon ' cet acte de cruauté attribué à Sultan Mohammed, ferai-je remarquer les singuliers rapports que présentent entre elles Fanecdote de Ridolfi et celle racontée par Sénèque' au sujet du tableau de Parrhasius, représentant Prométhée enchatné, déchiré par le vautour. Le peintre, pour exprimer avec plus de vérité les phases dernières de l'agonie, aurait acheté un esclave olynthien, et l'aurait crucifié. Mais, ainsi que l'aétabli la critique \ l'anachronisme de l'écrivain latin infirme l'exactitude de son récit. Michel-Ange fut également accusé, et avec aussi peu de fondement, d'une action pareille '• En outre, on remarquera que Yasari, qui vivait un siècle avant Ridolfi, ne fait pas la moindre allusion au trait rapporté par ce dernier : il en est de même de Spandugino, qui pourtant s'est appliqué, avec une crédulité puérile, à énumérer les actes de cruauté reprochés au Sultan; ni Jean-Marie Angiobello, qui vivait à sa cour, et qui n'aurait pas manqué de raconter cet incident à la suite des détails qu'il donne sur les rapports de Genlile Bellini avec Mohammed, vu qu'il parle tout aussitôt, et presque sans transition, du naturel cruel de l'empereur*. Et à ce propos, il cite deux anecdotes que je reproduirai à mon tour, car elles viennent détruire une légende qui n'est pas
1. Voltaire, Œuvres complètes j Essai sur les Mœurs (Paris, 4873) t. III, ch. xci, p. 298.
2. Gibbon, Histoire de la décadence et de la chute de t Empire romain (Paris, 4795), l. XVIII, ch. lxxiii, p. 73, note 7.
3. Opéra (Lipsiœ, 1872), Controversia XXXIV, lib. X, 5, p. 502 etsqq.